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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Un dessin de Michel-Ange chez Christie's Paris

Publié par Gilles Kraemer sur 7 Avril 2022, 15:26pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Marché de l'art, #Florence, #Italie

Gilles Kraemer (d'après le dossier de presse et entretien)

 

Christie's Paris, 18 mai 2022, un dessin de Michel-Ange passe en vente. Semaine du dessin au Palais Brongniart du 18 au 23 mai et chez tous les marchands de dessins parisiens. Tous les amateurs de la belle feuille seront présents. Estimation 30 millions d'euros. 

Vendu 23, 162 000 € frais compris / 19,6 M £ / 24, 4 $

Michel-Ange Buonarroti (1475-1564), Un jeune homme nu (d’après Masaccio) entouré de deux autres figures. Avec inscriptions ‘Pietro Faccini’ (deux fois sur le montage, certainement par Genevosio); avec inscriptions ‘Pietro Facini/Collection Borghèse’ et ‘86’ (verso du montage). Plume et encre brune de deux couleurs. 33 × 20 cm.. Provenance : Modesto Ignazio Bonaventura Luigi Genevosio (1719-1795), Turin (L. 545, collé en plein sur son montage, inscription ‘Pietro Faccini’ et un chiffre ?) ; probablement vendu en 1794 avec les autres dessins de sa collection et quelques tableaux à Giovanni Antonio Turinetti, marchese di Priero (1762-1801), Turin ; probablement vendu par ses descendants en 1803. Collection Borghèse (selon une inscription au dos du deuxième montage). Vente anonyme ; Hôtel Drouot, Paris, 24 avril 1907, n° 34 (comme ‘Michel-Ange (École de). Figures nues et drapées. Plume. Cachet de collection. Haut., 33 cent. ; larg. 20 cent.). France, collection particulière. Bibliographie F. Rinaldi, conservateur des dessins et estampes du Fine Arts Museums of San Francisco  ‘A Rediscovered Drawing by the Young Michelangelo’ (à paraître) © Christie’s Paris. Estimation 30 millions d’€ © Christie’s.

Michel-Ange Buonarroti (1475-1564), Un jeune homme nu (d’après Masaccio) entouré de deux autres figures © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 6 avril 2022.

Un dessin totalement inédit selon les experts de cette vente Hélène Rihal et Stijn Alsteens [ancien conservateur à la Frits Lugt collection puis au Metropolitan Museum of Art de New York] le premier nu que l’on connaisse de Buonarotti, dans son montage du XVIIIe siècle. Une des 10 feuilles encore en mains privées. Pour l'avoir vue en compagnie des deux experts de chez Christie's,  cette feuille est " éblouissante ". 

Découverte passionnante dans le monde du dessin ancien, il s’agit d’un nouvel ajout au petit groupe de copies dessinées au cours des années 1490 par Michel-Ange d’après des œuvres de maîtres florentins des générations précédentes. " Pendant plusieurs mois il fit des dessins au Carmine d’après les fresques de Masaccio " écrivait Giorgio Vasari dans sa vie de Michel-Ange publiée en 1568, faisant référence aux fresques exécutées par le peintre Masaccio (1401-1428) pour l’église de Santa Maria del Carmine dans le quartier Oltrarno de Florence, en continuant : " Ces relevés étaient faits si judicieusement qu’ils faisaient l’admiration des praticiens, des gens de métier, et que la jalousie se développait de pair avec sa renommée. ".

Michel-Ange, Trois hommes debout portant des manteaux (d’après Masaccio?), vers 1496. Plume et encre brune, 29.2 × 20 cm. Albertina, Vienne, inv. 116.

L’affirmation de Vasari est confirmée par deux autres études – d’un format monumental similaire – d’après des fresques de Masaccio conservées dans cette église. Il s’agit d’une copie, conservée au Staatliche Graphische Sammlung de Munich (inv. 2191), d’après la composition, aujourd’hui perdue, représentant la consécration du monastère, et une autre feuille, double face, aujourd’hui à l’Albertina de Vienne (inv. 116) qui reprend des détails des fresques toujours visibles dans la chapelle Brancacci, exécutées entre 1425 et 1427.

Les dessins de Michel-Ange peuvent être datées de la période pendant laquelle il bénéficiait de la protection de Laurent de Médicis, puis de celle de Pierre de Médicis, le fils de ce dernier. Tous les deux encouragèrent l’étude par le jeune artiste de la sculpture antique et de l’art de la première Renaissance.

Un dessin plus précoce du maître, achevé sans doute au début des années 1490, conservé aujourd’hui au Louvre (inv. 706), est une copie d’après une fresque de l’église Santa Croce de Florence, peinte par un autre maître fondateur de la peinture italienne de la première Renaissance, Giotto (1266/1276-1337).

La technique à la plume utilisée par Michel-Ange pour l’ensemble de ces feuilles est influencée par la manière de son premier maître, Domenico Ghirlandaio (1449-1494), auprès duquel le jeune artiste se forma autour de 1490.

Masaccio, Le Baptême des néophytes, 1425-1427. Fresque. Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence © DR

Au centre de la nouvelle feuille, l’homme frissonnant se retrouve placé sur la droite du Baptême des néophytes (Actes des apôtres, 241), une des fresques de Masaccio [Tommaso di Ser Giovanni di Mone Cassai, dit Masaccio, 1401- 1428] illustrant la vie de saint Pierre à la chapelle Brancacci). Utilisant une plume et de l’encre brune claire, Michel-Ange a représenté le volume du corps nu de la figure à l’aide d’un système de hachures denses et croisées. Plus tard, il a repris cette copie en la retravaillant largement à la plume et au pinceau, utilisant une encre plus foncée. Il a ainsi modifié la position des jambes et des pieds, reprenant l’arrière de la tête, et a mis en valeur la musculature de l’homme, notamment au niveau du dos et des fesses. Masaccio en la rendant plus musclée, robuste, monumentale, à l’image de ses futures représentations du corps humain, tels David de la Galleria dell’accademia à Florence, ou ses deux Esclaves au Louvre. Dans le dessin, Michel-Ange associe, de part et d’autre, deux figures, sans rapport avec la fresque de Masaccio, exécutées à l’aide d’un trait de plume plus libre et vigoureux.

Michel-Ange Buonarroti (1475-1564), Un jeune homme nu (d’après Masaccio) entouré de deux autres figures. Détail, marque de Genovosio © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 6 avril 2022.

La feuille semble être restée dans son atelier tout au long de sa vie. Au XVIIIe siècle, le dessin appartint à Modesto Ignazio Bonaventura Luigi Genevosio (Turin 1719-id. 1795), collectionneur turinois qui, selon les inscriptions sur son montage, l’attribuait à un peintre bolonais de la fin du XVIesiècle, Pietro Faccini, dont le style excentrique montre peu de caractères en commun avec la manière de Michel-Ange. Je renvoie à la notice très complète des Marques de collections de dessins & d’estampes / Fondation Custodia | Collection Frits Lugt http://www.marquesdecollections.fr/detail.cfm/marque/6202/total/1

 

 

Michel-Ange Buonarroti (1475-1564), Un jeune homme nu (d’après Masaccio) entouré de deux autres figures. Détail © Christie’s.

En 1907, la feuille passa sur le marché à l’occasion d’une vente à l’hôtel Drouot à Paris, proposée comme l’œuvre d’un membre de l’entourage de Michel-Ange. Depuis, la feuille avait échappé à l'attention des spécialistes jusqu’à sa redécouverte récente dans une collection privée française, plus exactement parisienne. Cela explique qu’elle sera vendue en France.

Classée trésor national, elle bénéficie aujourd’hui de son certificat d’exportation hors de France et pourra être proposée sans restriction aux collectionneurs du monde entier. Avant sa mise en vente à Paris, il est prévu qu’elle soit exposée à Hong Kong et à New York.

Le dessin a été reconnu en 2019 comme étant de la main de Michel-Ange par Furio Rinaldi, alors spécialiste du département des dessins anciens chez Christie's. Cette attribution est confirmée ensuite par le professeur d'histoire de l'art à l'université de Cambridge, Paul Joannides, auteur du Catalogue complet des dessins de Michel-Ange et son école du Musée du Louvre et celui de l’Ashmolean Museum d’Oxford.

 

Rappelons qu’une étude de Tête d’ours par Léonard de Vinci a réalisé en juillet 2021 près de 9 millions £ (11,8 millions $) ou encore une Étude d’homme nu de Michel-Ange, dont le prix obtenu à Londres le 4 juillet 2000 (plus de 8 millions £ /12 millions $) demeure pour l’instant le record mondial pour une œuvre de l’artiste.

 

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