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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Jules-Eugène Lenepveu, l’invisible du Palais Garnier enfin visible au musée des Beaux-Arts d’Angers

Publié par Gilles Kraemer sur 25 Juillet 2022, 15:49pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Italie, #Opéra et Musique, #Patrimoine, #Prix et récompenses, #Rome

Gilles Kraemer (envoyé à Angers)

Photographie de l’atelier de Lenepveu, ca 1880 / Table de peinture de Lenepveu. Collection particulière / Josephine Berthault, Jules-Eugène Lenepveu, 1891. Huile sur toile. Musées d’Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

 

1929, Exposition rétrospective de Jules-Eugène Lenpeveu, Dauban et Appert à Angers. Et depuis, plus rien.

Trois incontournables rétrospectives cet été 2022. L’une au musée Fabre de Montpellier consacrée à Louis Gauffier (1762-1801) le voyage en Italie, la seconde au musée des Beaux-Arts d’Angers à Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898) peintre du monumental. La troisième, à Léon Bonnat (1833-1922), au Musée Basque et de l'histoire de Bayonne, pour le centenaire de son décès (nous aurons l'occasion d'y revenir). (1)

Jules-Eugène Lenepveu, Les Muses et les Heures du jour et de la nuit, esquisse du plafond de l’Opéra, Paris, 1867. Huile sur toile. Bibliothèque-musée de l’Opéra, Paris  //  Les Muses et les Heures du jour et de la nuit, copie du plafond de l’Opéra, Paris, 1872. Huile sur toile. Musée d’Orsay, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022

Lenepveu ? Une exposition d’envergure, d’ampleur, pour ce peintre dont la renommée repose sur une œuvre connue de tous mais que personne ne peut plus voir depuis 1964 puisque cachée : le plafond de l'Opéra de Paris, le plafond du Palais Garnier. " Comment put-il passer au XXe d’une gloire, qu’il incarna modestement, à un oubli que l’on pourrait souligner d’injuste ? " souligne la commissaire Anne Esnault, présentant cette exposition angevine forte de 260 numéros.

Ajoutant qu' "une des principales raisons de sa faible reconnaissance est que le hasard ou la malchance, rendit bon nombre de ses décors peu visibles voire inaccessibles. En premier lieu son chef-d’œuvre, le plafond de l’Opéra de Paris, masqué depuis 1964 par une composition de Marc Chagall [commande d’André Malraux]. "

Jules-Eugène Lenepveu, Muses et les Heures du jour et de la nuit, plafond de l’Opéra, Paris, 1870. Fusain sur carton. Musées d’Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Depuis 58 ans, cette intrusion a brisé irrémédiablement l’harmonie de l’œuvre totale qu’était la salle du Palais Garnier, opéra voulu par Charles Garnier qui fit appel à Lenepveu pour orner le plafond de la salle de spectacle ; ils étaient liés d’amitié depuis leur séjour commun romain à la Villa Médicis, entre 1849 et 1852. Continuation de la destruction de l’harmonie de cette salle en 2015 lorsque le directeur Stéphane Lissner, parti depuis dans la baie de Naples avant la fin de son mandat, supprima les cloisons des loges de face, mettant encore plus à mal l’harmonie de cette salle, pour y installer quelques chaises à ...  190 euros !

Jules-Eugène Lenepveu, Muses et les Heures du jour et de la nuit, plafond de l’Opéra, Paris, 1870 (détail). Fusain sur carton. Musées d’Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Salle de l'Opéra Garnier © Musées d'Angers, David Riou, 2022.

Adieu Les Muses et les Heures du jour et de la nuit qui auraient permis de nous évader, en levant les yeux, des mises en scène lavabos-vomitoires de Garnier, en songeant à Iphigénie en Tauride de cet automne 2021. (2) Angers présente l’esquisse et la copie en réduction du plafond - une coupole en cuivre de 20 mètres de diamètre sur laquelle il peignit le sujet - et surtout quatre des 24 cartons préparatoires spécialement restaurés, à taille réelle d’exécution (550 cm. de haut). Unique moment pour découvrir son chef d’œuvre où il se surpasse, précise Anne Esnault, il est au sommet de sa consécration. (3)

Paul-Jacques Baudry (1828-1886), La mort de Vitellius, 1847. Huile sur toile. Musée de La Roche-sur-Yon. Baudry reçut le second prix de Rome 1847  //  Jules-Eugène Lenepveu, La mort de Vitellius, 1847. Huile sur toile. Beaux-Arts de Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Jules-Eugène Lenepveu, Cincinnatus recevant les députés du Sénat, 1844. Huile sur toile. Musées d'Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022. Pour ce sujet tiré de l'histoire romaine, il obtint le second grand prix.

