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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Boris Labbé. L’infini turbulent

Publié par Marie-Christine Sentenac sur 2 Janvier 2022, 00:37am

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France

Marie-Christine Sentenac

 

Boris Labbé nous entraîne dans sa turbulente spirale infinie. Pour son exposition à Aix-en-Provence, patrie de Cézanne, ce jeune artiste talentueux, fait sien le titre emprunté à Henri Michaux, L’Inconnu Turbulent (1957), récit écrit par son aîné pour décrire, sous mescaline, sa vision altérée du monde.

Le plasticien pluridisciplinaire est accueilli dans deux lieux, le Musée des Tapisserie et l’Espace culturel départemental. Diptyque tour d’horizon qui réunit plus de dix ans d’activité professionnelle. Pour une première monographie proposée en France.

Boris Labbé © Marie-Christine Sentenac, Aix-en-Provence, automne 2021.

Boris Labbé, La chute, 2018. Eau-forte © Marie-Christine Sentenac, Aix-en-Provence, automne 2021.

Né à Lannemezan dans les Hautes Pyrénées en 1987, il étudie à L’Ecole supérieure d’art des Pyrénées (Tarbes), avant de se former à l’animation à Angoulême. Résidence à La Casa Velazquez de Madrid, le Tenjiniyama Art Studio de Sapporo, résidence d’animation de la Cinémathèque Québécoise de Montréal… Primé une cinquantaine de fois dans le monde entier : Prix Fripesci au Festival d’Annecy, Bourse Auteur de film d’animation de la Fondation Lagardère, Grand Prix au Taichung international Animation festival à Taïwan, Grand Prix à Animafest Zagreb… il excelle à combiner les techniques numériques avec celles du cinéma d’animation, maîtrise le dessin, l’aquarelle et s’est également essayé à l’eau-forte. Il aime à établir des ponts entre toutes les disciplines qu’il pratique et a besoin de cet équilibre pour avancer.

«… L’Inconnu Turbulent, déjà je trouvais que ça m’allait plutôt bien parce que j’essaye toujours aussi, moi, d’aller chercher des points, un petit peu de  - il hésite – de craquements …de turbulences… J’ai une tendance naturelle parce que je viens aussi - un peu - de l’illustration, à dessiner, à faire un travail de composition presque illustratif, mais, quand je fais un film ou une installation j’ai toujours envie de  faire trembler cette illustration, qu’elle devienne quelque chose de plus sensoriel, de l’ordre de la sensation et moins de l’ordre de l’illustration… qui pourrait être comme une manière d’utiliser l’image de façon trop directe...Même si je le fais, il y a des moments de dérapages et j’aime bien ces moments de dérapages ».

Qui pourrait se douter que ce jeune homme presque timide, si calme et posé, cache de sombres obsessions et de noires pensées sur notre monde ?

On peut visionner dans les différents espaces

Boris Labbé, Orogénésis, 2016 © Boris Labbé.

Orogénésis, cette hypothèse de la genèse du monde tend vers l’abstraction, la dissolution de l’image. Forces telluriques, mouvements de terrain, images sublimées de ses Pyrénées natales au son de Se Canti chanté par les bergers de Lourdes en introduction, suivi par la musique originale très contemporaine de Daniele Ghisi ; tradition et modernité.

Boris Labbé, Rhizome, 2016 © Boris Labbé.  

Rhizome en référence à Mille Plateaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari, (sous-titré Capitalisme et Schizophrénie) théorie des réseaux et connections de toutes choses entre elles, rapport à l’horizontalité qui s’oppose à la verticalité, mouvement perpétuel incontrôlable, métamorphose perpétuelle de l’infiniment grand à l’infiniment petit, des formes minuscules en mutation envahissent l’espace et se multiplient pour finir par former un vortex, trou noir dont sort une flamme qui se teinte au fur et à mesure de son ascension.

