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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


L'entente (vraiment) surréaliste Alberto Giacometti André Breton !

Publié par Gilles Kraemer sur 5 Février 2022, 00:23am

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions Paris, #Livres

Gilles Kraemer

Magie surréaliste (?) des reflets autour du portrait d'André Breton par Victor Brauner, 1934.© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

La pertinence est dans le propos de l'exposition actuelle à la Fondation Giacometti autour d’une "entente cordiale"» décryptée, celle d’André Breton, le pape du surréalisme et d’Alberto Giacometti, le sculpteur.

Leonara Carrington (1917-2011), Le repas de Lord Candlestick, 1938. Huile sur toile. 46 x 61 cm.. Collection privée © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

Exceptionnellement sorti de la collection privée qu'il avait rejointe il y a quelques mois, Le repas de lord Candlestick, peinture de Leonora Carrington. (1) Œuvre rare, peinte en 1938, l'année où cette artiste-romancière, avec son époux Max Ernst, quitte l'Angleterre pour Paris. Lord Candlestick est le surnom qu'elle donne à Harold son père, comme une façon de laver son linge en famille dans ce repas provocateur et cannibale, une "performance gustative" contre l'autorité parentale en dévorant un enfant.

Une pièce insigne de cette exposition autour des amitiés surréalistes Breton-Giacometti souligne Christian Alandete, directeur artistique de la Fondation Giacometti, très heureux de ce prêt comme il l’est de Guillaume Tell de Salvador Dali du Centre Pompidou ou du Portrait de Breton du musée d'art moderne de Paris. Victor Brauner a choisi de placer André sur des fonds verts, comme le rappel inconscient de l'encre verte dont usait parfois cet écrivain précise Constante Krebs de l'Association Atelier André Breton".

à droite, Salvador Dali, Guillaume Tell, 1930. Huile sur toile. 113 x 87 cm.. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Paris // au milieu Yves Tanguy, L’Avion, 1929. Huile sur toile. 81 x 60 cm.. Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles // à gauche Max Ernst, Tête d'homme, 1947. Huile sur toile. 50,8 x 30,3 cm. Cadeau de l'artiste à Alberto. Fondation Giacometti  © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

Comme une recréation du "mur" iconique du 42, rue Fontaine avec ces œuvres. Dans une juxtaposition de l’érotisme, de l’amour cruel, du lyrisme de L’avion d’Yves Tanguy, de l’irrationnel de Tête paysage de Jean Arp avec, au milieu du mur tel un talisman, L’Oreille de Giacometti, petit bronze de Meret Oppenheim dans son esthétisme fétichiste que développe le surréalisme analyse Émilie Bouvard dans le catalogue.

Attestation d’exclusion d'Alberto Giacometti, 14 février 1934, écrite et signée par Benjamin Péret, signatures d’André Breton, de Georges Hugnet, d'Yves Tanguy et Marcel Jean © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

En association avec le Centre Pompidou et l'A.A.A.B., dans la continuité de la relecture des temps méconnus de la vie d'Alberto, la Fondation explore ce moment très court où le sculpteur entre dans ce mouvement intellectuel pour s'en détacher au bout de cinq années. De 1930 au 14 février 1935, date de la motion de défiance signée contre lui, sur un papier quadrillé, comme celui d'un cahier d'écolier. Comme l’impression d’un copié collé de ce qui se passe politiquement dans certains régimes où un engagement total est requis sinon la rétorsion est celle de la tranchante exclusion.

Alberto Giacometti, Boule suspendue, 1931. Bois de hêtre, fer, corde. 60,4 x 36,5 x 34 cm.. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Paris // Victor Brauner, Portrait d’André Breton, 1934. Huile sur toile. 61 x 50 cm.. Musée d’Art Moderne, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

Tout commence, précise la commissaire Serena Bucalo-Mussely, avec Boule suspendue, œuvre en mouvement de Diego. Présentée chez Pierre [Loeb] au printemps 1930 puis de nouveau chez le même galeriste en mai 1931, c’est là qu’André l’acquiert. Il la gardera toujours dans sa collection. Un Objet à fonctionnement symbolique écrit Dali, décrivant une boule en bois de hêtre marquée d’un creux féminin, suspendue au-dessus d’un croissant dont l’arête effleure la cavité de la boule. Une dimension érotique très forte dans ce glissement de la boule sur l’arête.

