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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Graziano Arici, un Italien à Arles. Musée Réattu

Publié par Marie-Christine Sentenac sur 28 Juin 2021, 12:59pm

Catégories : #Entretien à 210 km-h, #Expositions France, #Italie, #Photographie, #Rome

 

 

Marie-Christine Sentenac.

Now is the winter of our discontent / Voici l’hiver de notre colère. Richard III, William Shakespeare, Acte I, scène 1. Première phrase du monologue.

Graziano Arici, Série Le Grand Tour, Rome, 2019. Appareil photographique numérique © Graziano Arici.           

En prélude aux Rencontres d’Arles, le musée Réattu ouvre la saison photographique en invitant Graziano Arici à dévoiler son travail le plus personnel. Le commissaire de l’exposition, Daniel Rouvier (directeur du musée) et Ariane-Esther Carmignac, co-commissaire qui a publié en 2018 une thèse sur l’œuvre du photographe, ont choisi parmi une archive de fichiers de plus d’un million cinq cent mille clichés, la plupart jamais développés, la partie cachée de la production pléthorique de l’artiste, sorte de carnet de notes.

Graziono Arici © photo Marie-Christine Sentenac, juin 2021, musée Réattu, Arles, présentation presse. 

Vénitien, né en 1949, Arici a commencé à photographier adolescent avec le Zeiss de son père.  Primé lors de nombreux concours, il s’essaye au Polaroïd. Étudiant en sociologie, il fait un passage en politique et divers petits métiers, avant de se lancer professionnellement en 1976.

Photographe officiel du Gran Teatro La Fenice pendant près de vingt ans (ses photographies ont permis de reconstruire à l’identique l'intérieur de cet opéra après l’incendie du 29 janvier 1996) il est reconnu pour ses portraits de personnalités du monde de l’art dont il possède la collection privée la plus conséquente d’Europe.      

À Venise, siège de la Mostra del Cinema et des Biennales Art, Architecture, Théâtre, Danse, il immortalise plus de 30 000 artistes  internationaux. :  " je me suis dit,  je vais avoir dans mon studio toutes les personnes qui font la culture mondiale… avoir quelqu’un comme  Burri par exemple, le peintre Burri, qui vient chez moi, c’est un rêve… ". Il sourit, malicieux.

Il collabore avec les plus prestigieuses agences de presse, Grazia Neri à Milan, Sygma à Paris… et dans le monde entier qu’il  parcourt pour couvrir différents conflits.

Sa fréquentation des élites de l’art ne l’empêche pas d’avoir un regard acéré et critique;  solitude, misère, foules hystérisées, production outrancière, il dénonce la dégradation de l’environnement, suscite la sauvegarde du patrimoine. Il documente les travaux de la Punta della Dogana, restaurée par Tadao Ando et les scénographies du Palazzo Grassi tout comme les travaux d’assainissement de la lagune de la  Sérénissime.

Le tableau qu’il dresse d’une planète en déliquescence, fort peu réjouissant, le rattache au courant social, vernaculaire et humaniste porté par Walker Evans, dont il se réclame, et Dorothea Lange à laquelle une salle est consacrée dans ce musée arlésien.

C’est ce trésor visuel qui a séduit Daniel Rouvier, voulant s’éloigner des sentiers battus et de ce qui a rendu célèbre ce spécialiste du portrait.

Graziano Arici, Série Le Grand Tour, Florence, 2019. Appareil photographique numérique © Graziano Arici. 

En 1989, alors qu’à l’époque les journaux ne veulent pas  entendre parler de fichiers numériques, six mois avant Bill Gates et son agence " Corbis " il a l’idée d’ouvrir une banque d’images numériques vendues sur Internet : " Rosebud ". Ce nom qui se réfère au film fameux  d’Orson Welles Citizen Kane donne tout de suite le ton de ses préoccupations concernant la mémoire et la transmission.

Il achète 15 000 négatifs non signés, de qualité  exceptionnelle, pris de 1948 à 1970, 1 300 tirages de Venise au sel et à l’albumine de 1845 à la fin du siècle, constituant une archive unique, se re-appropriant les photographies d’inconnus aussi bien que les siennes  qu’il re-assemble.

