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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


De l’éloge du Laque. Laques : regards croisés

Publié par Marie-Christine Sentenac sur 6 Mai 2021, 23:43pm

Catégories : #Expositions Paris

Marie-Christine Sentenac

 

L’association LAC (Laqueurs Associés pour la Création) expose les œuvres de 14 de ses membres à la Bibliothèque Forney. Créée en 1978 par Jean-Pierre Bousquet cette alliance d’artistes laqueurs a pour but de faire connaître un art multimillénaire relancé grâce aux techniques modernes qui renouvellent sa pratique.

Chris Gullon, LAGOFÊ II. Ht 15,2 Ø 16,4 cm.. Laque européenne sur terre cuite © DR service de presse.

Le Mobilier national prête une dizaine de pièces pour l’occasion. Dialogue à travers les époques. Selon la définition de l’Académie Française en 1634 les objets fabriqués en laque sont appelés Laque alors que la laque est le matériau. L’usage actuel fait fi cette distinction. Appauvrissement du langage.

La laque est issue de la sève d’un sumac (le laquier ou arbre à laque) le rhus verniciflua, un polymère naturel. Le premier objet connu le bol de Hemudu, vieux de 7 000 ans est en bois sculpté laqué de rouge; il est chinois. Le peigne de Torihama, découvert au Japon a 5 500 ans. Dès le XVIIème siècle les objets en laque d’Asie sont importés en Europe grâce aux Compagnies des Indes. Incrustations d’or, argent, os, ivoire, nacre, pierres dures …pallient la monochromie du support.

Pierre-François Guignard, Commode. Laque de Chine, bois laqué noir, bois doré, bronze doré, marbre blanc. Vers 1785. Marque : P F GUIGNARD. 134 × 61 × 92,5 cm.. Photographie © Isabelle Bideau

En France au XVIIIème les marchands merciers confient aux ébénistes du Faubourg Saint-Antoine le soin de désassembler coffres japonais et paravents chinois pour créer des meubles, dont des commodes plus conformes aux usages européens, comme la magnifique pièce de Pierre-Francois Guignard, conçue autour de 1780. Monument historique, entré au mobilier national en 1990, maigre consolation post-mortem pour son auteur guillotiné le 30 juillet 1794 en raison de ses tendances jacobines. Le siècle des Lumières !

Les matières premières introuvables en Europe et excessivement onéreuses, incitent les artisans à inventer des substituts ; gomme-gutte, sandaraque, ambre, benjoin, mastic, sang de dragon, parmi maintes résines. Au XVIIIème siècle, considéré comme l’âge d’or du mobilier français, les frères Martin, vernisseurs du roi, mettent au point un vernis éponyme à base de copal, le célèbre vernis Martin, breveté en 1730.

Jean Dunand (1977 – 1942), Vase. 40 x 50 cm.. Laque végétale japonaise sur cuivre martelé. Prêt du mobilier national © photographie LAC.

Au second Empire la mode persiste avec les meubles Napoléon III incrustés de nacre. Dans les années vingt, trente, l’engouement pour le japonisme, incite les amateurs à se disputer les créations d’Eileen Grey, Jean Dunand et Seizô Sougarawa qui enseigna aux deux cet art oriental. Les panneaux de laque du paquebot Normandie de Dunand s’inscrivent dans l’histoire des arts décoratif. Puis la vogue Art Déco lasse.

Après la Première Guerre mondiale, Du Pont de Nemours dispose de nombreux stocks de poudre à canon et à obus. Intéressant détournement d’outil mortel, cette poudre compose la laque cellulosique qui s’étale… au pistolet ! Laque végétale, vernis gras, vernis cellulosique, polyuréthane, polyester…autant de techniques nouvelles qui engendrent des procédés qui peuvent se combiner.

Vue de l'exposition  © photographie LAC

Jean-Pierre Bousquet travaille la profondeur dans ses panneaux de laque cellulosique où les feuilles d’aluminium et de cuivre sont insérées entre les différentes couches (jusqu’à quinze, vingt).

Thibauld Mazire, Tempête. 130 x 70 cm.. Laque synthétique sur bois et feuille d’argent.© DR service de presse.

Thibaud Mazire intègre la photographie dans ses laques synthétiques et vernis hydrosolubles.

Lièn, Glycine. 50 x 50 cm.. Laque européenne sur bois et feuilles d’argent oxydées © DR service presse.

Christian Duc (1947 - 2013), Bout de canapé © photographie Marie-Christine Sentenac, 2021.

A chacun sa spécialité, Martine Rey, la laque végétale japonaise urushi, Marie de la Roussiére le vernis gras, vernis Martin, Lièn le vernis flatting hydrosoluble avec décor par métallisation… des univers poétiques et inattendus s’ouvrent aux visiteurs ; bijoux, boites, panneaux muraux, paravents, sculptures sur tissu, sur bois, sur argile… Parmi les créations contemporaines un sublime (n’ayons pas peur des mots) bout de canapé du regretté Christian Duc; coquille d’œuf à l’apparence du galuchat. Il semblerait que cette technique soit remise au goût du jour au Viet-Nam.

Cette belle exposition didactique permet de se familiariser avec un médium un peu oublié. Tous les après-midi un artiste est présent pour répondre aux questions des visiteurs et qui sait, susciter des vocations.

Laques : regards croisés

30 mars - 29 mai 2021

Bibliothèque Forney - 75004 Paris.

https://www.paris.fr/equipements/bibliotheque-forney-18

http://www.laques.com/laques-regards-croises/

 

 

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