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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Art déco et céramiques d’Hélène Morbu en dialogue

Publié par Gilles Kraemer sur 5 Janvier 2022, 08:40am

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Prix et récompenses

Gilles Kraemer (envoyé spécial)

 

« Dans ces anciens magasins saint-quentinois qui furent les Nouvelles-Galeries, bâtiment de style Art déco édifié par l’architecte Sylvère Laville en 1927, Hyperborée, une vision contemporaine de l’art déco présente les dernières créations de la céramiste Hélène Morbu souligne Frédérique Macarez, maire de cette ville très riche en monuments publics et privés Art déco. « Cette exposition est teintée d’émotions, puisqu’il s’agit du retour d’une fille du pays, sur sa terre », Hélène Morbu résidant aujourd’hui à Nantes.

Dans l'atelier d'Hélène Morbu  © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Organisée par la Fondation Ateliers d’art de France, en partenariat avec la ville de Saint-Quentin, Hyperborée présente les dernières créations d’Hélène Morbu (1981) qui a obtenu le Prix Le Créateur, pour « son travail exigeant de création fait de géométrie et de rythme de la matière » précise Aude Tahon, présidente de cette Fondation. L’exposition se tient au Palais de l'art déco, Hélène ayant souhaité que cette construction, emblématique de l’histoire de Saint-Quentin, accueille son exposition conçue spécifiquement pour sa ville natale. Ce bâtiment l’a fascinée pendant son enfance par les photographies qu’elle avait pu voir de ce lieu inaccessible, un Palais endormi et fermé à tous depuis 1963. Ne découvrant son intérieur qu’en 2016, ces deux atriums, l’un ovale, l’autre rectangulaire, ces balcons, ces colonnes élancées comme des troncs de palmiers, ont imprégné sa démarche créatrice. Ainsi qu’un autre endroit de la cité, l’ancien buffet de la gare dans son jus 1926, sauvé par la municipalité de Saint-Quentin d’une disparition programmée.

Hélène Morbu, Vase Arcade, 2021. Grès teinté dans la masse émaillé. Façonnage à la plaque et impression © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

 

Hélène Morbu © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Ce lieu de son enfance, magique puisqu’inaccessible, elle a souhaité en briser l’endormissement, s’y introduisant doucement, n’en perturbant nullement l’architecture mais s’y adaptant, s’en imprégnant, en soustrayant certains éléments jusqu’à ce qu’il devienne un nouvel imaginaire, une renaissante Hyperborée, cette terre lointaine imaginée par les Grecs de l’Antiquité. 

Hélène Morbu, Hommage à Manessier, 2021. Grès teinté dans la masse émaillé. Façonnage à la plaque et incision //  Hedera helix, 2021. Grès teinté dans la masse émaillé © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Exposition en deux scansions : les deux grandes œuvres, la salle aux trésors. Au milieu de l’atrium ovale, posé sur un plateau, Hommage à Manessier, Alfred Manessier (Saint-Ouen, Somme 1911-1993 Orléans), le peintre et le concepteur de vitraux bien oublié, l’artiste de la lumière en baie de Somme, des vibrations sur les immenses étendues d’eau, des scintillements de la mer, des jeux de la lumière sur le sable, de la mouvance, de l’impalpable, des ondulations des vaguelettes. Autant d’inspirations pour Hélène dans une retranscription par modules en grès teinté dans des nuances de bleu, un immense bassin comme « une étendue apaisante avec des vagues, en une surface mate et brillante », alternant 300 pièces émaillées ou non, « dans l’impression d’un mouvement ondulatoire ». Au mur, grimpant, le bien nommé Hedera helix ou lierre, 1 200 feuilles en grès de Limoges teinté dans la masse, une végétation mystérieuse me renvoyant à la forêt initiatrice de l’Hypnerotomachia Poliphili.

Hélène Morbu, Vase Djo, 2021. Grès teinté dans la masse émaillé. Façonnage à la plaque et impression © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Ce vase tire son nom de celui d'Elise Djo-Bourgeois (1894-1986), épouse du décorateur Georges Bourgeois alias Djo-Bourgeois (1898-1937). A la suite du décès de son mari, elle met fin à son activité de créatrice textile [cf ouvrage publié aux Editions du Regard  http://www.lecurieuxdesarts.fr/2021/01/djo-bourgeois-une-trajectoire-eclair.html ]. 

