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LE CURIEUX DES ARTS

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Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


La modestie radieuse d’Anne Queffélec – Biarritz Piano Festival 2022

Publié par Gilles Kraemer sur 28 Juillet 2022, 22:44pm

Catégories : #Opéra et Musique

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à Biarritz à titre personnel

Anne Queféllec © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Biarritz, 26 juillet 2022

"Programmation ambitieuse pour un merveilleux concert" souligne Thomas Valverde, créateur et directeur artistique de cette 13ème édition de Biarritz Piano Festival, en présentant Anne Queffélec.

Jean-Sébastien Bach, Georg Friedrich Haendel, Domenico Scarlatti, Antonio Vivaldi puis Franz Schubert au programme de ce soir, pour ce concert d’ouverture, dans la magnifique rotonde – une écaille au plafond - de l’Espace Bellevue, ouverte sur la ville et la mer, "face à cette présence de l’Océan précisera-t-elle, cet Océan qui me touche pour les œuvres, de cette soirée, si méditatives.".

Longue robe noire aux roses et marguerites, l’immense pianiste apparaît, radieuse, lumineuse, timide, très modeste, pédagogue, expliquant longuement le ressenti des pièces qu’elle va interpréter en présentant cet "éphémère extraordinaire qu’est la musique.".

Dans la Sonate posthume en si bémol majeur d 960 de Franz Schubert, composée quelques mois avant sa mort à 31 ans, dans cette période créatrice d’œuvres nous laissant dans la sidération - dont les lieder Winterreise - elle perçoit "une suite d’adieux à la vie, une émotion dans la délicatesse.". Ces quatre mouvements sont quatre saisons, le molto moderato "la nostalgie de l’automne", l’andante sostenuto "la fuite du temps de l’hiver", le scherzo, "quelle émotion d’écrire qu’il doit être interprété dans la délicatesse, le printemps et la nature !", se terminant dans l’allegro où "rivières et un orage d’été s’entendent.".  

Son interprétation fastueuse de cette sonate sera fougue et modération, cheminement et sautillement, allégresse puis joie retenue pour nous propulser dans un autre monde dans le questionnement de savoir si nous sommes dignes d’y poser seulement un pied pour se terminer en libération. Quelles modestie et subtilité, dans l'effleurement et le respect du piano !

Anne Queféllec © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Biarritz, 26 juillet 2022.

De Jean Sébastien Bach retranscrit par Ferruccio Busoni, le prélude de choral Nun komm der Heiden Heiland, la rêverie et la lenteur dans un long développement tout en aisance, caresse, effleurement dans la douceur d’extraire chaque note. D’Alessandro Marcello retranscrit par Bach, l’adagio concerto pour hautbois en ré mineur, comme des picotements dans une évasion issue de nulle part comme si elle n’osait y toucher dans cette projection vers des ailleurs.

Le largo du concerto pour orgue en ré mineur BWV 596 d’Antonio Vivaldi retranscrit par Bach est celui d’autres routes, plus rapides, telle une volonté de vouloir tout de suite d’autres cheminements. L’aria Schäfe können sicher weiden de la cantate BWV 208 de Bach dans la retranscription d’Egon Petri est plus enlevée, comme des sautillements, la joie de courir en des bonds d’allégresse.

De Domenico Scarlatti dont elle souligne "la liberté d’expression", les sonates K.27 si mineur, K.531 mi majeur et K.32 ré mineur sont gourmandise, envolée, plaisir de tous les sons, grandiloquence, majesté humaine puis humaniste auquel succède Jésus que ma joie demeure de Jean Sébastien Bach dans une élévation du sublime nous touchant sans nous effaroucher.

Le menuet en sol mineur de la suite si bémol majeur n°1, HWV 434 retranscrit par Wilhem Kempff de Georg Friedrich Haendel est une suite dynamique de grandes envolées. Retour vers Bach retranscrit par Willy Hess, la chaconne en sol majeur HWV 435 2ème cahier, en de virevoltants chemins, se termine en feu d’artifice.

La musique, c’est une sculpture du temps et du silence, avouera-t-elle, émue, en se tournant vers son public, le remerciant de son silence pendant tout le récital pour ne pas briser, surtout ne pas briser l’indicible communion. Cela est tellement rare cette retenue des applaudissements jusqu’à leurs explosions libératrices. Surtout pas de brisure.

Petit détail, en quittant la salle, la furtivité d’une petite tape amicale au piano comme pour lui dire : ce soir, Steinway & fils, vous avez bien travaillé. Nous avons bien travaillé. Merci.

Immense et modeste, c’est Anne Queffélec. Tout simplement.

L’ambiance crépusculaire de la soirée déclinante avait laissé place à la nuit noire biarrote. Un Biarritz à l'offre peu ou (in)visible cet été, aucune exposition cette année au Bellevue ! Incroyable désintérêt pour la culture ?  Après y avoir présenté Picasso, Arrue, Zao Wou-Ki, Daniel Buren ou Annette Messager... Pourquoi ne pas songer à la présence de Gabrielle Chanel ou à Stravinsky qui résida à Anglet puis à Biarritz de 1921 à 1924, qui y revint en 1932 pour y diriger un concert symphonique à l'invitation du marquis Pierre d'Arcangues. Surtout que l'un des meilleurs connaisseurs d'Igor - et de Maurice Ravel -, Étienne Rousseau-Plotto, titulaire des orgues de l'église Saint André à Bayonne, résidant à Bayonne, a publié un pertinent ouvrage sur cette période manifestement méconnue de la ville !

 

Anne Queffélec

mardi 26 juillet 2022

Biarritz Piano Festival

Espace Bellevue - Biarritz

Domenico Scarlatti, Jean-Sébastien Bach, Georg Friedrich Haendel, Antonio Vivaldi puis Sonate posthume en si bémol majeur d 960 de Franz Schubert.

 

 

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