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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


La Sauterie circulaire, un Copi joyeux

Publié par Geneviève Nevejan sur 9 Septembre 2022, 08:50am

Catégories : #Théâtre

Geneviève Nevejan

 

© Florence Wojtyczka Brossard

On adore l’adapter. A croire que Copi dramaturge a écrit avec cette intention de faire naître chez l’autre, acteur ou metteur en scène, le désir de réinventer avec liberté et pourquoi pas dans une anarchie outrancière. La jeune troupe qui se produira les 6 et 7 octobre en fera de nouveau l’hilarante démonstration. La preuve par cinq comédiens à l’humour corrosif et débridé sous la houlette de Juliette Delhomme.

Unlimited - L’action se déroule à la veille du nouvel an dans une caravane au pied d'une des tours de la tour de La Défense où deux homosexuels incarnés par Tom Lorette et László Wojtyczka se lamentent de leur abstinence sexuelle. Lorsque Micheline, travestie-accordéoniste (Florent Bertin) et Ahmed, arabe, joué par le comédien japonais Jun Azuma s’invitent, le réveillon se transforme en « sauterie ». L’héroïne sous acide, Daphnée (Eva de Jesus Flecho) voit sa mère dans le rôle de La femme assise. On crie, on s’invective dans une cacophonie libératoire. Pas de mesure chez ces personnages, ni dans les mots, ni dans les actes radicalement hors limite. L’homosexualité et ses fantasmes se vivent sans filtre. La danse macabre d’Ahmed anticipe la mort de Katia, fille de Daphnée dont on retrouve le cadavre dans une valise. La mort rode, celle de Daphnée menacé par son mari et père de Katia, jusqu’à l’explosion d’un hélicoptère contre la tour qui décime les convives de ce drôle, dans tous les sens du terme, de 1er janvier.

Copi, La Sauterie circulaire Jean (Tom Lorette) et Luc (László Wojtyczka)

Des personnages en phase avec notre monde - Le spectateur est confondu par l’actualité de La Tour de la Défense écrit en 1976 et de La Femme assise composé dix plus tôt. Juliette Delhomme les a liés dans un fondu enchaîné dont elle a perçu l’osmose avec la désespérance contemporaine d’une génération dont l’absurdité est la métaphore. Avec la même violence que sur les réseaux sociaux, on se vautre dans le trash, comme on s’élance dans le vide de l’existence. Dans cette « sauterie », chacun aspire à s’élever de sa condition d’anonyme, telle Daphnée, « éternelle paria » autour de laquelle s’agglutinent des « artistes déchus ». Deux pneus en guise de divan, un sac de feuilles mortes converties en four fictif, idem pour la boîte de conserve devenue téléphone par le pouvoir magique de la parole. Parce que c’est à pleurer, mieux vaut en rire ! Guère de surprise à ce que la jeune Juliette Delhomme ait été « happée par cet univers qui lui permet d’appréhender pour la première fois une théâtralité de geste, de corps ainsi qu’une complicité avec le public ». Ce monde « complètement barré », est le monde réel, celui des « marginaux, poursuit la metteuse en scène, auxquels elle entonne un Vous êtes sublimes ».

Copi, La Sauterie circulaire. Luc (László Wojtyczka), Jean (Tom Lorette) et Micheline (Floren Bertin)

Mort de rire - L’humour est l’autre ressort de la pièce qui s’inscrit dans l’ADN de Juliette Delhomme, également comédienne désopilante et remarquée à Avignon, en juillet 2022, dans Trois ruptures de Rémi de Vos. Sa drôlerie conjugue l’absurde, l’excentricité et la caricature granguignolesque. Le décalage est permanent, y compris pour les costumes, du maillot de bain et cape en plastique de Daphnée, des pantalons de satin turquoise de Jean et Luc à l’austère costume noir et chemise blanche d’Ahmed.

Dans un élan d’une formidable énergie, les comédiens s’emparent du bruit de Copi dont ils font un remue-ménage joyeux qui glisse dans une déraison aux allures parfois tragiques. Et La Femme assise dans tout ça ? Songeuse, elle converse avec les bêtes et donne au spectacle délirant ses nuances de poésie. Ce qui sauve du désespoir, c’est « la fragilité et la joie d’une humanité profondément modelée par ses sentiments et ses passions » renchérit Juliette Delhomme. Celle-ci convoque le chant, l’accordéon, piano du pauvre pour conjurer le drame.

La vie est une fête, un cirque sous forme de sauterie qui sont autant de moyens d’exister et d'échapper à la solitude.

 

La Sauterie circulaire, libre adaptation de La Tour de la Défense et des dessins de La Femme assise de Copi

6 et 7 octobre 2022 au Centre Paris Anim' Point du Jour, 9-10 rue du général Malleterre 75016 Paris

Avec Jun Azuma, Florent Bertin, Eva de Jesus Flecho, Tom Lorette et László Wojtyczka, mise en scène Juliette Delhomme

http://actisce.org/index.php/spectacle-pdj/678-la-sauterie-circulaire?date=2022-10-06-20-00

 

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