Jules-Eugène Lenepveu, La mort de Vitellius, 1847 (détail). Huile sur toile. Beaux-Arts de Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Lenepveu suit le parcours codifié d’un peintre du XIXe siècle, de la IIIe République. Prix de Rome, difficile ascension après six échecs d’espérances et de découragements, qu’il obtient en 1847 avec La mort de Vitellius impressionnante cruauté de l’assassinat de ce fugace empereur romain en 69 ap. J.-C..

Jules-Eugène Lenepveu, Loggia de l’Académie de France à Rome, 1848. Aquarelle et crayon graphite sur papier, musées d’Angers © Musées d’Angers. A cette époque, la copie du Mercure volant de Giambologna (1529-1608) n'était pas encore installée dans la vasque. Cette copie ne sera fondue qu'en 1882.

Comme Léon Bonnat avec Bayonne, il bénéficia du soutien financier de sa ville natale pour poursuivre ses études à Paris. Trois séjours en Italie. Membre de l’Institut en 1869. Adolphe Thiers, président de la République, lui annonce lors de la visite du chantier de l’Opéra, en décembre 1872, sa nomination comme directeur de l’Académie de France à Rome pour 6 années. C’est depuis le Pincio qu’il suivra l’inauguration du Nouvel Opéra le 5 janvier 1875. L’on est dans le processus de création avec les 63 personnages de ce plafond, dans une maîtrise du registre allégorique et antique. Le second témoignage d'un plafond d’opéra est celui de l'Opéra Le Pelletier auquel il collabore avec Guillaume Boulanger en 1863. Il sera détruit lors de l'incendie de 1873. Sont présentés l’esquisse d’Apollon présidant aux Arts et le carton préparatoire, à taille d’exécution, de Calliope et Uranie.

Jules-Eugène Lenepveu, Rome, 1887-1888. Huile sur toile, maquette préparatoire pour le décor en mosaïque d’une coupole de l’escalier Daru du musée du Louvre. Musées d’Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Au premier plan, études pour la Vie de Jeanne d'Arc pour Le Panthéon © Musées d'Angers, David Riou, 2022.

Jules-Eugène Lenepveu, Saint Ambroise interdit l’entrée de l’église à l’empereur Théodose, esquisse, 1875. Petit Palais, Paris  //  Saint Ambroise interdit l’entrée de l’église à l’empereur Théodose, esquisse, 1874. Huile sur toile. Collection privée  //  Saint Ambroise interdit l’entrée de l’église à l’empereur Théodose, 1876. Fusain sur papier marouflé sur toile, carton préparatoire à taille réelle d’exécution, chapelle Saint-Ambroise de l’église Saint-Ambroise à Paris. Musées d’Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Si une autre œuvre monumentale de Lenepveu est cachée irrémédiablement depuis 1931 par un papier peint imitant la pierre de taille : son grand décor en mosaïque de l’Escalier Daru du musée du Louvre – maquettes de Raphaël, de Rubens et de Rome présentées -, son travail de décoration est visible dans les églises parisiennes Sainte-Clotilde, Saint-Louis-en-l’Île, Saint-Sulpice et Saint-Ambroise. Il est sollicité après son séjour romain, dans ce climat propice à la commande religieuse ; l’esquisse préparatoire à taille réelle de Saint Ambroise interdisant l’entrée à l’empereur Théodose (1878) est mise en relation avec deux esquisses différentes dans leur composition, la commission des beaux-arts lui ayant demandé " de nombreuses et importantes corrections… et de se plier aux recommandations " ajoutant très Quai d’Orsay " qu’avec la souplesse de son talent, il saura les dissimuler [les corrections] et améliorer d’autant les esquisses, dont elle reconnaît hautement tout le mérité ". L’on a beau être un artiste reconnu, membre de l’académie des Beaux-Arts et de surcroit directeur de l’Académie de France à Rome… il faut se soumettre aux "conseils" du commanditaire... 

