Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Le magnifique retour d'Œdipe de Georges Enesco selon Wajdi Mouawad - Opéra Bastille

Publié par Gilles Kraemer sur 30 Septembre 2021, 23:56pm

Catégories : #Opéra et Musique

Gilles Kraemer

jeudi 23 septembre 2021 - place achetée, orchestre

 

L'absolue quadrature du cercle pour cette merveilleuse réussite d'Œdipe. Triomphe pour cette première de l'opéra de Georges Enesco non représenté scéniquement à l'OnP depuis 85 ans. Un coup d'éclat pour la première saison d'Alexander Neef, le directeur général, après la décevante et météorique Callas à peine vue que déjà oubliée. http://www.lecurieuxdesarts.fr/2021/09/une-maria-plus-marina-abramovic-que-callas-au-palais-garnier-gilles-kraemer-balcon-place-achetee-1er-septembre-2021-attendue-avec-im

Christopher Maltman & Ekaterina Gubanova - Œdipe, Opéra national de Paris © Elisa Haberer.

De la lignée boiteuse de Labdacos, de la lignée royale de Thèbes, des Labdacides, l’histoire du boiteux. Œdipe " pieds enflés" – rappelé par la jambière métallique de celui-ci - ne pouvait qu’être marquée aux fers de la malédiction divine, lui dont le père Laïos / Yann Beuron après avoir violé un enfant fut interdit par Apollon d'engendrer un descendant au risque d'être tué par celui-ci. Défiant le dieu, de l’union du mortel avec Jocasta / Ekaterina Gubanova  naîtra le fils honteux.

Yann Beuron - Œdipe, Opéra national de Paris © Elisa Haberer.

C'est à ce moment de la naissance de cet enfant que l'opéra Œdipe de George Enesco, achevé en 1932, créé le 13 mai 1936 au Palais Garnier, débute, le futur incestueux sortant d’un immense œuf que Jocasta porte devant elle sans que l’on échappe au rituel du cordon ombilical coupé, immense cordon rouge que l’on retrouvera autour de Jocasta quelques instants avant qu’elle ne se suicide. Un opéra lyrique en quatre actes, mixant Œdipe Roi et Œdipe à Colone, d'après Sophocle, écrits 400 avant J.-C. Pour le lecteur ignorant de Les Belles lettres - dans notre temps d'appauvrissement qui sait encore le nom d'un seul auteur grec et l'histoire des mortels et des dieux ? - Wajdi Mouawad, directeur de La Colline-théâtre national, a eu la lumineuse idée de l’ajout d'un prologue parlé et mimé expliquant d'une façon très simple, crue et violente, la lignée pré-œdipienne depuis l’enlèvement d’Europe. Puis de projeter les surtitres sur des éléments du décor façon Mycènes d’Emmanuel Clolus, ceux des portes ou des murs de Thèbes.

La soirée peut commencer, in primis, sous la direction pertinente d’Ingo Metzmacher face à cette musique aux sonorités Debussy, Ravel. Quel plaisir de le voir caresser l’espace de ses mains, provoquer chaque note - j’étais au second rang derrière lui - dans ce surgissement musical et le soulignement de chaque instrument. Cette partition, il la connaît jusqu'au bout des doigts, l’ayant dirigée à Salzbourg en juillet 2019, dans la mise en scène non restée dans les annales d’Achim Freyer, avec Œdipe / Christopher Maltman, à la présence si physique, que l’on retrouve aujourd’hui à Paris.

Christopher Maltman - Œdipe © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 septembre 2021.

Nullement laborieuse ni décorative ni incompréhensible ou hors chemin cette mise en scène d’Œdipe de Wajdi Mouawad, dont ce n’est pas la première intrusion à l’opéra. Ceci se ressent dans sa façon de déplacement du chœur, de leur participation physique à l’action heureuse puis tragique de cette histoire. Pour une fois pas de mec à poil ou de lavabo-vomitoire comme au Palais Garnier. Cela rattrape des trop nombreuses soirées subies à Bastoche. C’est lassant d’être l’otage des lubies de metteurs en scène modeux interdites de critiques et d’être "cochon de payant" pour être délesté de 190 euros à chaque fois. Ce jeudi 23 septembre pour cet opéra non joué depuis 85 ans à Paris, cette soirée de première fut comme une nouvelle création mondiale, la quadrature du cercle entre fosse, plateau, mise en scène, décors d'Emmanuel Clolus et costumes d’Emmanuelle Thomas. Même les couvre-chefs de fleurs puis de bois morts du chœur, encore masqué, ne sont pas déplaisants comme l’étrange flamme sur la tête du grand prêtre / Laurent Naouri.

Œdipe © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 septembre 2021.

Pas de transposition dans notre XXIe siècle ou dans un futur spatial, de questionnements en cochant toutes les cases, de volonté délibérée de faire du laid et de tout casser. L’action est intemporelle face à l’universel du mythe œdipien, ne cessant de nous questionner depuis 2 500 ans. Wadji s’est tenu au livret d’Edmond Fleg, ne tombant pas dans le travers de vouloir lire autrement le texte, de donner un autre sens à l’universalité de cette tragédie grecque. Les faits rien que les faits, l’action rien que l’action. Et un respect de mouvement des chanteurs, tous parfaits autour du rôle-titre Christopher Maltman, excellent comédien par sa présence physique et émouvante dans la douleur, découvrant avec horreur puis résignation qu’il fut la cause, à son insu, des malheurs de Thèbes et de la peste s’abattant sur la ville. Une seule façon de se punir, celle de se crever les yeux mais non d’une façon sanglante. Avec des paillettes d'or.

Ingo Metzmacher, Christopher Maltman & Ekaterina Gubanova - Œdipe, Opéra national de Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 septembre 2021.

Autour de lui d’autres chanteurs, tous de grande qualité même si leur présence se résume, pour certains à de courts instants telle la Sphinge de Clémentine Margaine, Fille du Destin ou l’Antigone -fille et sœur d'Œdipe- d’Anna-Sophie Neher.

 

 

 

 

 

 

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 septembre 2021.

Œdipe, tragédie lyrique en quatre actes et six tableauxMusique de Georges Enesco (1881-1955) & livret d'Edmond Fleg

Direction musicale : Ingo Metzmacher

Cheffe des Chœurs : Ching-Lien Wu

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Décors : Emmanuel Clolus

Costumes : Emmanuelle Thomas

 

Œdipe, fils de de Laïos et de Jocaste : Christopher Maltman, baryton

Tirésias, un devin : Clive Bayley, basse

Créon, frère de Jocaste : Brian Mulligan, batyton

Le berger : Vincent Ordonneau, ténor

Le grand prêtre : Laurent Naouri, baryton

Phorbas, berger au service de Polybe et Mérope, souverains de Corinthe / Le veilleur : Nicolas Cavallier, basse

Thésée, roi d’Athènes : Adrian Timpau, baryton

Laïos, roi de Thèbes : Yann Beuron, ténor

Jocaste, reine de Thèbes, mère et épouse d’Œdipe, Ekaterina Gubanova, mezzo

La Sphinge : Clémentine Margaine, mezzo

Antigone, fille d’Œdipe et de Jocaste : Anna-Sophie Neher, soprano

Mérope, mère adoptive d’Œdipe, reine de Corinthe : Anne Sofie von Otter, mezzo

Une Thébaine : Daniela Entcheva, alto

Devant le rideau de scène de Cy Twombly © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 septembre 2021.

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents