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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Le sacré et le paysage en majesté chez le "divin" Guido Reni – Galleria Borghese

Publié par Gilles Kraemer sur 27 Avril 2022, 22:18pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions à l'étranger, #Italie, #Marché de l'art, #Rome

Gilles Kraemer

Déplacement et séjour personnel à Rome

Guido Reni, Atalante et Hippomène, ca. 1615-1618. Huile sur toile. 192 x 264 cm.. Naples, Museo Nazionale di Capodimonte © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Pourquoi cette exposition, à la Galleria Borghese et pourquoi ce sujet sur ce maître du Seicento ? s’interroge Francesca Cappelletti, dynamique directrice générale de cette institution depuis novembre 2020, commissaire de cette pertinente exposition Guido Reni à Rome. Le sacré et la nature. Elle ne pouvait trouver lieu plus judicieux que cet endroit, celui de la collection du cardinal Scipione Caffarelli Borghese (1577-1633), où les sculptures de Gian Lorenzo Bernini et d’Antonio Canova côtoient la Madonna dei Palafrenieri de Caravaggio et la Deposizione Baglioni de Raffaello. 

Tout est parti, explique-t-elle, en la présentant, de la Danza campestre (ca 1605-1606) de Guido Reni (1575 - Bologne - 1642), de son appartenance à la collection Scipione Borghese, figurant dans une description de 1650, dans l’inventaire de 1693. Vendue au XVIIIème, elle réapparait en juillet 2008 chez Bonham’s à Londres sous l’attribution d’un peintre anonyme de Bologne. Reconnue de la main de Guido, elle ne pouvait revenir qu’à Borghese, rachetée par l’État italien en mars 2020 par l’heureux hasard de la pandémie. Acquisition judicieuse comme le souligne, dans le remarquable catalogue, Anna Coliva, la précédente directrice générale de Borghese, le chaînon manquant de la peinture de paysage […] une œuvre importante non seulement dans la reconstitution de la collection Borghèse mais aussi pour la compréhension de ce moment d’effervescence stylistique entre Bologne et Rome portant à la naissance d’une moderne peinture de paysage.

Cette acquisition est à l’origine de cette exposition interrogeant le rapport de Guido avec la peinture de paysage, sujet jusqu’à présent peu considéré dans son œuvre peint, sur son séjour romain, sur sa double personnalité – dévoré par le démon du jeu - comme le note Raffaella Morselli dans son étude sur les trois années 1609-1612 pendant lesquelles il fut salarié de la famille Borghese, sur ses relations avec le cardinal Odoardo Farnese, autre grand collectionneur. Mais aussi de présenter la peinture sacrée de ce peintre, arrivant à 26 ans dans une Rome débordante d’effervescence culturelle sous le pontificat de Paul V (1605-1620), Camillo Borghese, travaillant dans l’atelier des Carracci puis du Cavalier d’Arpin.

Trente-six œuvres – dont un dessin d’Annibale Carracci et un autre de ce dernier et de son école, plus un de la période pré-romaine de Guido reconnu de sa main en 1987 par Dominique Cordelier, tous les trois prêtés par le musée du Louvre  – restituent les rapports de Reni et d’autres peintres avec le paysage. L’exposition commence dans l’époustouflant salon au plafond orné d’un Romulus accueilli dans l’Olympe par Jupiter, fresque de Marinano Rossi (1775-1779), dans un dialogue avec des peintures religieuses d’autels de Guido, solennelles, puissantes, touchant les âmes dont La crucifixion de saint Pierre (ca 1604-1605), couverture du catalogue, dans laquelle l’influence de Merisi et du clair-obscur dramatique ne peuvent être ignorés.

Guido Reni, La crucifixion de saint Pierre, 1604-1605. Huile sur toile. 305 x 171 cm.. Cité du Vatican, Musei Vaticani © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Guido Reni, Le martyr de sainte Catherine d'Alexandrie, 1605-1606. Huile sur toile. 277 x 195 cm.. Albenga, Musée diocésien  //   Trinité avec la Madone de Lorette et son commanditaire, le cardinal Antonio Maria Gallo, 1603-1604. Huile sur toile. 187,6 x 312 cm.. Osimo (Ancona), Eglise de la Santissima Trinità  //  Guido Reni et collaborateurs, Saint François recevant les stigmates, 1610-1612. Huile sur toile. 217 x 152 cm.. Rome, Musée de Rome. Photo Alberto Novelli © Galleria Borghese.

Guido Reni, Lot et ses filles, ca. 1615-1616. Huile sur toile. 111,2 x 149,22 cm.. Londres, The National Gallery. Photo Alberto Novelli © Galleria Borghese.

