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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer (envoyé spécial).   

 

#confinement2 pour une période allant du vendredi 30 octobre à mardi 1er décembre 2020… La culture s'arrête une seconde fois en France. Fermeture temporaire des musées, expositions, opéras, théâtres, cinémas. Les librairies sont également fermées. 

 

Des peintres qui voyagent du Nouveau vers le Vieux monde, dans une (re)découverte d’œuvres d’artistes américains sur le lieu même où elles certaines furent peintes : Giverny. Voici le voyage auquel nous convie L’Atelier de la nature, un titre très barbizonnien.

 

William Merritt Chase, Scène portuaire, ca 1888. Huile sur toile. 67 x 43,2 cm.. Chicago, Terra Foundation for American Art © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

Allez d’abord dans la Nature pour apprendre à peindre le paysage, et quand vous aurez appris à l’imiter, vous pourrez alors étudier avec profit les tableaux des grands maîtres, voici ce qu’enseignait Asher B. Durand (1796-1886) à des jeunes artistes en 1855. La nature, c’est se rendre dans ce lieu qui devient un immense atelier, souligne Khaterine Bourguignon, commissaire de cette exposition présentant une sélection de 90 paysages des XIXe et du début du XXe siècle de peintres américains, prêts de la Terra Foundation, du musée d’Orsay et de la Bibliothèque nationale de France (départements des Estampes et de la Photographie, des Cartes et Plans). Dans des dates butoirs. Celle de 1860, lorsque Frederic Church (1826-1900) fait construire son atelier à Hudson (état de New-York) et aussi l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, la guerre de Sécession est déclenchée en avril 1861. Celle de 1910, l’exposition à la Madison Gallery de New York d’artistes américains sous l’appellation évocatrice de "The Giverny Group".

In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910. L'Epte, Giverny, 1887 de Willard Metcalf à droite © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910. Theodore Robinson, de gauche vers la droite Paysage d'hiver, 1889 puis Vue de la colline de Giverny, ca 1889-1892 puis Etude pour Vallée de la Seine vu des hauteurs de Giverny, 1892  © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

 

Frederik Edwin Church, L’Iceberg, ca 1875. Huile sur toile. 55,9 x 68, 6 cm.. In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

Peindre la nature, c’est bien mais, encore faut-il dans cette confrontation de l’immensité savoir la voir. Ne pas se contenter de la reproduire comme un bon élève dans un travail minutieux, comme s’il s’agissait pour Alfred Thompson Bricher de ne surtout pas effaroucher les "acheteurs" avec le bateau City of St Paul sur le Mississippi à Dubuque (1872), où il ne manque aucun détail, même pas un "bouton de guêtre" puisque cette  toile sera acquise par le propriétaire de la mercerie représentée par le peintre, atone comme celle de Sanford Robinson Gifford pour Le crépuscule sur le mont Hunier (1866) d’un mortel ennui comme la nature super idéalisée du Camp indien (ca 1870-1876) de Worthington Whittredge. Surtout ne pas brusquer le goût du client, le rassurer avant tout… .

Frederic Edwin Church s’en sort mieux, son Iceberg (ca 1875) d’Arctique est d’une touche vivante, respirante. L’inspiration est captable, dans les photographies de George Backer (c. 1890), face à la beauté puissante d’une des merveilles du monde de la nature : les chutes du Niagara. Une nature pas si sauvage en regardant de plus près pour le Grand Canyon (1890) de John K. Hillers avec tout une haut, à gauche, la silhouette d’un homme assis face à l’immensité de la nature. Presque l’Atala de Châteaubriant dans ses descriptions idylliques.   

 

In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910. Au premier plan, Whistler, La Mer, Pourville, 1899 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910. Au premier plan, John H. Twachtan, Route près d'Honfleur, ca 1885 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

 

James Abbott McNeill Whistler (1834 - 1903), Variations en violet et vert, 1871. Huile sur toile, 61,5 x 35,5 cm.. Paris, musée d'Orsay, acquis avec le concours du Fonds National du Patrimoine et la participation de Philippe Meyer, 1995, RF 1995-5 © RMN - Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.

