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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


L’Italie, l'éternel fil de l’œuvre d’Anne et Patrick Poirier

Publié par Gilles Kraemer sur 21 Novembre 2021, 18:29pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Italie, #Rome

Gilles Kraemer (envoyé à Sérignan).

 

 

Ostia antica (1972), détail. Terre cuite. 1140 x 575 x 15 cm. Museum moderne Kunst Stiftung Ludwig, Vienne, Autriche © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan, Anne & Patrick Poirier. La mémoire en filigrane.

« Les souvenirs entassés les uns sur les autres se mélangent, se diluent, se déforment, s’estompent, se liquéfient dans le temps jusqu’à l’amnésie… ». Anne et Patrick Poirier, in ROMAMOR, 2019.

Dépôt de mémoire et d’oubli. Une immense croix presque enfoncée dans le sol, un sol de plumes d’anges précise Anne Poirier, comme si cette représentation matérielle de la Passion traversait des nuages. Une croix inclinée. Une Croix non triomphante, revisitée tel un reliquaire dont les alvéoles ne recèlent pas les os de martyrs démembrés et croqués sous les dents des lions mais des empreintes sur papier Japon d’antiques grecs. Ultime salle dans le parcours que le MRAC consacre à l’œuvre des Poirier, des années 1960 à maintenant. Patrick, dans sa contribution au catalogue ROMAMOR écrivait : nous n’étions pas « artistes », mais « architectes » et « archéologues ». Nous appelions nos travaux « archéologie parallèle » et « architecture parallèle ». 

Dépôt de mémoire et d'oubli (1989-2021). 410 x 280 cm. Collection des artistes. Remerciements Galerie Mitterrand, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan, Anne & Patrick Poirier. La mémoire en filigrane.

Dépôt de mémoire et d’oubli revisite cette croix monumentale présentée pour la première fois en 1989 à Vienne, à la Villa Médicis en 2019, dans une interrogation du monothéisme et du polythéisme qui se mêlent et s’interpénètrent souligne Patrick. Dans une lumière laiteuse bleutée surgissent des murs des mots en grec, écrits de néon, ceux des constellations.    

Le monde des Poirier convoque le passé, des lieux ou des fragments d’antiques sur lesquels leurs yeux se posèrent. Leur œuvre capture le présent, l’état du monde ancien ou moderne tel qu’il nous est parvenu aujourd’hui, le témoignage de la fragilité du monde. Leur monde convoque le futur puisque c’est cet instant présent qu’ils souhaitent capturer pour le transmettre. Ruines, fragments, des mots qui s’ajoutent et qui se transforment dans notre travail insiste Anne. Comment ne pas songer que Patrick perdit son père lors des bombardements de Nantes le 16 septembre1943 alors qu’il n’avait qu’un an et demi. Les ruines remémorent les rues de la ville de Nantes, après la guerre.

En accueil, dans ce parcours- promenade, - plus de 50 ans de création souligne Clément Nouet, l’un des deux commissaires de cette exposition - un long couloir plongé dans l’obscurité avant que les yeux ne découvrent La voix des ruines noires (1976) de la série Domus Aurea, maquette très étroite et immensément longue, en charbon de bois, renvoyant à l’aspect sombre de la Domus Aurea, le palais romain de Néron à Rome (64 a. J.-C.). Leurs photographies dévoileront ce lieu souterrain, labyrinthique. Au mur, des feuilles noircies qu’ils imaginèrent avoir échappé à L’incendie de la grande bibliothèque (1976) – l’on songe tout de suite à celle d’Alexandrie -, des pages provenant d’ouvrages consacrées à l’utopie. Quelques mots d’or surgissent du noir de ces grandes feuilles dans un renvoi à l’attachement de la disparition.

Les Hermès de la Villa Médicis (1970-1971) de la série Villa Médicis. Dix stèles, relief en papier Japon. 218 x 943 x 20 cm. FNAC, Centre national des arts plastiques © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan, Anne & Patrick Poirier. La mémoire en filigrane.

Rome, l’unique objet de leurs ressentis, ils en furent les derniers grands prix de Rome, avant que les barricades parisiennes soixante-huitardes ne provoquent la suppression de ce prix institué par Colbert [350 ans de création. Les artistes de l'Académie de France à Rome de Louis XIV à nos jours. 350 anni di creatività. Gli artisti dell'Accademia di Francia a Roma da Luigi XIV ai nostri giorni. Entretien avec Jérôme Delaplanche (1)]. En ce temps, Klossowski de Rola, Balthus, nommé par André Malraux, en était le directeur. C’était le temps de l’Arte povera, mouvement d’avant-garde italien, précise Anne, avec Jannis Kounellis, Pino Pascali…, la fréquentation de galeries dont Attico. Quelques-unes de leurs œuvres dans l’exposition ROMAMOR [Rome Amor], à la Villa, au printemps 2019, retraçaient ce séjour de 1968 à 1972 ; l’immense installation (400 x 660 cm.) de L’incendie de la grande bibliothèque (1976) était présentée. [Anne et Patrick Poirier, voyageurs dans la fragilité du monde. Viaggiatori nella fragilità del mondo. Villa Médicis. Villa Medici. Entretien avec Patrick et Anne Poirier (2)].

Paysages révolus (août-septembre 1976) de la série Selinunte. Tirage argentique rehaussé au pastel et au crayon, 24 x 30 cm. chaque. FNAC, Centre national des arts plastiques / Au premier plan, Valise (1968). Collection des artiste. Remerciements Galerie Mitterrand, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan, Anne & Patrick Poirier. La mémoire en filigrane.