Au fond, à droite Alberto Giacometti, L’Objet invisible, 1934-1935. Plâtre. 163 x 32 x 29 cm.. Fondation Giacometti // au premier plan, à gauche Alberto Giacometti, Cube, 1933-1934. Plâtre. 94 x 60 x 60 cm.. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

Alberto Giacometti, Cube, 1933-1934. Plâtre. 94 x 60 x 60 cm.. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

1932, année forte entre André et Alberto, au fil d’une correspondance prenant un caractère plus intime et personnel. 25 juin 1933, décès de son père Giovanni. Dans une période d’angoisse et de déprime, naît la figure géométrique d’un polyèdre à douze faces, Cube ou Pavillon nocturne, représentation de la mort, dans une inspiration de la gravure de Dürer Melancolia (1514). Pour Jacqueline Lamba, seconde épouse d’André - Giacometti sera son témoin de mariage le 14 août 1934, cravaté comme on peut le voir sur la photographie de Man Ray, alors que dans une attestation de 1933, signée de lui et de Breton, il s’interdisait de porter cet accessoire de toilette inutile et ignoble - Alberto gravera quatre eaux-fortes accompagnant L’Air de l’eau de Breton dont les essais crayonnés sont montrés pour la première fois. (2)

Alberto Giacometti, L’Objet invisible, 1934-1935. Plâtre. 163 x 32 x 29 cm.. Fondation Giacometti.

L’exposition se termine avec L’objet invisible ou Mains tenant le vide [dans le jeu de mots maintenant le vide] marquant la transition entre le surréalisme et le retour au réalisme, dans ses recherches sur le corps humain. Statue née de "l’équation de l’objet trouvé", titre d’un article de Breton dans la revue Documents 34, un demi-masque en tôle, vu dans un "hasard objectif" au Marché aux puces, objet catalyseur inspirant la forme à donner à la tête de cette femme assise sur une haute chaise.   

Alberto ne coupera pas le cordon, continuant de participer à des expositions surréalistes. De nombreux documents présentés rendent compte des liens qui se poursuivront après cette "rupture" sur papier de 1935.

Yves Tanguy, s’emmerde considérablement à Paris et adresse une carte postale à Alberto Giacometti © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

Interdiction de porter une cravate. Attestation surréaliste signée Paul Eluard, Stratis Tériade, Albert Skira, Breton & Giacometti, 23 juillet 1933 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

 

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

Alberto Giacometti / André Breton, Amitiés surréalistes

19 janvier - 10 avril 2022

Institut Giacometti - 5, rue Victor-Schoelcher - Paris

Commissariat de Serena Bucalo-Mussely, conservatrice, Fondation Giacometti. En collaboration avec Constance Krebs, directrice éditoriale, Association Atelier André Breton

Scénographie Éric Morin Production

Catalogue. Alberto Giacometti et André Breton. Toutes ces traces perdues, Serena Bucalo-Mussely ; Qu’est-ce que le groupe surréaliste ? Ou les vases communicants ! Anne Egger ; Les amies surréalistes d’Alberto Giacometti. Meret Oppenheim, Leonor Fini, Dora Maar, Jacqueline Lamba, Sonia Mossé, Émilie Bouvard. Co-édité par la Fondation Giacometti & et FAGE éditions, bilingue français/anglais. 194 pages. Prix 28 euros

https://www.andrebreton.fr/     

https://www.fondation-giacometti.fr/

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, janvier 2022, Institut Giacometti.

(1) de l’ex-collection Stéphane Petit, fils d'André-François Petit le galeriste de Carpentier-Petit et d’Alexandre Iolas. Acquis en vente aux enchères, étude Rémy Le Fur & Associés, 698 500 €, le 15 décembre 2020.

Jacqueline Lamba (1910-1993), Nuages denses roses, 1975. 140 x 152 cm.. © site de la Galerie Pauline Pavec, Paris

(2) La galerie Pauline Pavec présente, à Art Paris (7-10 avril 2022), des peintures de Jacqueline Lamba. 15 000 / 30 000 €.

 

 

 

 

 

 

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