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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Saigne le cœur de la passion de Phèdre – Festival Avignon off 2022 (III) – Thésée au musée du Petit Palais

Publié par Gilles Kraemer sur 17 Juillet 2022, 11:01am

Catégories : #Avignon, #Expositions France, #Italie, #Marché de l'art, #Musées, #Théâtre

Gilles Kraemer

représentation du 13 juillet 2022

Alexiane Torres. Phèdre © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, 13 juillet 2022.

Dans le chœur de l’ancienne chapelle du XVe saigne le cœur de Phèdre mis en scène par Laurent Domingos.

C’est Vénus, toute entière, à sa proie attachée… Quand Vénus d’Hippolyte porte- couronne du poète grec Euripide (ca 428 av. J.-C.) rencontre Phèdre (Phèdre et Hippolyte à l’origine) de Jean Racine (1677). Selon le souhait de Laurent Domingos endossant également les habits de Théramène, la déesse du désir est présente physiquement – évoquée chez Racine -. Elle règne, souveraine, perchée sur un mat – elle me fait songer au sphinx de Delphes -, observant ce drame de l’amour fou minant la somptueuse et incroyable, fascinante et fragile Phèdre/Alexiane Torres, aimant d’un amour ne pouvant qu’être impossible son beau-fils Hippolyte/Victor Duez.

Rôle muet de Vénus interprétée par la danseuse Luna Miti, au déplacement arachnéen, enveloppant l’espace de ses bras, sourire de contentement permanent même dans le temps des violences mortelles, observatrice intraitable. C’est elle qui tire littérairement les fils de la tragédie – véritable et invisible metteur en scène devant lequel tous s’inclinent -, jouant du waterphone - instrument de musique actionné par un archet - scandant l’action.

 Laurent Domingos, Luna Miti, Victor Duez. Phèdre © DR

Le pouvoir de l’homme et son affirmation transparaît dans tous les costumes de Delphine Ciavaldini, discrètement ou visiblement cousus de cravates ; pour le père et le fils, ce symbole affirmé de la masculinité se conclut en braguettes de haut-de-chausses mettant généreusement les attributs en avant. Costumes intemporels, sans le parti pris de la misérabilité trop présente, avec une tendance légèrement samouraï pour Thésée et Hippolyte. Dans les lumières d’Eliah Ramon, le jeu des acteurs de cette Phèdre est d’une grande puissance, intense, émotif, empli de fureur, de violence, de languissement, de ce trouble qui nous envahit. De la beauté à l’état pur dans le plaisir d’entendre les si belles sonorités de Racine pour une fois non saccagées ni massacrées pour faire bêtement plus contemporain.  

Dans le chœur de l’ancienne chapelle tendue de verdures peintes Grand siècle, - quelle justesse dans le choix de ce lieu déliquescent -, des cœurs saignent. Celui de l’amour coupable de Phèdre, celui d’Hippolyte tué par ses chevaux s’emballant à la vue du monstre marin, celui d’Œnone se suicidant. La mort, les morts sont au rendez-vous de l’imprononçable amour de la reine, de l’amour caché au père, du mensonge instillé par la confidente.

Alexiane Torres, Laetitia Lebacq, Guillaume Blanchard, Luna Miti, Laurent Domingos, Aurélie Cuvelier Favier, Victor Duez © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, 13 juillet 2022.

Les acteurs de cette tragédie sont tous émouvants, poignants, troublants, tellement en union avec les vers de Racine. Alexiane Torres, la reine coupable d’une folle passion, une Phèdre à la noble stature jusqu’à ce que le remord la trouble et lui fasse comprendre l’indicible amour dans lequel elle a sombré. Guillaume Blanchard, Thésée, roi d’Athènes, empli d’une majestueuse fureur, d’une grande virilité souveraine, jusqu’au moment où il comprend son erreur d’avoir condamné son fils à la fureur de Neptune. Victor Duez, son fils, n’osant croire l'amour coupable qui l’assaille. Aurélie Cuvelier Favier dans une Aricie d’une grande douceur. Et, Laurent Domingos, Théramène, confident d’Hippolyte essayant de démêler les fils de cette tragédie.

Phèdre, à voir et à revoir…

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, 13 juillet 2022.

