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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


L’embrouillamini d’une Salomé selon Lydia Steier à l’Opéra Bastille…

Publié par Gilles Kraemer sur 21 Octobre 2022, 15:59pm

Catégories : #Opéra et Musique

Gilles Kraemer

(1ère, place achetée, parterre, samedi 15 octobre 2022)

(3ème, place achetée, parterre, vendredi 21 octobre 2022)

Salomé © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 15 octobre 2022.

Certaines scènes présentant un caractère violent et/ou sexuel explicite peuvent heurter la sensibilité d'un public non-averti. La direction de l’O.n.P. considère-t-elle ses abonné.e.s comme des gamin.e.s lorsqu’elle nous adresse ce courriel de mise en garde. Comme le papier explicatif de la boîte de médicament : lire avant emploi pour ne pas dépasser la dose prescrite et éventuels effets indésirables. Avis ne figurant ni dans le programme, ni sur la feuille de salle remise aux spectateurs. Ou la direction de l’Opéra redoute toute manifestation d’un de ses spectateurs soudainement pris de démence à la vision de ce qu’il découvre sur le plateau. Comme un remix de la petite culotte de Madonna, à l’été 1987, dans le Parc de Sceaux, soudain la blanche petite culotte de Salomé, ôtée par son libidineux beau-père zébra le plateau de Bastille, face à un public atone. Telle Marguerite dans sa rédemption, Salomé / Elza van den Heever s’éleva lentement dans les cintres, encagée avec Jochanaan / Iain Paterson ayant retrouvé miraculeusement sa tête décapitée. Normal pour le prophète annonçant la venue du Messie !

Salomé, OnP, saison 2022/2023, mise en scène Lydia Steier © Agathe Poupeney/OnP

Mi-figue - mi-raisin cette mise en scène de l’étasunienne Lydia Steier de Salomé, sous la direction musicale de l’australienne Simone Young ; accueillies toutes deux par une macédoine d’huées et d’applaudissements lors de la première de cet opéra de Strauss (1905), dans une salle aux très nombreux invités.

Salomé, OnP, saison 2022/2023, mise en scène Lydia Steier © Agathe Poupeney/OnP

Silence absolu pendant une heure quarante d’un public venu voir ce spectacle comme l’on va au zoo pour observer les animaux enfermés et tournants dans leur cage. Les décors glaçants et coupants de Momme Hinrichs, d’un réalisme absolu, induisent ce sentiment de se trouver dans un lieu qui ne peut être que celui des coupables passions, des incongrues amours, des tueries. La fosse des exactions. Une magnifique monstration, dans ce décor unique, de cette fosse au lion Jochanaan que l’on extrait de temps en temps de sa prison souterraine, de ce lieu où la jeune princesse de Judée se complaît, sévira, subira dans sa chair, agonisera. Les lumières d’Olaf Freese sont d’une beauté à couper le souffle lorsque l’éclairage de la cage façon cardinal La Balue du Prophète projette deux ombres, dans une vision piranésienne. Une image très forte. Les costumes d’Andy Besuch sont à l’image de la cour dépravée du tétrarque arborant une coiffure de chef indien – pourquoi pas puisque le temps historique semble oublié -, des oripeaux et des habits déchirés d’un monde sado-masochiste, en déshérence et décadence. Pauvre Karita Mattila / Herodias avec ses faux seins dont les tétons s’ornent d’un percing, obligée de chanter dans un immense manteau rouge l’encombrant dans ses déplacements et veillant à ce que les participants ne se prennent les pieds dedans. Quand metteur en scène et costumier prendront-ils enfin en considération les déplacements des chanteurs soumis à leurs souhaits ?

Gore, gore, cette vision dantesque de la cour de Judée, réfugiée dans une salle observatoire. A celle-ci, dans un embrouillamini de figurants difficile à percevoir à travers l’immense baie vitrée, sont livrés en pâture - comme les jeunes Athéniens au Minotaure, comme le Sodome pasolinien – des garçons et des filles ceinturés de rubans cadeaux qui seront violentés, massacrés, démembrés puis jetés dans une fosse. Un peu de chaux vive pour recouvrir le tout. Dans une fin violente, toute cette cour sera massacrée, dans les dernières notes de cette représentation ; des traces sanguinolentes sur la vitre en portent la trace. Gore, gore. Que dire de la défloraison avec les doigts de Salomé par son beau-père, de cette danse-viol-orgie, voyant la jeune princesse abusée par le tétrarque puis par la cour adepte de la sodomie et de la masturbation. Âmes sensibles s’abstenir dans cette danse nauséeuse des sept voiles new-look, cette offrande de la virginité.