Hélène Morbu, Amphore Faraday, 2021. Grès teinté dans la masse, émail sous-cuit. Façonnage à la plaque et impression © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Hélène Morbu, Vase Calice, 2021. Grès teinté dans la masse émaillé. Façonnage à la plaque et incision © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Hélène Morbu, Rose Iribe, 2021. Porcelaine teintée dans la masse, émail © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

L’atrium circulaire devient, tel un Kunstkammer, la Salle des trésors d'Hélène, accueillant dans une scénographie épurée et subtile ses créations posées sur d’imposants socles d’un gris très doux en VIROC ®, me faisant songer à certaines sculptures en plâtre d’Alberto Giacometti du début des années 1930. Roses [Paul] Iribe naturellement, renvoyant à l’éponyme décorateur travaillant pour le couturier Paul Poiret pour lequel il créera une commode, inventera des motifs de tissus avec une rose stylisée. Hélène révèle dans des porcelaines teintées dans la masse l’épure de cette fleur, jouant de sphères découpées. Plats Cathédrale, grès teinté dans la masse émaillé, inspirés des vitraux du buffet de la gare constitués de verres cathédrale, striés et martelés. Vases arcades, grès teinté dans la masse mais rehaussés de touches de platine et d’or dans un piquetage de préciosité. Vases calices, dans un renvoi floral et sacré, le calice de la fleur et le calice de l’Église. Amphores Faraday, aux anses arachnéennes comme dansantes, tordues par les éclairs. Corbeilles Miami, toutes en douceur et en rondeur dans leur épure.

L'épure, la signature d'Hélène Morbu.

 

Hélène Morbu © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Hyperborée, une vison contemporaine de l’art déco

10 décembre 2021 – 13 mars 2022

Palais de l’art déco - Saint-Quentin (Aisne)

Guide de l’exposition remis au visiteur

Hélène Morbu, la terre sublimée. Texte Nicole Lamothe. Photographies Manuel Cohen. 128 pages. Éditions Ateliers d’art de France. Prix 18 €.

 

 

 

 

 

Plaquette Parcours Art déco autour de 20 lieux emblématiques de la ville - Plaquette Hôtel de Ville - Plaquette Le buffet de la gare (1925-1926) dû à l’architecte Urbain Cassan et au maître verrier Auguste Labouret pour les mosaïques en pâtes de verre gris et tesselles de verre doré, les vitraux, les appliques et les plafonniers. L’intérieur de ce lieu a failli disparaître, sauvé par la ville de Saint-Quentin. Ces trois fascicules, gratuits, sont édités par la direction du patrimoine de la ville [patrimoine@saint-quentin.fr]

 

 

Le buffet de la gare de Saint-Quentin (détail) © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Frédéric Pillet, Les Nouvelles Galeries Saint-Quentin. 128 pages. Publication de la ville de Saint-Quentin. Prix 15 €.

Armand Guillaumin (1841 - 1927), Paysage d'Agay, Paysage de Creuse et Puy Bariou, Les quais de Seine © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Jean-François de Troy (Paris 1679 - 1752 Rome), Enlèvement des Sabines, 1716. Huile sur toile. Acquis par la ville en 1934 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Saint-Quentin, décembre 2021.

Le musée des Beaux-Arts Antoine Lécuyer conserve un ensemble exceptionnel de pastels de Maurice-Quentin de La Tour, exposés par roulement, un bel ensemble de peintures du XVI au XXe siècle, des porcelaines. Ce merveilleux lieu, ressemblant à un petit palais, dirigé par Victorien Georges (également directeur-conservateur du patrimoine de la ville), porte le nom d’Antoine Lécuyer (1793-1878), banquier de Saint-Quentin qui légua son hôtel particulier à la ville en 1876. Endroit encore vivant, ayant une âme, l’opposé de certaines institutions aseptisées d’avoir réaménagées à tout prix les salles en « white cube ». Juste trouver un consultant couleurs pour ce palais endormi, c’est peu mais indispensable, pour que l’Enlèvement des Sabines de Jean-François de Troy ou Paysage de Creuse d’Armand Guillaumin, la Mort de Lucrèce de Jérôme Preud’homme ou Vivant Denon d’Alexandre-Evariste Fragonard se réveillent et réveillent cette institution. Une partie de la collection est consultable sur la base Joconde http://www2.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/pres.htm     https://www.musenor.com/musees/musee-antoine-lecuyer

 

 

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M
Merci pour ce très belle article et pour la reference à l'Hypnerotomachia Poliphili, tres bien vu!
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