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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Le Chant de la terre à Chaumont-sur-Loire

Publié par Gilles Kraemer sur 25 Mai 2022, 17:23pm

Catégories : #Art des jardins, #Entretien à 210 km-h, #Expositions France

Gilles Kraemer (envoyé à Chaumont-sur-Loire)

Jean Le Gac in situ dans les galeries hautes du château de Chaumont. L’illustration Pathé-Kid, 1987, peinture sur toile et matériaux divers, collection FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur // Le tableau avec sphinx et biographie, 1989, fusain, pastel, caséine sur toile et une photographie couleur, collection FRAC Normandie Caen © E. Sander.

15ème Saison d'art de Chaumont, rendez-vous empli de découvertes, dans cet endroit magique qu’est le domaine de Chaumont-sur-Loire. Un lieu de création dans des lieux adéquats pour un dialogue, souligne Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine de Chaumont, commissaire de cette exposition réunissant 15 artistes et un duo d'artiste, de Miguel Barcelò - sa grotte en céramique dans le parc - à Bob Verschueren, un dialogue où les œuvres sont parties liées avec la nature, qu'elles soient vidéos, peintures, sculptures ou même tapisserie.

Christophe Marchalot & Félicia Fortuna, Le bain, in situ à l’asinerie © © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-sur-Loire, 2022.

Tapisserie ? Avez-vous oublié les verdures des ateliers la Marche foisonnantes d'aristoloches et d'animaux fantastiques ? Le bain de Christophe Marchalot & Félicia Fortuna – présenté en 2020 à la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson - est une œuvre étonnante, dans son alliance entre le design et une tapisserie aux couleurs d'un scarabée – le Sagra longicollis - enveloppant une coque hérissée de pointes, qui même dorées, n'en demeurent pas moins angoissantes. (1)

Quayola, Effets du soir, in situ dans la galerie digitale du château de Chaumont © Leighton Gough.

Vidéo de (Davide) Quayola, commande spécifique pour un nouvel espace sous les toits. Effets du soir, une vidéo de 20 minutes se déployant sur un mur de quatre écrans, telle d'immenses tableaux, dans la souvenance des Nymphéas, dans une captation des lumières de l'aube et du crépuscule et des jardins fleuris de Chaumont, dans une immersion.

Jean Le Gac, La Grande sieste de Bages, 1984, polyptique en quatre éléments, collection MAMCO Genève //  Le dernier explorateur 2, 2008, peinture sur toile et photographies © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022

Jean Le Gac, Appartement double 3, 2013. Techniques mixtes sur toile, un texte et quatre photographies  © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022.

Jean Le Gac et la Grande bibliothèque 5 (2007) © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022.

Plaisir de revoir le travail de Jean Le Gac (1936), ce grand et sincère artiste en dehors du circuit des galeries parisiennes. Qui pour le défendre ? Quelle injustice à son égard, à sa pratique poétique mêlant image - peinture, dessin, photographie - et texte, dans ses voyages entre réel et imaginaire. Bien loin des jeunes artistes, jouant dans des installations sublimisées par le propos duplicable à souhait du curateur. Bravo à Chantal Colleu-Dumond, avec Plein air, d’avoir offert cette pertinente rétrospective à cet artiste au parcours si singulier, mettant en scène l'histoire du peintre, de sa peinture, de sa relation avec le monde, avec la nature. C'est donc à une oxygénante et poétique promenade dans son imaginaire et dans sa mémoire que Jean Le Gac nous convie avec cette exposition, où transparaissent joyeusement tant son amour de la vie et son humour que son inextinguible goùt de la liberté précise-t-elle. Comme elle le souligne, je suis sortie de son atelier avec presque 200 œuvres présentées dans les galeries hautes du château.

À la question de son appétence de l'écriture liée intimement à sa pratique, Jean Le Gac précise qu’il a aimé le Nouveau roman et, mon goût de l'écriture m'est venu à ce moment, cette aventure de l'écriture est devenue l'aventure de la peinture. Étant dans un récit, il faut surtout ne rien perdre, n'étant nullement un artiste spécifique. Pour moi, peinture et mots vont de pair ; sans mot, il n'y a pas de peinture. Comment naquit le parcours de cette exposition ? L’idée du plein air m'est venue en regardant mes œuvres dans lesquelles la nature est très présente. Comment appréhende-t-il la nature ? Je suis un citadin, ayant la phobie des chiens et ... des crapauds. La nature, l'on y est seul comme je suis seul dans mon atelier, comme je suis seul dans l'art. Me voici donc dans des scénarios de partir dans une nature forte, pure, comme dans un ermitage. Mon travail devient polyphonique, inspiré de Partie de campagne (1936) du cinéaste Jean Renoir. La forme que revêt la photographie, médium influençant de nombreux artistes dès son apparition ? J'attends que le paysage donne une réponse à mon interrogation avant de le saisir de mon objectif. La place de Le Gac était à Chaumont comme l'est l'immense Jeux d'eau au Jardin de Fabienne Verdier, dans ses tourbillons d'eau jouant avec le sable.

