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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer (d'après le dossier de presse).

 

Artcurial, Vente du mercredi 22 juillet. Le numéro 36 réunit tout ce qu'un amateur, lecteur assidu de Pierre Verlet, aime : le commanditaire royal de ce mobilier, la destination mythique de ses quatre sièges, les créateurs, l’histoire, les souvenirs. Car, c'est d'un pari fou entre le comte d'Artois et Marie-Antoinette, dans les derniers feux insouciants de la royauté, que naquit une Folie architecturale, celle de Bagatelle. Ce bâtiment fut bâti en deux mois, du 21 septembre au 26 novembre 1777, sous la direction de l'architecte François Joseph Belanger (1744-1818). Le pari était gagné pour Artois mais, la décoration intérieure ne fut terminée qu'en 1781.

Voici des éléments prometteurs d'une belle enchère, d'autant plus que ces deux fauteuils et ces deux chaises n'ont pas été vus sur le marché de l'art depuis 20 ans. La paire de chaises avait été présentée, par Camille Bürgi, à la Biennale des antiquaires en 2000. 

Estimation 300 000 - 500 000 € apparaissant raisonnable si l'on se réfère à la vente de la Collection Greffuhle en mars 2000, étude Binoche.  Six chaises de Jacob, provenant de Bagatelle furent adjugées 3 900 000 francs au marteau.  Heureuse époque où les frais et taxes s'élevaient à 10,854 % TTC. (1).

Adjudication 1 174 500  € soit 1 350 675 € avec les frais, plus du double de l'estimation haute. Achat collectionneur étranger.

 

Suite de mobilier royal à châssis d'époque Louis XVI par Georges Jacob et Jean-Baptiste Rode livrée pour le comte d'Artois (1757-1836) au château de Bagatelle En bois sculpté, doré et patiné façon canon de fusil. Une paire de fauteuils et une paire de chaises, les montants du dossier en faisceau de lances, ceints d'enroulements de laurier grainé, les pieds en forme de faisceaux de flèches ornés des mêmes enroulements et surmontés d'une massue, réunis par des barres d'entrejambes à tiges et enroulements de laurier noués, les dossiers à châssis, deux chaises et un fauteuil avec une marque au feu B sous couronne pour le comte d'Artois à Bagatelle ; non garnis, éclats et manques mineurs au décor DR Artcurial, 2020.

Ces quatre sièges de la chambre à coucher du comte d’Artois à Bagatelle, célèbre par son décor militaire, réapparaissent, à nouveau réunis, A motif de faisceaux d’armes enveloppés de branchages de laurier, ces sièges furent exécutés par le menuisier Georges Jacob (maître en 1765), et le sculpteur Jean Baptiste Rode (maître en 1766). Ils témoignent de la personnalité de Charles, comte d’Artois (1757-1836), frère cadet de Louis XVI.

 

Dimensions des fauteuils : H. : 92,5 cm. x l. : 60 cm x P 55 cm.  Dimensions des chaises : H. : 93,5 cm. x l. : 48 cm. x P. : 47 cm.  Georges Jacob, reçu maître en 1765. Jean-Baptiste Rode (1735 - 1799), sculpteur, reçu maître en 1766. Daniel Aubert, doreur, actif dans les années 1770. DR Artcurial 2020.

Ces sièges conjuguent légèreté, délicatesse et fantaisie qui déjà caractérisaient les décors à la turque du comte d’Artois et annoncent le style martial des époques suivantes.

Le rez-de-chaussée de Bagatelle se composait d'un vestibule, une salle à manger, un billard, un salon et un boudoir orné dans le goût de l'époque. Un escalier en acajou conduit au premier étage, celui des chambres à coucher. Celle du maître, dans sa décoration toute militaire, représentait une riche tente de campement militaire, avec son lit à fers de lances, son plafond à gros plis retenus par les foudres de Mars, et sur les murs drapés étaient disposés des boucliers, des panoplies, des attributs guerriers. La cheminée avait pour jambages deux couleuvrines en cuivre ciselé posées sur leur culasse et portant un riche entablement à frises de symboles militaires. Les chenets avaient la forme de boulets et de bombes. La pendule dessinée par Belanger et exécutée par Lepaute figurait un trophée d'armes antiques ; les bras de lumière : des instruments de musique guerrière. Des créations en allusion avec la charge de grand maître d'artillerie dont le duc d'Angoulême, futur comte d'Artois, était titulaire.

