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LE CURIEUX DES ARTS

LE CURIEUX DES ARTS

Le Curieux des arts, observateur de l'actualité artistique. Large focus sur l'Italie. Exposition. Musée. Opéra. Théâtre. Livre. Biennale. Salon. Marché de l'art.


Jean Dubuffet, le regardeur

Publié par Gilles Kraemer sur 29 Décembre 2020, 23:33pm

Catégories : #Biennales, #Expositions France, #Expositions à l'étranger, #Musées, #Patrimoine

Gilles Kraemer. Visioconférence avec Baptiste Brun

 

Sommes-nous dans le temps où la virtualité est devenue l'unique source d’émotions artistiques ?

Jean Dubuffet, Ontogénèse, 1974-1975. Peinture vinylique sur panneau stratifié. 251 x 316 cm..Don de l’artiste en 1977. Musée d’art moderne André Malraux, MuMa, LeHavre Photo © IVAM, Juan García Rosell © 2020, ADAGP, Paris

Expositions à peine ouvertes le 13 octobre 2020 à Orsay Aubrey Beardsley (1872-1898) et Léon Spilliaert (1881-1946). Lumière et solitude et inexorablement closes. Le couperet du second confinement tombait vendredi 30 octobre. La culture, une nouvelle fois sous cloche, toujours considérée inessentielle par nos élus depuis ce printemps 2020. Musées fermés jusqu’au 7 janvier 2021. Une date annoncée maintenant " prévisionnelle " selon des informations instillées dans notre subconscient, chaque jour, par nos gouvernants. Exit ces deux expositions qui devaient durer jusqu’au 10 janvier, elles ne seront pas prolongées. Tout ce mal pour qu’elles se closent aussitôt ouvertes. Lamentable. Verra-t-on à Orsay Les origines du monde. L’invention de la nature au XIXe qui aurait dû ouvrir le 10 novembre et fermer le 14 février ; elle existe puisque toutes les œuvres sont exposées mais nul n’a droit de la voir. Verra-t-on à Sèvres Á table ! Le repas tout un art, censée être visible depuis le 18 novembre et ceci jusqu’au 6 juin 2021 ?

 

Jean Dubuffet, Galeries Lafayettes, 8 mai 1961. Gouache sur papier. 49 x 66 cm.. Don de M. et Mme Jean Dubuffet en 1968. Musée des arts décoratifs, Paris. Photo © MAD, Paris / Jean Tholance. © 2020, ADAGP, Paris.

Je vous laisse supposer le ressenti des conservateurs et conservatrices de nos institutions muséales rencontrés, tenus au devoir de réserve ! Une incompréhension. Avec le transport des œuvres multiplié par 3 au minimum maintenant, finies les expositions superproductions comme Léonard au Louvre qui fut l’acmé d’une démesure inexorablement terminée, l’exposition considérée comme un bien de consommation. Et, lorsqu’on apprend de Bruno Monnier, président de Cultureespaces, (article dans Le Monde) qu’une exposition revient à 800 000 € auxquels l’on ajoute 200 000 € de frais de communication et de marketing, ... !

Aujourd’hui, nous en sommes réduits à la lecture des catalogues d’expositions que nous ne verrons jamais. Et, à visiter les expositions assis derrière l'écran d'un ordinateur. O tempora, o mores ! Nihil nimium vetus proferam.     

 

Jean Dubuffet, Pisseur à droite VD 43, 27 août 1961. Encre de Chine sur papier. 50 x 33,5 cm.. Don de M. et Mme Jean Dubuffet en 1968. Musée des arts décoratifs, Paris. Photo © MAD, Paris. © 2020, ADAGP, Paris.

Jean Dubuffet (1901-1985), peintre, sculpteur, écrivain et inventeur de l’Art Brut, que penserait-il de notre triste époque ? Lui, une des acteurs majeurs de la scène artistique du 20e siècle. L’exposition Jean Dubuffet, un barbare en Europe met l’accent sur sa visite en Suisse, quelques jours en juillet 1945, en compagnie du couple Jean et Germaine Paulhan et de Charles-Édouard Le Corbusier, entre Lausanne, Genève - visite du Musée d’ethnographie, lieu d’interrogation et de fascination dans ce lieu d’échanges et rencontre avec son directeur Eugène Pittard -, Berne, Zurich et Saint-Moritz.

Dans une scénographie très sobre de l’atelier Maciej Fisze, mettant en valeur ses œuvres et des œuvres qui l’ont fasciné ou interrogé, la première partie – Célébration de l’homme du commun - présente sur les cimaises minimalistes les œuvres de l’artiste, devient immersive en exposant dans des vitrines de très nombreuses œuvres, dans une salle de grande hauteur– Une ethnographie en actes - pour se terminer avec Critique de la culture avec la vidéo reproduisant la fresque monumentale inachevée Nunc Stans (1965) sous la forme d’une grande projection dynamique que nous regardons, assis sur le Banc salon (1970).

Bähaylu Gäbrä Maryam, Scènes de chasseÉthiopie, Addis-Abeba. Vers 1920.  Peinture sur toile de coton. 80 x 152 cm.. Don de Émile William Molly en 1926 ; acquis à Addis-Abeba auprès de l’artiste. MEG Inv. ETHAF 010704.  Photo : © MEG, Johnathan Watts.

Masque pour le tschäggättä, Auteur inconnu, Suisse, Valais, Lötschental, 1940. Bois d’arolle sculpté, bruni et partiellement teinté. 43.5 x 26 x 14.5 cm.. Don d’Eugène Pittard en 1944. MEG Inv. ETHEU 108874. Photo  © MEG, J. Watts.