Guido Reni, Paul interpellant Pierre pénitent, ca1609. Huile sur toile. 197 x 140 cm.. Milan, Pinacoteca di Brera. © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Dans ce musée à forte vocation sculpturale, un satyre (art romain, IIème siècle) accompagne parfaitement de sa gestuelle dansante Lot et ses filles (ca 1615-1616), un dialogue muet entre les trois personnes, dans lequel les mains d’une des filles indique au père d’avancer. Dans la salle du marbre de Canova : Vénus victorieuse, la sœur de Napoléon, la tête soutenue par son bras droit, renvoie subtilement à Paul interpellant Pierre pénitent (ca 1609), la tête de Pierre étant posée sur sa main droite. Cette correspondance fascinante entre peinture / sculpture se poursuit avec David et la tête de Goliath (années 1620) de Guido et ses élèves alors que le David du Bernini (1623-1624) prépare sa fronde, une opposition visuelle de l’action après / avant.

Guido Reni, Massacre des innocents, 1611. Huile sur toile. 268 x 170 cm. Bologne, Pinacoteca Nazionale. © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Guido Reni, Atalante et Hippomène, ca. 1615-1618. Huile sur toile. 192 x 264 cm.. Naples, Museo Nazionale di Capodimonte © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

La violence gestuelle du dramatique et criant l’horreur du Massacre des innocents (1611), presque une peinture de sculpteur tant les corps semblent de relief face à Apollon poursuivant Daphné (1622-1625) de Bernini, la nymphe dans son refus au désir sexuel du dieu. Dans l’immensité de la salle des portraits des empereurs, stupéfaction et choc émotionnel par la confrontation du Rapt de Proserpine (1621-1622) de Bernini à l’un des plus admirables tableaux de Guido que je connaisse, le très sculptural dans la façon de représenter la musculature des corps Atalante et Hippomène (1615-1618), depuis l’avoir vu en juillet 2010 à une exposition au musée national d’art occidental de Tokyo : Les chefs d’œuvre de Capodimonte, de la Renaissance au Baroque. Une scène de course dans la lumière et l’obscurité, une histoire de pommes, le croisement génial des jambes, deux constructions triangulaires. La perfection. La beauté à l'état pur.

Guido Reni, David avec la tête de Goliath, ca 1620. Huile sur toile. 222 x 147 cm.. Florence, Le Gallerie degli Uffizi, Galleria delle Statue e delle Pitture © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

La correspondance est extraordinaire dans ces dialogues entre génies de la sculpture et ce génie de la peinture, dans les somptueuses salles du rez-de-chaussée.

Guido Reni, Danse à la campagne, 1605-1606. Huile sur toile. 81 x 66 cm.. Rome, Galleria Borghese © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Dans la Loggia de Lanfranco, au premier, présentation plus classique, sur des cimaises au centre de l’immense salle. Seulement des peintures de paysage, du vénitien Carlo Saraceni : Ariane abandonnée avec un paysage maritime et Salmacis et Hermaphrodite à Nicolò dell’Abate, d’Agostino Carracci au Flamand Paul Bril, de Pietro Bonzi à Giovanni Battista Viola, de Domenico Zampieri à Giovan Francesco Grimaldi et Annibale Carracci, entourant la Danse à la campagne de Guido, représentant une fête à la campagne, un bal avec musiciens auquel assistent paysans et une noble assemblée et, du même un très désirable et fascinant Paysage avec des anges s’amusant (ca. 1603).

Francesca Cappelletti, conférence presse © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Au premier plan, Niccolo dell'Abate, Paysage avec dames et cavaliers. Rome, Galleria Borghese  //  Agostino Carracci, Fête champêtre. Marseille, Musée des Beaux-Arts © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Guido Reni, Atalante et Hippomène, ca. 1615-1618. Huile sur toile. 192 x 264 cm.. Naples, Museo Nazionale di Capodimonte © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese, exposition Guido Reni. Le sacré et la nature.

Première exposition à Borghese de Francesca Cappella, spécialiste du Baroque et du collectionnisme italien de la Renaissance au XVIIIème, cette présentation et le choix somptueux des œuvres concrétisent magnifiquement l’appellation de  "divin" accordée à Guido.

Francesca Cappelletti © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese.

 

Guido Reni a Roma. Il sacro e la natura / Guido Reni à Rome. Le sacré et la nature

1er mars – 22 mai 2022

Galleria Borghese – Rome

Commissariat de Francesca Cappelletti, directrice générale de la Galleria Borghese. Elle a participé à Nature et idéal. Le paysage à Rome 1600-1650 au Grand Palais puis au Prado (2011) et à Les bas-fonds du Baroque à la Villa Médicis puis au Petit Palais (2014-2015).

 

Catalogue remarquable, sous la direction de Francesca Cappelletti. 272 pages. 90 illustrations. Éditions Marsilio Arte. Prix 30 €. Édition également en anglais. Toutes les œuvres sont soigneusement décrites. Texte pertinent de Romeo Pio Cristofori et Lara Scanu sur les témoignages relatifs à la présence du peintre à Rome à travers des documents comptables et les inventaires des collections de la ville, entre 1601 et 1604.

 

Raffaello Sanzio da Urbino, Raphaël (Ubino 1483-1520 Rome), La mise au tombeau Baglioni. Huile sur bois. 179 x 174 cm.. Signé et daté MDVII en bas à gauche © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2022, Rome, Galleria Borghese.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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