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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer. 

 

Le musée de Pont-Aven vient d’annoncer l’acquisition d’une lettre de Paul Gauguin adressée à son ami Émile Schuffenecker. (1) Ainsi que l'affiche de l'exposition chez Volpini en 1889. 

 

Paul Gauguin (1848-1903), lettre autographe, signée et adressée à Émile Schuffenecker. Pont-Aven, 1888. Trois pages in-12 à l'encre sur papier, enveloppe conservée, cachet de la poste. Photo Musée de Pont-Aven.

Paul Gauguin (1848-1903), lettre autographe, signée et adressée à Émile Schuffenecker. Pont-Aven, 1888. Trois pages in-12 à l'encre sur papier, enveloppe conservée, cachet de la poste. Photo catalogue de la 33ème vente des Collections Aristophil - Claude Aguttes & Sophie Perrine commissaires-priseurs,  17 novembre 2020, Neuilly-sur-Seine

Les deux artistes se rencontrent en 1872 chez l’agent de change Bertin et se lient d’amitié. Schuffenecker (1851 – 1934) est à l’origine de la rencontre entre Émile Bernard et Paul Gauguin en juillet 1886 mais aussi de l’organisation de la première exposition du " groupe de Pont-Aven " au Café Volpini, à Paris, en 1889, lors de l’Exposition Universelle. (2)

Cette lettre autographe de Paul Gauguin à son ami Émile Schuffenecker est inédite. Bien que non datée, l’enveloppe l’accompagnant permet de la situer au mois de mars 1888. Gauguin indique à son ami qu’il vient de recevoir sa lettre et qu’il est heureux d’apprendre que lui et les siens se portent bien. Ensuite, après avoir évoqué les occupations de Schuffenecker, l'auteur relate ses conditions de vie à Pont-Aven ainsi que sa vision pessimiste de l’avenir. 

« Le climat de Pont Aven n'est pas tout à fait ce qu'il me faut mais que voulez vous on ne choisit pas. En outre il y a un tel détraquement chez moi qu'il faut de temps pour venir à bout de la maladie - Depuis quelques jours je vais un peu mieux; le principal ennui est que je suis moins courageux au travail. Je vois si noir dans l'avenir, la lutte tellement compromise par la jeune bande ! [...]

Cette correspondance, témoignant également de la précarité de l’artiste, est intéressante car il l’a écrite durant son second séjour à Pont-Aven. Il y est question de Marie-Jeanne, propriétaire de la Pension Gloanec.  La question d'argent est tellement prépondérante. A partir du mois prochain je vais être obligé de demander crédit à Marie Jeanne et actuellement j'ai 18 f en poche pour les menues dépenses - Avez-vous espoir pour que Madame Poujin me prendra le tableau de négresses -Il rend compte aussi de la présence de l’artiste belge Gaston Linden : Il y a ici un peintre Linden, ami de André [...] . 

 

Aidé par le FRAM, avec le soutien de CIC Ouest, le musée a acquis, auprès du libraire parisien Pierre Saunier qui la proposait dans son catalogue de juillet 2020, la précieuse et rarissime affiche annonçant la " légendaire " exposition dite Volpini. Il s’agit de l’exemplaire de Schuffenecker.

 

[Gauguin]. Exposition de peintures du Groupe impressionniste et synthétiste. Café des Arts, Volpini directeur. « Affiche pour l’intérieur » . 28,5 x 40 cm.. Paris, Imprimerie Watelet, s. d. (juin 1889). Encadrée. Photo musée de Pont-Aven. 

J’emprunte à Pierre Saunier – se présentant dans ses catalogues, avec humour, comme proposant des Livres en bon état ou en état déplorable à Prix modérés ou excessifs - sa notice de cette affiche.

A la différence du catalogue dont la couverture est imprimée en noir sur fond blanc à rayures verticales, l’affiche est imprimée en noir sur fond blanc à rayures horizontales orangées – celle-ci ayant été longtemps accrochée dans l’atelier de Schuffenecker, la couleur des rayures s’est estompée. C’est à Paris que se tient l’Exposition universelle de 1889. Au pied de la Tour Eiffel est installé le Pavillon des Beaux-Arts. Outre une décennale internationale, le Pavillon offre une vaste rétrospective de l’art français depuis 1789. Pour la première fois au cours d’une manifestation officielle, quelques tableaux pré-impressionnistes ou impressionnistes côtoient la multitude académique. Grâce à son ami Antonin Proust, commissaire de la Centennale de peinture, Manet, mort depuis six ans, est représenté par une quinzaine de toiles. Si Renoir et Degas ont décliné l’invitation, Cézanne, Desboutin, Monet, Pissarro ou Raffaëlli ont seulement une, voire deux toiles accrochées.

De son côté - plus irrecevable que jamais - Gauguin s’efforce quand même de trouver le moyen d’exposer. Se souvenant de l’exposition que Vincent van Gogh avait montée dans un restaurant populaire de l’avenue de Clichy, il a l’idée de refaire la même chose à proximité de l’Exposition universelle - ainsi fut peut-être pressenti le Café des Arts du sieur Volpini, aire de restauration éphémère aménagée pour la durée de l’Exposition dans la galerie attenante au Palais des Beaux-arts. Gauguin chargea Schuffenecker des tractations auprès du cafetier et Volpini, ne voyant toujours pas ses miroirs décoratifs arriver, se laissa convaincre de prêter gracieusement ses palissades. Aux premiers jours de juin, Gauguin pouvait écrire à son ami : Mon cher Schuffenecker Bravo ! Vous avez réussi – Voyez Van Gogh et arrangez cela jusqu’à la fin – Seulement rappelez-vous bien que ce n’est pas une exposition pour les autres – En conséquence arrangeons-nous pour un petit groupe de copains et à ce point de vue je désire y être représenté le plus possible (…) Songez que c’est nous qui invitons par conséquent : Schuffenecker 10 toiles / Guillaumin 10 toiles / Gauguin 10 toiles / Bernard 10 toiles / Roy 2 toiles / l’homme de Nancy 2 toiles / Vincent 6 toiles. Avec cela c’est suffisant – Moi je refuse d’exposer avec les autres Pissarro, Seurat, etc. C’est notre groupe ! (lettre publiée et présentée par Victor Merlhès in Paul Gauguin, Pages inédites, Avant & Après, 1995).

