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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Orléans, la ville dont le prince est un peintre : Markus Lüpertz

Publié par Gilles Kraemer sur 2 Avril 2022, 23:44pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Expositions Paris

Gilles Kraemer (envoyé à Orléans)

" Pourquoi peignez-vous ? " A cette interrogation écrite sur la couverture du catalogue de l’exposition que lui consacra, au printemps 2015, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Markus Lüpertz répondait " Je ressens la pression du pouce venant d’en haut. Cela amène une perturbation, une tare. Et comme l’huître blessée accouche de la belle perle, cette pression me force à peindre. ".

Markus Lüpertz, Dante + Béatrice (lac de Siethen), 2020. Huile et tempera sur carton. Galerie Michael Werner. Birkelsche Stiftung für Kunst und Kultur © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022.

Markus Lüpertz devant Galant bleu (2012) © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022.

Markus Lüpertz ? Le prince des peintres, toujours impeccable, grand manteau, feutre sur la tête, costume admirablement bien taillé, un anneau à l’oreille droite, une canne au pommeau d’argent qu’un accident l’oblige depuis des années à utiliser. Un peintre tellement "cinquecento" ou "seicento" dans son allure, qu’on l’imaginerait à la cour des Médicis, des Este ou dans la Rome de Raphaël.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Markus Lüpertz, Daphné, 2003. Bronze peint. 350 x 150 x 150 cm. Galerie Michael Werner. Birkelsche Stiftung für Kunst und Kultur © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Markus Lüpertz, Le faiseur de dieux est le faiseur des lieux à Orléans qui lui consacre une double exposition. Un parcours en ville avec 11 statues monumentales – au début, seules quatre étaient prévues - pour ce dialogue entre l’œuvre et la cité, entre parvis de la mairie, cathédrale et parc Pasteur, dans une résurgence de l'antiquité, une évocation rafraîchissante des mythes des dieux et demi-dieux, d'un martyr, de Mozart et Fragonard. Un développé de l'exposition muséale dans l'espace public, dans ce hors les murs avec ses bronzes peuplant la ville, la nymphe Daphné, bientôt transformée en laurier pour échapper au désir d’Apollon, le dieu des muses, des arts et donc… des artistes, nous accueillant à la porte du musée des Beaux-Arts.

Markus Lüpertz, modèle pour Hercule, 2009, bronze peint  //  études pour Hercule, dessins au fusain, craie blanche et gouache blanche © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Ses salles du XXe siècle, dont la collections de ce siècle n'a pas encore été redéployée par la dynamique directrice Olivia Voisin - ayant métamorphosé brillamment en 6 ans les salles du XVIe au XIXe siècle -, accueillent 33 peintures et dessins de Markus (1941 à Reichenberg en Bohême, aujourd'hui Liberec en République tchèque). Plus, dans deux cabinets d'art graphique, 48 dessins, des créations autonomes ou préparatoires, autour des petites sculptures polychromes de Daphné, Judith, Hercule et Mozart

Manifestement Markus était heureux lors du vernissage, entouré de l'ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne en France Hans-Dieter Lucas, d'Olivia, du directeur du musée d'art moderne de la Ville de Paris Fabrice Hergott. Discrète, attentive, Suzanne Tarasiève, sa galeriste parisienne, un "occhio" de l'art contemporain reconnu de ses pairs, défendant les artistes allemands contemporains. (2)

Ambiance bon enfant à laquelle la personnalité d'Olivia n'est pas étrangère. Ses vernissages sont appréciés et le dernier train direct Orléans - Austerlitz de 21h 30, avec le retour des amateurs, devient l’incontournable lieu du débriefing de l’exposition et de la soirée.

Francis Grüber (1912 – 1948), L’Annonce de l’hiver, 1935. Huile sur toile. Dépôt du F.N.A.C. en 1993 //  Jean Hélion (1904 – 1987), Choses vues en mai, 1968-1969. Huile sur toile. Dépôt du Musée national d’Art moderne en 1994  //  Aristide Maillol (1861 – 1944), La Nymphe, ca 1930-1937. Bronze. Dépôt du musée du Louvre. F.R.A. 6 S © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Très heureux Markus, soulignait son " plaisir à se trouver dans ce musée où Saint Thomas de Diego Velázquez m'a accueilli ". D'être aux côtés de Jean Hélion et de l'immense Choses vues en mai (1968-1969), de Marcel Grüber et de L'Annonce de l'hiver (1935), " deux de mes héros qui sont là ", qu’il a désiré voir accrochés non loin de lui. À l'entrée de l’exposition, La Nymphe (ca 1930-1937) d'Aristide Maillol, qu’il a souhaité placer ici, rappelle que le Banyulencs l'a incité à cette pratique en 1981, artiste " dans lequel il retrouve l'antiquité qui l'amène à notre époque ", dans une chaîne qu'il perpétue. Une de ses tempera sur toile, dithyrambisch (1976), n’est-elle pas signée Markus Maillol (collection Stephan et Suzanne Böninger) ? [non exposée à Orléans]. Cette convocation de la sculpture figurative monumentale en bronze  joue sur la distorsion de la figure et de la forme, dans la prolongation de ses peintures aux cadres peints. Important ses cadres peints que l’on a tendance à ne pas voir.