Il est également sollicité, pour une Vie de Jeanne d’Arc, huile sur toile marouflée, en quatre panneaux pour le Panthéon (1886-1889) qui ne recueille pas d’éloge.

Jules-Eugène Lenepveu, Émile Segris, 1890. Huile sur toile. Musées d’Angers  //  Demoiselles Joubert, 1872. Huile sur toile. Collection particulière  //  René Montrieux, 1872. Huile sur toile. Collection particulière © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Si Lenepveu est connu en premier lieu pour sa participation à la décoration d’édifices publics, son goût pour le portrait semble patent insiste Étienne Vacquet dans son essai consacré à ce genre, un corpus de 136 tableaux, principalement comme portraitiste de la société angevine..

Jules-Eugène Lenepveu, Les Quatre Éléments, 1871. Plafond du théâtre, Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, 2022.

Jules-Eugène Lenepveu, Les Quatre Eléments, 1871 (détail avec L'Enlèvement de Proserpine par Pluton.), plafond du théâtre, Angers © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, 2022.

Angers vibre d’œuvres présentes dans sa ville natale. La coupole du théâtre, de 14 mètres de diamètre, Les Quatre Éléments symbolisés par Apollon, Bacchus, Vénus, Proserpine (1871). La chapelle Sainte-Marie de l’hôpital – transformée en hall d’accueil -, avec trois compositions dans le bras sud du transept, Les blessés militaires à l’hôpital d’Angers en 1870 sur le mur latéral de la nef et surtout l’immense Bénédiction de la chapelle placée dans le chœur qu’encadrent deux compositions latérales Les orphelins et Les orphelines de l’hospice en prière, trois compositions dans lesquelles transparaissent ses influences italiennes, en premier celle de Raphaël.  

Jules-Eugène Lenepveu, Vue du chœur de la chapelle Sainte-Marie de l’hôpital d’Angers / La bénédiction de la chapelle © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers,  2022.

Le non visible (in)connu de l’Opéra Garnier est enfin sorti de l’ombre. Le voyage angevin devient incontournable.

 

(1)     Louis Gauffier. Enfin en pleine lumière au musée Fabre - (lecurieuxdesarts.fr)

(2) Les lavabos d’Iphigénie en Tauride ont toujours grand succès au Palais Garnier  - (lecurieuxdesarts.fr)

(3) L’institution angevine conserve 137 cartons préparatoires de grandes dimensions de Lenepveu offerts par celui-ci.

Jules-Eugène Lenepveu, Autoportrait, ca 1876. Huile sur toile. Collection particulière © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Jules-Eugène Lenepveu 1819-1898. Peintre du monumental

24 juin 2022 - 8 janvier 2023

Musée des Beaux-Arts d’Angers 

Commissariat général Anne Esnault, directrice des musées d’Angers. Commissariat pour le cabinet d’arts graphiques Véronique Boidard.

Scénographie pertinente de Jean-Paul Tacconi, agence Saluces.

Cabinet d'arts graphiques © Musées d'Angers, David Riou, 2022.

Jules-Eugène Lenepveu, Vue de Capri, 1849. Aquarelle, 15,5 x 23,5 cm.. Musées d’Angers © Musées d’Angers.

Jules-Eugène Lenepveu, Hylas attiré par les Nymphes, 1865. Huile sur toile. Musées d'Angers. Présenté au Salon de 1865, le dernier auquel il participa, ce sujet mythologique ne rencontre aucun succès. © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Angers, musée des Beaux-Arts, 2022.

Catalogue indispensable. Jules-Eugène Lenepveu 1819-1898. Peintre du monumental, sous la direction d’Anne Esnault, directrice des Musées d’Angers. Avec la collaboration d’Alice Thomine-Berrada, France Lechleiter, Véronique Milande, Emmanuelle Hincelin, Marion Cinqualbre, Elodie Remazeilles, Marjorie Williams, Paul Perrin, Hélène Jagot, François Comte, Etienne Vacquet, Olivier Biguet, François Comte, Pierre Sérié, Mathias Auclair, Isabelle Decise et Véronique Boidard. 328 pages. 420 illustrations. Éditions in fine. Prix 39 €. Index des noms de personnes et toponyme.

 

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