La découverte de la vieille Europe permet la liberté du pinceau du génie de James Abbott McNeil Whistler (1834 – 1903), s’installant à Londres en 1859. Une peinture du cœur et du sentiment dans quatre peintures, onze estampes – dont celles de Venise -, une aquarelle, des paysages esthétiques, le paysagiste de l’absence comme le nomme Cyrille Sciama, voyant ses compositions comme des œuvres musicales, où le rythme et la pause donnent une atmosphère vaporeuse.  Présentée dans la même salle la Scène portuaire (1888) de William Merritt Chase ne doit pas rougir face à James, dans cette vue maritime faisant songer également aux nombreuses Régates de Cowes de Paul-César Helleu. William Merritt Chase qui participera à la biennale de l'Art de Venise en 1901, passera plus de 10 étés à Florence, et séjournera à Venise l'été 1913, sept semaines, accompagné de... 30 élèves. Ce rapprochement avec Whistler était largement visible et sensible dans l’exposition William Meritt Chase (1849-1916) : un pittore tra New York e Venezia que la Ca’ Pesaro à Venise lui consacra en 2017 (1).

 

John Leslie Breck. Au second plan, Automne à Giverny, 1889. Au premier plan, Brouillard et soleil matinaux, 1892. In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

Theodore Robinson (1852 - 1896), Arbres en fleurs à Giverny, 1891-1892. Huile sur toile, 54,9 x 51,1 cm.. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1992.130 © Terra Foundation for American Art, Chicago.  

John Leslie Breck, Etudes d’un jour d’automne, n°1 à 12, 1891. Huile sur toile. In situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

Comment imaginer, qu’en 1885, deux ans après l’installation de Claude Monet à Giverny, que la solitude de ce village serait troublée par de très nombreux artistes américains attirés par la présence du maître et par le souhait de peindre entre eux, si ce n’est de peindre à côté de Monet ? L’un d’eux, Theodore Earl Burtler (1836-1936) souhaitera être proche, très proche de Monet puisqu’il sera, par deux fois son gendre, en épousant ses belles-filles Suzanne (1868-1899) puis Marthe au décès de cette dernière. Que peignait-il ? L’on ne le saura pas, aucune de ses toiles dans l’exposition, aucune reproduction dans le catalogue ! John Leslie Breck (1860-1899) aura une liaison amoureuse avec Blanche, autre belle-fille de Monet qui lui fera comprendre que son éloignement était souhaitable surtout lorsque l’on reproduit aussi mécaniquement des meules dans des variations atmosphériques, suite de 12 tableaux d’un même format Études d’un jour d’automne (1891) dans une démarche photographique. De plus, l’année où Claude Monet expose sa série des Meules chez Durand-Ruel. Pas très bien vu de confronter à son aîné ! Théodore Robinson (1852-1896) est plus sensible dans la vibration de sa palette d’Arbres en fleurs à Giverny (1891-92).

 

William Merritt Chase (1849 - 1916), Matin sur la digue, Shinnecock, ca 1897. Huile sur toile, 101,6 x 127 cm.. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1999.30 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

Winslow Homer (1836 - 1910), Nuit d'été, 1890. Huile sur toile, 76,5 x 102 cm.. Paris, musée d'Orsay, acquis de l'artiste en 1900, RF 1977 - 427 © © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

L’exposition se clôt dans une vision moderne des peintres américains de retour dans leur pays avec William Merritt Chase, Matin sur la digue (ca 1897) et Winslow Homer dont sa Nuit d’été (1890), présentée à l’Exposition universelle de 1900 sera acquise par l’État français pour le musée du Luxembourg, aujourd’hui Orsay.

(1) http://www.lecurieuxdesarts.fr/2017/03/william-merritt-chase-un-peintre-entre-new-york-et-venise-tra-new-york-e-venezia-ca-pesaro-galleria-internazionale-d-arte-moderna7.h

 

in situ de l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2020.

L’Atelier de la nature, 1860-1910. Invitation à la Collection Terra

12 septembre 2020 - 3 janvier 2021

Musée des impressionnismes - Giverny

Exposition organisée dans le cadre de Normandie Impressionniste 2020

Commissariat Katherine Bourguignon, conservateur à la Terra Foundation for American Art & Valérie Reis, chargé des expositions, musée des impressionnismes Giverny

Catalogue dans un format à l’italienne très agréable. Textes de Katherine Bourguignon, Cyrille Sciama, Pierre Wat, Valérie Reis, Morgane Hamon. 192 pages. Éditions RMN / Musée des impressionnismes. Prix 29 €.

 

 

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