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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Blanca Li à l’Académie des beaux-arts. 100 % flamenco

Publié par Gilles Kraemer sur 26 Octobre 2021, 21:22pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Danse, #Opéra et Musique

Gilles Kraemer

 

Le soleil fut au rendez-vous ce mercredi 20 octobre, à l’Académie des beaux-arts, l’unique belle journée d’une froide semaine automnale. Une cérémonie bouleversante, émouvante. Tellement joyeuse. Blanca Li était installée sous la Coupole.

Blanca Li © Académie des beaux-arts Juliette Agnel, 20 octobre 2021.

Élue le 24 avril 2019, la chorégraphe franco-espagnole Blanca Li – dans son costume dessinée par la maison Chanel - était installée à l’Académie des beaux-arts par son confrère Frédéric Mitterrand au fauteuil n°II de la section chorégraphie. Une première, sous la Coupole, puisque cette neuvième section ne fut actée qu’en octobre 2018, un souhait de Laurent Petitgirard. Avant elle, comme le rappela le Secrétaire perpétuel et compositeur, Serge Lifar avait été élu en juin 1970 correspondant de l’Académie… section de sculpture, Maurice Béjart, en juin 1994 au fauteuil IV de la section membres libres et le néerlandais Jiří Kylián, en avril 2018 comme associé étranger.

Dans les mains de Blanca Li, son épée dessinée par Adel Abdessemed et réalisée par la maison parisienne Gooseens - connue pour ses relations entretenues avec Gabrielle Chanel - d’une magnifique couleur corail, ce corail de la mer Méditerranée, cette " épée si féminine, mythologique et très méditerranéenne, une référence à la figure de Médée, gorgone monstrueuse mais aussi femme puissante et savante sacrifiée par Persée en raison de ses pouvoirs menaçants " comme le précisa Blanca © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, mercredi 20 octobre 2021

Adel Abdessemed et Blanca Li  © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, mercredi 20 octobre 2021

Aujourd’hui, cette section comprend Thierry Malandin, Angelin Preljocaj et Carolyne Carlson présente sous la Coupole pour soutenir sa consœur. Également Chantal de France, Brigitte Lefèvre qui fut directrice de la Danse de l'Opéra national de Paris - l’on se souvient de Shéhérazade de Rimski-Korsakov, à Garnier en 2001, costumes de Christian Lacroix -, Adel Abdessemed le créateur de son épée d’une magnifique couleur corail, ce corail de la mer Méditerranée, cette " épée si féminine, mythologique et très méditerranéenne, une référence à la figure de Médée, gorgone monstrueuse mais aussi femme puissante et savante sacrifiée par Persée en raison de ses pouvoirs menaçants "  comme le souligna Blanca. Les ambassadeurs d’Albanie, de la République hellénique, des Pays-Bas, du Portugal et naturellement d’Espagne.

Le Secrétaire perpétuel Laurent Petitgirard & William Kentridge © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li.

Assis à côté de Jean-Michel Othoniel installé le mercredi précédent, William Kentridge tout juste élu le 15 septembre 2021 membre associé étranger au fauteuil XIII précédemment occupé par Ilias Lalaounis. Sa mise en scène, en mars 2021 à Bastille, de Wozzeck est attendue avec grande impatience comme le souligna Laurent Petitgirard en saluant sa présence.

Frédéric Mitterrand © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li

Frédéric Mitterrand dans son discours décida d’appeler " Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie " si chères à François Truffaut pour brosser le portrait de Blanca, de Blanca Querisa, " née à Grenade durant l’une de ces années où la macabre torpeur franquiste isolait l’Espagne du reste de l’Europe ". Se sera New-York pour y suivre les cours de la grande chorégraphe Martha Graham alors qu’elle a juste dix-sept ans et celle-ci plus de 80 ans ! Auprès d’elle, elle découvrira une exigence inouïe et une discipline de fer. Dans ce New-York où se déroule une autre sorte de movida dont les ondes se propagent depuis la Factory de Andy Warhol, elle fréquente aussi l’école d’un autre génie, le mot n’est pas trop fort, le chorégraphe afro-américain Alvin Ailey, l’intelligence et la grâce même. À 19 ans, il est temps d’entrer en scène avec les xoxones, le groupe de flamenco rap avec une de ses sœurs et Montse Martinez. C’est pour elle, le temps de revenir en Europe.