Jean Racine, Phèdre

7 - 30 juillet 2022 - relâches 18, 25 juillet

Théâtre du roi René - Festival Off 2022 Avignon

mise en scène Laurent Domingos

scénographie & costumes Delphine Ciavaldini - lumière Eliah Ramon

compagnie Minuit44 - dans sa version avignonnaise de 1h30, format intégral 2h15

Guillaume Blanchard Thésée, roi d’Athènes

Aurélie Cuvelier Favier Aricie

Victor Duez Hippolyte, fils de Thésée

Laurent Domingos Théramène, confident d’Hippolyte

Laetitia Lebacq Œnone, confidente de Phèdre

Alexiane Torres Phèdre

Luna Miti, danseuse, dans les rôles de Vénus, Ismène, Panope

Conjonction des comètes, entre théâtre et peinture avec l’exposition consacrée aux merveilleuses histoires de Thésée.

Maître des cassoni Campana,  Thésée et son fils Hippolyte, huile sur bois. Musée du Petit Palais, Avignon © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, 13 juillet 2022.

Cette œuvre fut acquise le 15 juin 2019 à Limoges lors d’une vente chez Me Paul Pastaud. Elle fait partie d’une série de six peintures ayant appartenu à la collection Campana, dont quatre, achetées par Napoléon III, se trouvent dans les collections du musée du Petit Palais d’Avignon. Préemptée par le Musée du Louvre, il l’a déposée dans l’institution avignonnaise.

Maître des cassoni Campana,  Thésée et son fils Hippolyte, huile sur bois. Musée du Petit Palais, Avignon © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, 13 juillet 2022. Détail : Hippolyte poursuivit par Phèdre / Hippolyte arrêté sur l'ordre de Thésée par quatre soldats / Hippolyte à cheval reçoit le billet que lui remet la nourrice de Phèdre lui avouant son amour

Cette huile sur panneau est présentée, avec cinq autres panneaux de ce maître à l’exposition Les merveilleuses histoires de Thésée. Un héros antique dans la Florence de la Renaissance, musée du Petit Palais, Avignon, du 9 juillet au 4 décembre 2022 [commissariat de Dominique Vingtain, directrice du musée du Petit Palais et conservatrice en chef du Palais des Papes]. Exposition-dossier de grande qualité, malheureusement sans catalogue, confrontant les six panneaux Campana, les cartels explicatifs apportent des lumières sur le possible peintre. Peintre actif dans le Valdarno inférieur, région qui se trouve en aval de Florence dans la vallée de l’Arno. L’on s’accorde à penser que ce peintre est originaire de France. Des contacts avec l’atelier de Ghirlandaio marquent ses débuts et influencent sa formation. À tel point que l’on a pu avancer l’hypothèse que notre peintre ait rencontré Benedetto Ghirlandaio lors de son séjour en France entre 1486 et 1493 et soit venu s’installer en Toscane. Une seconde hypothèse serait celle de l’identifier à Antonio di Jacopo Gallo detto Gallo Fiorentino, actif à Florence entre 1503 et 1527, inscrit dans la confrérie de Saint-Luc de 1520 à 1525.

Les histoires merveilleuses de Thésée © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Avignon, 13 juillet 2022.

La présentation de la collection Giampietro Campana (1809- 1880) au sein de l’institution avignonnaise fut pensée par Michel Laclotte (1929-2021), chef du département des peintures du Musée du Louvre, selon un parcours chronologique scandé par un découpage en écoles régionales. Le parcours muséographique fut confié à l'architecte-muséographe André Hermant, parcours d’une pertinente simplicité et d’une grande rigueur. De vrai cartels explicatifs pour une fois. Spécialiste internationalement reconnu de la peinture française et de la peinture italienne des XIVe et XVe siècle, Michel Laclotte s’est plus particulièrement intéressé à l’école d’Avignon, publiant en 1960 un ouvrage essentiel L’École d’Avignon, la peinture en Provence au XIVe et XVe siècle.

Dommage que les salles de  ce musée, ouvert de 10h à 19h pendant la saison estivale, ne soient pas toutes visibles en même temps. Lors de ma visite, l'exposition Thésée n'était accessible que de 11h à 12h puis à partir de 14h. Dommage que cette magnifique institution soit manifestement peu mise en valeur par les édiles de la place de l'horloge ! Le seul panneau vu dans toute la ville, annonçant cette exposition, est placé à 70 mètres du musée !!! Les merveilleuses histoires de Thésée sont-elles appelées à rester inconnues pour les édiles de la cité du Festival ?

 

 

 

 

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