Photographes, ils immortalisent les monuments de l’Urbs, les saisissant en photographies et en empreintes de sculptures sur papier Japon comme la Fontaine « morte » du jardin de la Villa Doria Pamphilj (1974) ou les dix Hermès des jardins de la Villa Médicis (1970-1971) enfermés dans des boîtes. La captation de la mémoire des monuments, ils l’évoquèrent dans une série de photographies Paysages révolus (août-septembre 1974), les temples siciliens de Selinunte, se faisant passer pour des photographes professionnels pour demander aux touristes de poser devant eux, clichés rehaussés au pastel et au crayon, reprenant ainsi la technique des photographes du début du siècle coloriant les clichés noir et blanc.  

Palmyre, 2018. Tapis en laine, soie et fibre de bambou. 430 x 305 cm.. Collection des artistes. Remerciements Galerie Mitterrand, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan, Anne & Patrick Poirier. La mémoire en filigrane.

La maquette monumentale de onze mètres de long d’Ostia antica (1972) s’est construite par bribes, entre Paris, Rome et Lourmarin, ce qui explique les différentes couleurs de terre cuite. Elle explore les ruines de cette cité, non dans une reconstitution fidèle mais mémorielle de cet endroit qui fut le port du plus puissant empire. A nous d’y laisser notre regard s’y perdre dans la reconstitution mentale de ses monuments et de ses habitations, de ses temples jusqu’à ses latrines. L’immense maquette blanche Archéologie du futur. Moyen-Orient (2013) accrochée au mur laisse une idée d’effacement dans cette vision de ruines entièrement recouvertes, ne laissant affleurer que quelques reliefs. Face à elle, Palmyre (2018), tapis tissé de laine, soie et fibre de bambou, trois matériaux apportant leur luminosité, est comme une maquette sur laquelle l’on peut marcher, se promener, dénonciation des guerres ayant détruit cette ville gréco-romaine.  

Grand Hôtel Dante. Le Purgatoire (2020). Collection des artistes. Remerciements Galerie Mitterrand, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan, Anne & Patrick Poirier. La mémoire en filigrane.

Œuvre récente, Grand Hôtel Dante. Le purgatoire (2020) est une libre interprétation du second cantique de La Divine Comédie, en XXXIII chants, immense panorama de 50 mètres de long, dessin et aquarelle, composé pendant la crise sanitaire de la Covid-19, les mois d’août à décembre 2020, à Lourmarin. Présentée pour la première fois, cette vaste fresque – pourquoi ne songerait-on pas à la broderie de Bayeux – est peuplée d’une vastitude d’anges qui doivent nous aider dans ce temps de pandémie, d’inquiétude. 2021 année Dantedì, commémoration des 700 ans de la mort du poète italien.  

 

 

Anne et Patrick Poirier. La mémoire en filigrane

10 octobre 2020 - 20 mars 2022

Musée régional d’art contemporain Occitanie/Pyrénées-Méditerranée - Sérigan

 https://mrac.laregion.fr/Espace-presse-40797

Commissariat Laure Martin-Poulet & Clément Nouet

Attente impatiente de recevoir le catalogue avec des photographies in-situ, contributions des commissaires et de Jean de Loisy, directeur des beaux-arts de Paris.

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2016/12/350-ans-de-creation.les-artistes-de-l-academie-de-france-a-rome-de-louis-xiv-a-nos-jours.i-350-anni-della-fondazione-dell-accademia

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2019/02/anne-et-patrick-poirier-voyageurs-dans-la-fragilite-du-monde-viaggiatori-nella-fragilita-del-mondo-villa-medicis-villa-medici.html

Laurent Le Deunff, Clément Nouet © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, automne 2021, Sérignan.

Également exposition Laurent Le Deunff. My prehistory past / 10 octobre 2021 – 20 mars 2022 / Commissariat Clément Nouet. Entre fiction et réalité, une invitation à explorer avec humour le temps dans un muséum, kunstkammer, cabinet des merveilles, grotte ou maison d'archéologue

 

O tempora O mores en région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée ! Est-ce le signe d’un désintérêt pour une incontournable institution d’art contemporain, pertinente dans sa programmation d’expositions et de présentation, puisque depuis vingt-sept mois, en ce mois de novembre 2021, Clément Nouet est directeur par intérim du MRAC ! Sandra Patron, la précédence directrice, est directrice du CAPC musée d’art contemporain, ayant pris ses fonctions bordelaises le 16 septembre 2019.

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2019/07/sandra-patron-nommee-a-la-direction-du-capc-musee-d-art-contemporain-de-bordeaux-nicolas-florian-mairie-de-bordeaux-a-nomme-sandra-p

La rue de Valois, la direction régionale des affaires culturelles Occitanie, Carole Delga, présidente de la région Occitanie suivent-elles ce dossier ? Rappelons que les discussions furent d'une année pour que Marie Cozette succéde à Noëlle Tissier, fondatrice et directrice du merveilleux et captivant Centre régional d'art contemporain - Sète, dépendant également de la région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée. 

Situation ubuesque comparée au musée Paul Valéry de Sète; entre le départ de sa directrice Maïté Vallès-Bled en août 2021 et la nomination de Stéphane Tarroux, seulement cinq mois se sont écoulés. 

 

 

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