Une carrière de près de quarante ans, l’aventure permanente d’une adolescence perpétuelle qui ne cesse jamais de regarder ce qui se passe autour de nous et d’interroger le monde comme il va. Pour traduire ses messages si complexes et si contradictoires parfois si inquiétants et insupportables, en sons, en images et en mouvements qui pourraient nous permettre de le comprendre et d’aller de l’avant sans renoncer à l’optimisme et à la gaieté ; à l’espoir en somme.

Tout votre travail, car il s’agit aussi d’un labeur acharné, nous surprend, nous transporte, nous laisse ébahis, nous perd et nous reprend, nous réconcilie avec la vie quand il nous arrive de la trouver trop dure et quand nous doutons hélas si souvent de nous-même, par son élan, sa fantaisie, sa générosité et son élégance qui touchent à l’essentiel, c’est-à-dire nous rendre au moins un peu plus heureux. «  

« En reprenant récemment la direction des trois scènes emblématiques du Theatro Canal à Madrid vous l’avez dit nettement et avec la fougue qui vous caractérise : le ballet classique a toute sa place dans le répertoire que vous allez construire et la danse contemporaine ne pourrait exister si elle ne s’était inclinée aussi sur la berge du Lac des Cygnes pour s’abreuver. ".

Blanca Li © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li

A ce discours, la tradition, comme le rappela Alain Charles Perrot, président de l’Académie, est " une réponse sous forme d’éloge de son prédécesseur, sa vie, son œuvre. ". Occurrence impossible, Blanca étant la première a occuper ce fauteuil. Place donc à une tribune qui lui était offerte, sur " La danse [qui] porte en elle une force irrésistible, et c’est peut-être en cela qu’elle effraie.". Et une façon de parler un peu d’elle. " Il aura fallu attendre ce 20 octobre 2021, pour qu’une section de chorégraphie soit accueillie de nouveau et la danse considérée comme un art à part entière, autonome de la musique. Je ne suis pas née reine, mais aujourd’hui je me sens comme telle…. A l’instar de Joséphine Baker ou de Loïe Fuller à une autre époque, j’ai choisi la France car la danse contemporaine depuis les années 80 rayonnait partout en Europe, et au-delà. Je ressentais le désir et l’urgence de vivre cet élan, cette reconnaissance de mon art. … Installée en France depuis 1992, j’assiste depuis à bien des débats d’idées, à l’expression de conceptions qui s’opposent, j’observe des propositions radicales et tout m’intéresse. Je me sens héritière de la culture chorégraphique espagnole autant que de celle de la danse française, mais aussi de tous les styles de danses que j’ai absorbés au cours de mes voyages, de mes apprentissages, pour mes propres créations. Je me nourris de tout…. Dans mon travail chorégraphique, j’aime décloisonner les disciplines, mettre en valeur les métissages. J’aime apprendre, découvrir, redécouvrir et rassembler. Je conçois mes spectacles avec le concours d’une équipe de création transdisciplinaire : cinéma, arts plastiques, poésie… L’art tel que je le conçois est profondément universel et transdisciplinaire. …. Je crois que les arts gagnent à se croiser et à se compléter, et je suis intimement convaincue que de la même manière, une institution telle que la nôtre s’enrichit d’accueillir en son sein une diversité de créateurs toujours plus importante...

Parce que je suis la première chorégraphe à avoir l’honneur d’être intégrée en tant que telle à cette prestigieuse institution, j’ai choisi de ne pas venir seule. Mes premiers pas à l’Académie seront donc naturellement des pas de danse. ".

Et sur ses mots, place à la danse classique, à la danse contemporaine, à la danse électro et, en conclusion de cette installation si vivante, les pas entraînants de flamenco de Ruben Molina et Alexis Sebilieau l’accompagnant aux percussions.

100 % flamenco, 100 % espagnole la Coupole de Louis Le Vau, ce mercredi 20 octobre !

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li.

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li.

Frédéric Mitterrand, Blanca Li & Jean-Michel Othoniel © Académie des beaux-arts Juliette Agnel, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li.

Blanca Li & ses confrères dans la cour du Palais de l'Institut © Académie des beaux-arts Juliette Agnel, 20 octobre 2021, installation de Blanca Li.

 Blanca Li & Frédéric Mitterrand © Le Curieux des arts Gilles Kraemer,  20 octobre 2021, installation de Blanca Li.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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