Las, trop content de son succès, Schuffenecker joua les casseurs d’assiettes - la manifestation devait même enfoncer tous les autres peintres - ce qui ne fut pas du goût de Théo van Gogh qui déclina l’invitation faite à son frère. Guillaumin se récusant aussi, on pallia les défections à l’aide de quelques jeunes, quelques doublures dira Gauguin, recrutés parmi les amis de Bernard ou de Schuffenecker : Louis Anquetin, Léon Fauché – l’homme de Nancy –, Louis Roy et George-Daniel de Monfreid. Aucun tableau ne se vendit, mais pour la première fois, l’École de Pont-Aven, comme on l’appellera ensuite, se montrait au public.

 

D'autres estampes et un tableau sont également entrés dans les collections de Pont-Aven. De 18889, deux zincographies de Paul Gauguin, Les Drames de la mer. Une descente dans le maelström,1889, achat aidé FRAM, avec le soutien de CIC Ouest et Pastorales. Martinique, don des Amis du musée de Pont-Aven. Ces deux estampes appartiennent à la " suite Volpini " comprenant dix zincographies précédées d’un frontispice, le tout rassemblé dans un portfolio, le frontispice étant collé sur la couverture en carton. L’artiste a choisi comme support de son tirage des grandes feuilles de papier jaune serin. Un bois gravé d'Armand Seguin (1869-1903), Trois Bretonnes avec enfants, 1894. 22 x 18.6 cm.. Bois gravé tiré à l’encre brune, daté dans la planche en haut à droite : 1894 avec poème de Charles Morice au-dessus de l’image. A l’encre en bas " Maufra Arofa oe / P. Gauguin ". Don des Amis du musée de Pont-Aven avec la participation de Mécénat Bretagne. Une huile sur toile de Pierre-Eugène Clairin (1897-1980), Les Clairin et les Correlleau en pique-nique à Lezaven ou Pique-nique à Lezaven, 1924. 130 x 89 cm.. Don de Madame Patrick Le Floch Correlleau, avec la complicité de l'Association des Amis du musée.

 

(1) Sur une estimation de 5 000 / 6 000 €, cette lettre a été acquise 7 800 €, frais compris, lors de la 33ème vente des Collections Aristophil - Littérature : Boris Vian et les maudits. Claude Aguttes & Sophie Perrine commissaires-priseurs, Claude Oterelo expert. 17 novembre 2020. Neuilly-sur-Seine

(2) Je renvoie à l’exposition Paul Gauguin. Vers la modernité au Van Gogh Museum, 15 février – 6 juin 2010 et à son catalogue consacré à l’exposition qui se tint au Café des arts appartenant à monsieur Volpini situé sur le Champs de Mars. Neuf peintres y participèrent. Schuffenecker avec 20 œuvres, Gauguin avec 17. Émile Bernard y présentait 23 œuvres mais trichant y ajouta 2 toiles sous le pseudonyme de Ludovic Nemo.

 

 

Cette vente Aristophil du 17 novembre 2020 comprenait d'autres documents autour de Paul Gauguin.

photographie originale de Gauguin par le peintre Boutet de Monvel [Février 1891], tirage original d'époque contrecollé sur carton (11,3 x 8,5 cm). (Photographie pâle et comporte quelques taches). Elle fut prise dans l'atelier de Boutet de Monvel, rue Vandamme. Gauguin est assis dans un fauteuil d'osier, les mains croisées. C'est un des rares portraits photographiques du peintre. Sur une estimation de 3 / 5 000 €, elle fut adjugée 3 640 €, frais compris

lettre à Charles Morice, poète, essayiste et l'un des principaux théoriciens du symbolisme, Tahiti, mars 1897. 2 pages in-4 à l'encre sur papier réglé (pliures horizontales et verticales). Adjugée 9 100 €, frais compris.

lettre au peintre Daniel de Monfreid, ami et confident de Paul Gauguin, [Tahiti], Août 1897. 2 pages in-4 à l'encre sur papier réglé (pliures). Adjugée 9 750 € avec les frais.

vraisemblablement à Ambroise Vollard [Tahiti], avril 1901. 1 page in-4 à l'encre bleue sur papier bruni, sous encadrement (pliures). Adjugée 5 850 € avec les frais.

Prix soutenu de 27 300 € frais compris pour une lettre autographe signée adressée à Daniel de Monfreid [Tahiti], juillet 1901. 2 pages grand in-8 à l'encre sur papier quadrillé. Mais, elle porte en haut à droite un bois gravé de Paul Gauguin.

lettre à Camille Pissarro S.l. n.d. [1882]. 2 pages ¼ in-12 à l'encre sur un double feuillet de vélin ivoire (pliures). Adjugée 12 350 € frais compris.

 

 

 

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