Après l’accueil de Jaume Plensa (1955), trois grandes sculptures, trois doux visages comme surgissant du bois - ne vous y trompez pas, ce sont des sculptures de bronze -, la création audiovisuelle Matière-Lumière d'Evi Keller (1968) nous guide vers de nombreux voyages dans ses différentes lumières changeantes.

Stéphane Guiran, Le chant des ormes, galerie basse du fenil ©  Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-sur-Loire, 2022.

Comme dans son roman Le chant de l’Orme où il nous fait traverser le 20ème siècle sous le regard libre d’un orme centenaire, ayant échappé à la graphiose, un des tout derniers survivants, témoin éclairé de nos errances et espérances, roman écrit avec le Vent, la chair de la Terre et la peau du Temps, Stéphane Guiran, sous le même titre éponyme, nous plonge dans une nuit qui n'est nullement un lieu d'effroi mais d'espoir, dans sa dimension visuelle et auditive dans laquelle la musique est la forme de l'émotion. Dans sa démarche, ce sculpteur-poète, qui nous avait surpris à Chaumont en 2016 avec son Nid des murmures, évoque la première disparition des ormes en 1919 en même temps que la pandémie de la grippe dite espagnole puis celle des années 1970. Dans sa scénographie onirique, dans ce chemin de branches d'ormes, dans ce chemin de lumière, dans ce parcours de pierres sélénites aux vertus apaisantes, il souhaite l'espoir de notre expérience dans la concomitance du changement climatique et de la pandémie du coronavirus.

 

Bibliothèque(s) de Carole Benzaken (1964), œuvre créée pour Le Domaine, est dans la mémoire des voyages que nous offre la lecture d’un ouvrage, le paysage se pense dans une bibliothèque, pour elle. Ici les livres sont telle une partition, posés sur les étagères, dans une rythmique. Tout est dans la fragilité de ce qui n'est pas lu. J'aime cette capacité de silence de ce lieu, il n'y a rien de plus beau que ce déplacement dans les livres. Dans ces rayonnages, plusieurs tranches et dos de livres sont blancs, comme des inachèvements et cette possibilité de rencontre avec la lenteur en opposition avec la rapidité trop actuelle conclut Carole.

Françoise Vergier, La déesse verdure, 2022, terre cuite peinte à l’émail, engobe, perles, acier, cordes à piano, support bois © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-sur-Loire, 2022.

Attirance pour les sculptures objets de Françoise Vergier (1952). Ses terres cuites émaillées enrichies de colliers, de perles, de verroteries comme quelques objets rapportés par des explorateurs des Nouveaux mondes pour des Kunstkammers, dans notre appétence des curiosités. La déesse verdure, céramique parée de colliers d'Amazonie offerts à cette sculpteur, les yeux clos, s'intériorise avant de déployer sa sève. Chacune des œuvres de Françoise se nourrit dans des creusements de l'histoire et des traversées de cultures.

Katarzyna Kot-Bach (1978) de ses sculptures de bois de chêne interpelle notre temps cyclique, dans un éphémère qui s'inscrit dans l'humanité. À nous, par les invitations de cette ancienne élève de Penone, à entrer dans la nature.

Alison Stigora, Flux, in situ dans le parc du château de Chaumont © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-sur-Loire, 2022.

Alison Stigora © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Chaumont-sur-Loire, 2022

Cette union avec le bois se retrouve chez Alison Stigora (1982), Flux, bois peint, dans une sensation de lourdeur dans sa base allant vers une élévation et un espoir à l'image de ce que nous connaissons aujourd'hui souligne-t-elle. Citons aussi Lélia Demoisy, l'architecture des graminées arachnéennes de Christiane Löhr, et La collecte suspendue des pluies selon John Grade pour compléter ces résonances entre nature et l'espace du Domaine

(1)  http://www.lecurieuxdesarts.fr/2020/07/dix-ans-de-creation-contemporaine-a-aubusson-la-tapisserie-c-est-bluffant.html

 

 

 

 

 

Fabienne Verdier, Jeux d'eau au jardin, 2021. Affiche © Chaumont-sur-Loire, 2022

Saison d’art 2022

02 avril – 30 octobre 2022

Domaine de Chaumont-sur-Loire / 41150 Chaumont-sur-Loire

Commissariat Chantal Colleu-Dumont

 

 

 

 

 

 

 

 

Stéphane Guiran, Le chant de l’Orme. roman. Photographies et texte de Stéphane Guiran. 484 pages. Éditions lesheuresbrèves [maison d’édition buissonnière]. Prix 24 €.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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