De tous ces excès surnagent les voix, dans une direction ayant peine à s’imposer, à trouver cette violence, cette montée vers la cruauté. La bride de Simone Young n’a pas été assez lâche sur l’orchestre de l’OnP, ne nous emportant nullement.

Salomé ne laisse jamais indifférent. Y aller, par curiosité, même à 170 € la place. L’on aurait souhaité que la metteur en scène explique, dans le programme, sa vision de cet opéra au lieu d’en laisser l’interprétation à son dramaturge Maurice Lenhard. Et, ne pas rester dans le convenu et rabâché « résonnance moderne, pointant les dérives de la société néo-libérale et les réactions extrêmes qu’elle peut engendrer », des propos dans une phraséologie normée très curateur d’art contemporain (p. 20 des quelques mots du programme).

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 21 octobre 2022.

Salomé ne laisse jamais indifférent. Y retourner dans la confrontation de son premier avis. Vendredi 21 octobre, 3ème représentation, dans l’Optima du premier rang, 187 €, 17 € de plus que pour la 1ère ! Il y-a-t-il une explication de cette inflation, plateau et fosse étant les mêmes ? Pour redescendre dimanche à 153 € ! Dans la mémoire du souvenir, qu’à l’ouverture de Bastille, les premiers rangs étaient classifiés 3ème catégorie, dans le temps d’un opéra présenté "populaire" en juillet 1989.

Se demander vraiment l’intérêt de cette vision d’une cour lupanar derrière la baie vitrée ? Pourquoi sodomies, fellations, lesbianisme ? Qu’apporte une Salomé se masturbant après sa rencontre avec Iokanaan ? L’épouse du tétraque sniffe une pyramide de blanche à laquelle goûteront les Juifs.  Herodias déguste une banane devant un soldat avant d’entraîner dans son lit les deux soldats pendant la danse des sept voiles. Mille détails inutiles dans cette macédoine.

N’est pas Jheronimus van Aken qui veut et faiseur de diables et de délices.

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 21 octobre 2022.

Intéressant Jochanaan / Iain Paterson lorsqu’il est sorti de sa fosse pour répondre au souhait de la princesse, lorsqu’il y retourne. Grande puissance. Salomé / Elza van den Heever, excellente comédienne, aucun muscle de son visage ne bouge même lorsque son beau-père la déshabille. Totalement indifférente au monde qui l’entoure, seulement obsédée par la bouche du prophète. Comme un papillon sortant de sa chrysalide, sa voix devient d’une absolue beauté dans les instants où elle réclame la tête de Jochanaan et dans son monologue final où elle est saisissante.

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 21 octobre 2022.

Direction de Simone Young sans envol, sans vague, sans force, sans pulsion. Continuum sans vibration. Richard mérite un autre traitement, celui de la violence que contient chaque note. Dommage.

Applaudissements nourris adressés à Elza van den Heever. Aucune huée dans une salle presque pleine, ce vendredi, veille des vacances scolaires.

Y aller cependant car cette mise en scène interroge et interpelle, ne peut laisser indifférent. La grande victorieuse demeure la musique de Richard...

Et, toujours le sous-titrage anglais puis français et non l'inverse....  

 

 

 

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 15 octobre 2022.

Richard Strauss (1864 - 1949), Salomé (1905), livret de Hedwig Lachmann d’après Oscar Wilde

Direction musicale : Simone Young - Orchestre de l’Opéra national de Paris

Mise en scène : Lydia Steier

Décors : Momme Hinrichs - Vidéo : Momme Hinrichs - Costumes : Andy Besuch

Lumières : Olaf Freese - Dramaturgie : Maurice Lenhard

Salomé, princesse de Judée, fille d’Herodias, Elza van den Heever, soprano

Herodes, tétrarque de Judée, John Daszak, ténor

Herodias, épouse d’Herodes, Karita Mattila, soprano

Jochanaan, prophète Iain Paterson, baryton basse

Narraboth, capitaine de la garde Tansel Akzeybek, ténor

Page der Herodias Katharina Magiera, contrealto

Erster Jude Matthäus Schmidlechner - Zweiter Jude Éric Huchet

Dritter Jude Maciej Kwaśnikowski - Vierter Jude Mathias Vidal - Fünfter Jude Sava Vemić

Erster Nazarener Luke Stoker - Zweiter Nazarener Yiorgo Ioannou

Erster Soldat Dominic Barberi - Zweiter Soldat Bastian Thomas Kohl

Cappadocier Alejandro Baliñas Vieites - Ein Sklave Marion Grange

 

 

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