 

Détail d'une chaise. Provenance : Livrés en 1778-1779 au comte d'Artois pour sa chambre à coucher du château de Bagatelle. Possiblement le Prince Ferdinand Victor Amédée de Faucigny-Lucinge (1789-1866) et Charlotte-Marie Augustine, comtesse d'Issoudun (1808-1886) - fille de Charles-Ferdinand de Bourbon (1778-1820), duc de Berry et petite fille du Comte d'Artois (1757-1836) et de Marie-Thérèse de Savoie (1756-1805) – au château de Chermont en 1866 - Possiblement Maurice de Chacaton (1862-1937) au Château de Chermont puis par descendance jusqu'à la fin du XXe siècle. Vente de la paire de fauteuils par leur propriétaire à la fin du XXe siècle. Vente à Dijon le 14 mai 2000 lot 150 puis vente à Paris, le 21 juin 2000 pour la paire de chaises. Galerie Camille Bürgi où acquis par l'actuel propriétaire, collection privée suisse. Exposition : Biennale des Antiquaires de Paris, en septembre 2000 pour la paire de chaises. DR Artcurial.

En 1775-1776, le thème des turqueries, qui commençait à apparaître dans les intérieurs, envahit le décor du boudoir des appartements de Artois à Versailles. Le mobilier est exécuté par le menuisier Louis Delanois et le sculpteur Jean-Baptiste Rode. En 1777, le comte s'adresse au menuisier Georges Jacob pour le boudoir turc du Palais du Temple, sa demeure parisienne. Georges Jacob donne libre cours à son talent pour créer de nouvelles formes et de fastueux ornements qui codifièrent le vocabulaire du répertoire dit "à la turque". Pour le second cabinet turc du comte d'Artois à Versailles, Jacob exécuta en 1781 deux bergères et six chaises dont les montants des dossiers sont composés de faisceaux de licteurs ceints de guirlandes de perles qui s'entrecroisent et les pieds fuselés prennent la forme de carquois ceints d'un enroulement de perles.

 

Marque au feu " B " sous une couronne. DR Artcurial.

Emigré dès 1789, le comte d'Artois séjourna successivement en Italie, en Westphalie, en Belgique et en Russie, avant de s'établir définitivement à Londres, où il demeura exilé jusqu'à la Restauration. Les biens de Bagatelle firent l'objet d'une vente en 1793, la demeure acquise aux enchères en 1797 par un groupe d'entrepreneurs de divertissements publics avant de revenir aux domaines en 1806 par l'intervention de l'Empereur. Au retour de la royauté, le duc de Berry, fils du comte d'Artois, en prit possession et renouvela entièrement son ameublement. Le château passa ensuite aux mains de son petit-fils le duc de Bordeaux.

Certaines pièces d'ameublement provenant de Bagatelle réapparaissent sur le marché. Une marquise par le menuisier Jean-Baptiste Boulard et le doreur Daniel Aubert livrée au comte d'Artois en 1778 pour le salon a appartenu aux collections du peintre Charles-Polycarpe Séchan (1803-1874), vente le 20 mai 1863, avant d'être acquise par le Mobilier Impérial. Elle est aujourd'hui conservée au Mobilier National. Une chaise provenant du mobilier commandé en 1778 pour le grand salon circulaire, réalisée par Georges Jacob, Jean Baptiste Simon Rode et le doreur Aubert est conservée dans les collections Rothschild en Angleterre à Waddesdon Manor.

 

© Christie’s, Londres, 23 juin 1999.

Un fauteuil commandé à Georges Jacob par le Garde-meuble du comte d'Artois en prévision de la venue de Louis XVI à la fête de Bagatelle du 12 juillet 1784, sculpté par Rode et doré par Ramier, fut vendu par Christie's à Londres le 23 juin 1999; ce lot 30 étant resté avec certitude dans la même famille depuis 1914 et très probablement depuis la fin du XIXe siècle. Sur une estimation de 100 000 / 150 000 £, il fut adjugé 386 500 £, frais compris.

 

Six chaises de Jacob, v​ente collection Greffulhe, Paris 6 mars 2000, étude Binoche.

(1) Une série de six chaises de Georges Jacob, sculptées par Rode et dorées par Aubert, qui fut livrée en 1778 "pour son pied à terre champêtre" de Bagatelle figura à la vente d'une partie de la collection Greffulhe du 6 mars 2000, lot 89, étude Binoche, salle 5 & 6. Sur une estimation de 1 200 000 / 1 500 000 francs, ces chaises, sculptées d’une double frise de feuilles d’eau et de feuilles de lauriers se répétant sur la ceinture arrondie, furent adjugées 3 900 000 francs soit 4 325 000 francs, frais compris [860 000 €].

 

Exposition les lundi 20, mardi 21 et mercredi 22 juillet 2020

Vente aux enchères le mercredi 22 juillet, à 19h

Artcurial - Paris  https://www.artcurial.com/

 

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