Littérature, Philosophie, Histoire de l’art, Boris explore tous ces domaines. Il ne cache pas sa dette envers les primitifs flamands : Jérôme Bosch et son Jardin des délices qu’il se plaisait à aller contempler lors de " son séjour madrilène … à partir de 18 h, lorsque l’entrée au musée est gratuite… " !

Boris Labbé, Ils tournent en rond, 2010 © Boris Labbé.

Pieter Brueghel Le Jeune, Kermesse avec Théâtre et Procession (1620) fait naître Ils tournent en rond (2010). Il remplace les personnages de la toile par ses propres clones, qui s’agitent en un cycle répétitif qui donne le vertige.

Une série de fusains et d’eaux-fortes de 2015, dévoilent un dessin plus académique largement influencé par Francisco de Goya.

Boris Labbé, Kyrielle, 2011 © Marie-Christine Sentenac, Aix-en-Provence, automne 2021.

Kyrielle (2011) qui sert de fond pour l’affiche de l’exposition - prix spécial du jury au festival d’Annecy en 2012 -, déroule un palimpseste coloré en un travelling de 12 images secondes rappelant l’aspect sautillant des débuts du cinématographe. De petits personnages se poursuivent et s’effacent pour mieux revenir envahir un plan qui tend vers l’infini, prisonniers d’une boucle infernale. Répétition qui lorgne vers un point de fuite. Travail de Titan, 285 dessins à l’aquarelle retravaillés sur ordinateur pour un artiste qui avoue « être lent ». Déroutant et hypnotique envahissement de l’écran.

Boris Labbé, La Chute © Marie-Christine Sentenac, Aix-en-Provence, automne 2021.

Mon favori, La Chute (2018) court métrage d’animation, sélectionné lors de la Séance spéciale de la 57e Semaine de la Critique du festival de Cannes 2018. Dynamisme lyrique librement suscité par la lecture de Dante, qui nous entraîne dans l’univers fantasmatique du créateur. Il insiste sur le côté séducteur de la couleur pour cette œuvre qu’il a voulue différente des précédentes, plus sombres. Les aquarelles et l’encre mises en négatif, animées, livrent sa vision de la structure de l’enfer et de la formation du gouffre. Dégénérescence, régénérescence, accompagnées par un quatuor à cordes électronique. Musique composée par son complice Daniele Ghisi.

Le Lac (2020) © Boris Labbé - Images vidéos issues de la scénographie du spectacle Le Lac des cygnes d’Angelin Preljocaj, pièce pour 26 danseurs créée en 2020. Ici l'acte IV.

Boris Labbé, Le Lac  © Marie-Christine Sentenac, Aix-en-Provence, automne 2021.

En 2020, il collabore avec le chorégraphe Angelin Preljocaj, créant une vidéo pour la scénographie de l’adaptation contemporaine du Lac des Cygnes. Dans la Galerie gothique du Musée des Tapisseries, sur une musique originale de Mattéo Marson, il invente une nouvelle narration pour une mise en espace du seul Lac, envolés les cygnes et la dramaturgie.

Apocalypse et rédemption, images de catastrophes, de paysages urbains (en noir et blanc) mais aussi beauté de la nature; animal, végétal, minéral sont convoqués dans cette installation vidéo aux magnifiques images.

Boris Labbé, projection sur la façade de l'église de la Madeleine du 27 novembre au 24 décembre 2021  © Marie-Christine Sentenac, Aix-en-Provence, automne 2021.

Monde angoissant pour certains, onirique et décalé pour d’autres, poétique sans aucun doute. Cauchemars de fin du monde, transcendance mystique ? Il fait bon s’aventurer dans le monde de Boris Labbé, sans modération.

 

Boris Labbé L’infini turbulent

Espace Culturel départemental 21, bis Mirabeau - 10 novembre 2021 - 20 février 2022

21, bis cours Mirabeau – 13100 Aix-en-Provence

& Musée des Tapisseries - 3 décembre 2021 - 6 mars 2022

28 place Des Martyrs de la Résistance - 13100 Aix-en-Provence

Commissariat Mathieu Vabre - Exposition imaginée par Chroniques

 

 

 

 

 

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