Dès l’entrée, les lettres du nom et du prénom de l’artiste éclatées sur les murs, le sol et le plafond pour le portrait "chinois" de ce peintre, sculpteur, écrivain et prospecteur insatiable de l’art brut. Pourquoi ce titre un barbare en Europe ? Montrer Jean Dubuffet en barbare, souligne Baptiste Brun, c’est le montrer comme l’autre dans ce clin d’œil à la publication d’Henri Michaud Un barbare en Asie (1933).

Le Déchiffreur (1977) introduit cette exposition telle une recherche puis voici la notion du graffiti, des graffitis dont il tirera en lithographies Les Murs, ouvrage avec le poète [Eugène] Guillevic en 1950. La figure humaine parcourt son œuvre puis l’on glisse vers les paysages, les costumes de Coucou Bazar (1973) l’immense Otogénèse (1974-1975) venue du musée André Malraux du Havre.

Exit le mur blanc pour un gris bleu dans la seconde partie de la grande salle dont la monumentalité est accentuée dans toute sa hauteur par des reproductions de ses albums de photographies montrant ce qu’il a vu, ses archives de l'art brut. Avec des masques, dans une réévaluation du regard, qu’il a pu voir lors de son séjour suisse, ceux du Groenland, du Valais dont le masque carnaval pour le tschäggättä, des peintures du Congo et d’Ethiopie, naturellement la statuette qu’il surnomma Barbu Müller du nom de son collectionneur. Depuis, l'on a pu dater cette pièce comme née sous la gradine de l'auvergnat Antoine Rabany (1844 - 1919). (1). Entre 1947 et 1949, il se rend avec Lili son épouse au Sahara algérien, par trois fois ; la minéralité du paysage répond à son intérêt pour les matériaux bruts.

Ne se laissant jamais enfermer dans une seule et même manière de représenter, les meilleurs moments de l’art sont ceux quand il oublie comment il s’appelle, selon lui. La dernière partie de l’exposition s’articule autour de la critique de la culture occidentale pour se terminer avec son dernier livre Oriflammes (1984), une note joyeuse et terrible, dans un vertige qui s’empare de nous lorsque le doute survient.

 

John Craven, Jean Dubuffet dans son atelier de profil devant les Barbes, France, Alpes-Maritimes, Vence, 1959 © Archives Fondation Dubuffet, Paris / photo John Craven.

En 1972, Jean Dubuffet offrit sa collection d’art brut à la ville de Lausanne, à l’origine de la création du musée éponyme en février 1976.

Dove son i bei momenti Di dolcezza, e di piacer… ? Heureusement que tout finit dans l’optimisme d’une marche joyeuse et de réjouissances… chez Mozart.

 

 

Exposition Jean Dubuffet, un barbare en Europe, scénographie Atelier Maciej Fiszer, Partie 1 Célébration de l’homme du commun © MEG, Johnathan Watts. Au premier plan, Dramatisation, 12 janvier 1978, collage de 42 pièces acryliques sur papier marouflé sur toile. 

Affiche Jean Dubuffet, un barbare en Europe. Design : NASK, Ontogénèse (détail), Jean Dubuffet, Le Havre, musée d’art moderne André Malraux © IVAM / Juan García Rosell © 2020, ProLitteris, Zurich.

Jean Dubuffet, un barbare en Europe

MEG / Musée d’ethnographie de Genève - Genève

8 septembre 2020 - 28 février 2021 (au lieu du 8 mai 2020 au 3 janvier 2021). Date à vérifier pour mesures sanitaires coronavirus

https://www.ville-ge.ch/meg/

Commissariat Baptiste Brun. Pour le MEG Boris Wastiau

Catalogue. Si la mise en page est intéressante, le caractère façon machine à écrire mécanique (cf page 83 lettre de Dubuffet) encré doré ne facilite pas la lecture, le corps des notes – très intéressantes – est vraiment trop minuscule. Éditions Hazan, 35 €.

Genève est la troisième étape de Jean Dubuffet, un barbare en Europe, co-produit avec le Mucem, Marseille (23 avril - 7 septembre 2019) et l’IVAM, Institut d’art moderne de Valence, Espagne (8 octobre 2019 - 16 février 2020).

(1) Enfin. Le sculpteur des Barbus Müller a été démasqué ! Quatre-vingt ans après l'acquisition par Josef Mueller des sept "Barbus", le mystérieux sculpteur de ces têtes vient d'être démasqué ! Une enquête passionnante entre Suisse et Auvergne. http://www.lecurieuxdesarts.fr/2020/08/enfin.le-sculpteur-des-barbus-muller-a-ete-demasque.html

 

Exposition Jean Dubuffet, un barbare en Europe, scénographie Atelier Maciej Fiszer. Partie 2 Une ethnographie en actes © MEG, Johnathan Watts.

L’amour incendiaire de Jean Dubuffet pour Venise - 58ème Exposition Internationale d'Art - Biennale de Venise 2019. " J'ai des critiques d'art, des musées et de leur personnel, des marchands de tableaux et de leurs clients habituels, une horreur proportionnée à la faveur que j'ai du vrai art disait Jean Dubuffet. Je considère en effet l'art dont ils s'occupent et qui les intéressent, et à la propagation duquel ils travaillent, comme le faux art, la fausse monnaie de l'art .http://www.lecurieuxdesarts.fr/2019/08/de-l-amour-incendiaire-de-jean-dubuffet-pour-venise-58eme-exposition-internationale-d-art-biennale-de-venise-biennale-di-venezia-201

 

Exposition Jean Dubuffet, un barbare en Europe, scénographie Atelier Maciej Fiszer. Partie 3 Critique de la culture © MEG, Johnathan Watts. Au premier plan Banc salon, 1970. 

 

 

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