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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer.

Les voici, enfin de retour, les pleurants du tombeau de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419) après trois années d'absence ! Quittant le musée des Beaux-arts de Dijon, à la faveur de la restauration de cette institution, ils achèvent leur tournée commencée en mars 2010 au Metropolitan Museum of Art de New York, poursuivie dans six musées américains, ensuite Bruges puis Berlin. Le musée de Cluny est leur dernière étape avant Dijon.  

 

Pleurant n°52. Pleurant au chaperon rabattu, séchant ses larmes de la main droite avec un pan de son manteau, la main gauche sur la poitrine.

Lamentation pour un prince défunt. Ces 39 figures – mesurant entre 38 et 42 centimètres, sauf les deux enfants de chœur - sculptées dans de l'albâtre, légèrement rehaussées de rouge ou d'or pour souligner les accessoires : aumônière, livre, ceinture, bourse à livre, participent au cortège funèbre du duc. Elles prennent place dans les arcatures du soubassement du cénotaphe du souverain et de son épouse Marguerite de Bavière, commandé par leur fils Philippe le Bon. Entre 1443 et 1470, ces chefs-d'œuvre de la sculptures bourguignonne naquirent des cisailles et gradines de Jean de La Huerta ( ? - après 1462) et d'Antoine Le Moiturier (vers 1425 -1494). A l'origine, elles étaient 41 : la 40e se trouve au musée de Cleveland et la 41e (l'aspergeant) a disparu au 19e siècle. Ce monument placé dans l'église de la Chartreuse de Champmol, nécropole des ducs de Bourgogne et de leur famille dans les environs de Dijon, sera installé dans le musée de Dijon en 1827, après la destruction d'une partie des bâtiments de cet établissement religieux sous la Révolution française.

 

Pleurant n°55. Pleurant à la tête découverte, séchant ses larmes de la main droite dans un pan de son manteau.

Le cortège éploré du duc de Bourgogne. Rassemblés à Cluny dans une salle unique, les pleurants jaillissent de l'obscurité, l'albâtre jouant de sa transparence. Ils ne sont pas disposés sur un plan linéaire en un cheminement deux par deux comme à New York, ni en un rectangle comme à Berlin. C'est le choix d'une étonnante ligne courbe et ascensionnelle, d'une procession dynamique gravissant des marches, d'une vision à la fois d'ensemble et individuelle qui a été adopté ici. Installés dans l'éternité du deuil de leur souverain défunt, les statues s'offrent à notre contemplation et à notre émotion. On les touche presque, on pourrait les consoler ou partager leur chagrin. Réunissant les différents membres de la société (clergé régulier et séculier, laïcs de la maison ducale), ce cortège de funérailles nous émeut par la diversité des expressions de la douleur et de l'émotion, cette tristesse collective et individuelle. Le chagrin s'exprime sur les visages, enfin pour ceux dont le visage ne disparaît pas dans leur chaperon rabattu, dans les gestes, les attitudes, les mains serrées ou jointes. L'un se pince ostensiblement le nez pour s'empêcher de pleurer, l'autre ne peut cacher l'émotion de son visage crispé ou sèche ses larmes avec le pan de son manteau. Même les drapés suggèrent l'affliction. Courez vite consoler les pleurants de ce Prince. 

Lamentation pour un prince défunt

Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge

27 février - 3 juin 2013

https://www.musee-moyenage.fr/ 

Catalogue. Les pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne. Texte de Sophie Jugie, directrice du musée des Beaux-Arts de Dijon. 128 pages, 175 illustrations. Éditions Lannoo. Prix 29, 99 €.  

Le Musée des Beaux-Arts de Dijon, resté ouvert depuis le commencement des travaux en mai 2008 (la fin est prévue en 2019) accueillera en septembre 2013 les 39 pleurants qui réintègreront la grande salle du palais des ducs de Bourgogne.

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