Il procède par séries; quête inlassable de nouveaux sujets, dénonciation des travers de la société de consommation. Il adopte le format carré, qui, pour lui, permet de se concentrer sur l’essentiel.

Argentique, numérique, scanner, Polaroïds, iPhone " le Leica du XXIème siècle ", 400 images pour un état des lieux consternant du monde : NOW IS THE WINTER OF OURDISCONTENT, ces mots empruntés à Shakespeare résonnent de façon particulière en ces temps incertains et résument bien le sentiment de découragement qui saisit le regardeur.

Graziano Arici, Série Le Grand Tour, Rome, 2019 [Galerie des Cartes géographiques, musées du Vatican] Appareil photographique numérique © Graziano Arici.

Pas de cartels qui distraient l’attention ; seuls des noms de lieux pour un découpage en 9 sections.

Mélange d’époque et " repêchage " de photographies déjà utilisées dans des séries différentes. " Work in  progress " constant.

In situ de l'exposition Graziono Arici © photo Marie-Christine Sentenac, juin 2021, musée Réattu, Arles, visite presse  

Du noir et blanc très contrasté, des contre-plongées, un étonnant panoramique si différent des petits formats proposés,

Graziano Arici, Série The State of things, Tbilissi, Géorgie, 2019. Appareil photographique numérique © Graziano Arici.    

l’effacement de plaques de verre, le flou des photographies de l’album de famille, la perception des individus rejetés par la société comme des objets usés,

Graziano Arici, Série The State of things, Moscou, 2016. Téléphone portable  ©  Graziano Arici. 

l’uniformisation globale, la captation d’images sur un téléviseur et le débordement de couleurs saturées qui accablent l’Italie, loin des clichés habituels; regard sans complaisance de sociologue ?

Graziano Arici, Série  Le Grand  Tour, Milan, 2019. Appareil photographique numérique © Graziano Arici.  

Les photographies entreront dans les collections du musée…" pour moi c’est un honneur incroyable de faire une exposition au musée Réattu et surtout avec mon travail personnel… ". Volubile et sympathique, coiffé d’un chapeau de paille, l’homme ne se sépare jamais de son appareil porté en bandoulière, prêt à dégainer à tout moment.

En 2012 Arici est le premier photographe élu à l’Ateneo Veneto, institution créée par Napoléon à Venise. En 2018 il reçoit la médaille d’honneur de la ville d’Arles dans laquelle il demeure désormais, et est nommé Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République Italienne.     

Une exposition est prévue en décembre et janvier prochains à la Fondation Querini Stampalia de Venise qui a reçu l’Archivio Graziano Arici en 2017 soit 15 000 photographies. 

Dorothea Lange (1895--1965),  Migrante mère de famille, Nipomo, Californie, 1937. Tirage argentique moderne à partir du négatif original, ca 1990. Don Sam Stourdzé © The  Dorothea Lange  Collection, Oakland Museum of California. 

L’ancien directeur des Rencontres de la photographie, Sam Stourdzé [directeur de l’Académie de France à Rome - Villa Médicis depuis l’été 2020, retrouvant ce lieu où il fut pensionnaire en 2007-2008] a donné au musée Réattu 36 tirages argentiques, d'après les négatifs conservés par le Oakland Museum of California,  réalisés pour l’exposition de Dorothea Lange à l’Hôtel de Sully à Paris en 1998 dont il était le commissaire. Prises lors de sa mission pour le Farm Security Act, les images iconiques, qui seront publiées en 1939 dans l’ouvrage American exodus, marquent l’entrée dans les collections arlésiennes de la photographe américaine.

Graziano Arici / Now is the winter of our discontent         

Dorothea Lange. Les raisins de la colère. La donation Sam Stourdzé

12 juin – 3 octobre 2021

Musée Réattu – 13 200 Arles

http://www.museereattu.arles.fr/

4 juillet - 28 septembre 2021. Arles. Les Rencontres d'Arles https://www.rencontres-arles.com/ 

 

 

 

 

 

 

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