" Ce que j'expose, je l'assume ". Ainsi présente-il ses œuvres dans une "galleria", dans le dialogue réussi avec les murs turquoise et bleu, pour l’évocation de ses mystères car " l'art contient des mystères " soulignera Fabrice Hergott. Ses mystères convoquent Courbet, Goya, Ingres, et naturellement Poussin." Ce que je peins est un enchaînement de choses. Une peinture conduit la suivante. Un détail dans une peinture, un fragment par ricochet peut être le début d’une nouvelle œuvre. "

Œuvres de 1997 à 2020. "Une toile naît toujours de celle qui la précède. Un sentiment d’inachevé vous pousse à créer autre chose. C’est comme une chaîne qui se perpétue, un processus qui s’autonourrit et vous amène à la prochaine tentative." Markus Lüpertz.

Markus Lüpertz, à droite Dante + Béatrice (lac de Siethen), 2020  // à gauche Séduction (lac de Siethen), 2020. Huile et tempera sur carton. Galerie Michael Werner. Birkelsche Stiftung für Kunst und Kultur. Puis salle des nature morte, composition, paysage © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Markus Lüpertz, salle des Arcadie, 2013 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Markus Lüpertz, salle des Arcadie, 2013 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Dans un parcours débutant par la série inédite Le lac (2020), cinq peintures huile et tempera, confrontée à deux peintures mises en miroir, face à face, d'identiques dimensions, Séduction et Dante + Béatrice deux scène qu'il situe aux bords du lac de Siethen. Peintes pendant le premier confinement de la pandémie, dans un retour à une abstraction architecturale, dans un mécanisme qui nous livre sa démarche : celle de l'affirmation de la forme et de la couleur. Aux natures mortes-paysages-compositions succèdent les Arcadie convoquant le monde grec antique puis différents sujets pour se clore dans l’évocation de la si poussiniste Arcadie. – Le monde souterrain.

Markus Lüpertz, Arcadie – Monde souterrain, 2013. Technique mixte sur toile. Galerie Michael Werner. Birkelsche Stiftung für Kunst und Kultur © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Dans un propos narratif du tutoiement des habitants de l’Olympe, dans ce monde du crépuscule des dieux, dans ce temps de l’aveuglement qui nous gagne, Lüpertz est le faiseur de dieux. Des dieux.

 

(1) Markus Lüpertz. Une rétrospective. Du 17 avril au 19 juillet 2015. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Étonnant catalogue qu’il fallait rogner pour découvrir les textes et les œuvres.

(2) Insoumises expressions avec Georg Baselitz, Jörg Immendorff, Benjamin Katz, Markus Lüpertz, A.R. Penck, Sigmar Polke. Du 13 octobre 2018 - 5 janvier 2019. Galerie Suzanne Tarasiève, rue Pastourelle, Paris.

Francis Grüber (1912 – 1948), L’Annonce de l’hiver, 1935. Huile sur toile. Dépôt du F.N.A.C. en 1993 //  Jean Hélion (1904 – 1987), Choses vues en mai, 1968-1969. Huile sur toile. Dépôt du Musée national d’Art moderne en 1994  //  Aristide Maillol (1861 – 1944), La Nymphe, ca 1930-1937. Bronze. Dépôt du musée du Louvre. F.R.A. 6 S © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Orléans, mars 2022

Markus Lüpertz. Le faiseur de dieux

05 mars – 04 septembre 2022

Musée des Beaux-Arts & parcours en ville

Commissariat d’Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans.

Exposition rendue possible avec l’implication de la galerie Michael Werner.

Catalogue à paraître en juin 2022 avec des photographies in situ, une pratique de plus en plus courante dans les institutions. Le catalogue n’est-il pas, avant tout, la mémoire d’une exposition ? La mémoire de son propos ? D’une exposition que nombre n’auront pas eu la chance de voir.

https://www.orleans-metropole.fr/culture/musees-expositions/le-musee-des-beaux-arts

 

Markus Lüpertz © DR, Orléans, mars 2022, parc Pasteur.

 

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