Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Antoine Prodhomme

 Antoine Prodhomme.

 

 En 2007, Eugène V. Thaw et son épouse Clare E. offraient au musée des arts décoratifs de New-York : le Cooper-Hewitt, un important ensemble d'aquarelles du XIXe siècle représentant des intérieurs européens - palais, manoirs, hôtels particuliers - de Paris à Londres et de Postdam à Saint-Pétersbourg. Exposées en 2008 dans cette institution américaine, ces quatre-vingt neuf dessins sont montrés pendant quelques semaines en ce lieu enchanteur et secret qu'est le musée de la Vie romantique, dans ce quartier dénommé La nouvelle Athènes au XIXe siècle. Cette collection ne trouve pas son origine dans un tropisme que ses collectionneurs auraient pour l'aquarelle mais pour une quête du confort ou the search of the comfort  " souligne Daniel Marchesseau directeur de ce musée parisien.

Franz Xaver Nachtmann (1799-1846), Antichambre du roi Louis 1er à la Résidence de Munich, 1836. Gouache, encre et graphite sur papier. 221 x 286 mm. CHNDM, collection Thaw.

C'est un état d'esprit qui est montré à travers toutes ces aquarelles, conduisant le visiteur à l'évasion et à l'imagination. Si l'on considère que " romantique " vient de l'anglais romanesq, évoquant à la fois " Le Grand tour " en Italie avec Rome mais aussi la remise au goût du jour du Moyen-Age, du Gothique – Cabinet de l'impératrice Alexandra Feodorovna à Peterhof, 1830-1835, Edouard Petrovitch Hau - et de la Renaissance, toute cette époque incline à rêver. L'ensemble de ces feuilles montrent bien la qualité et l'évolution de l'art de vivre, durant un siècle, de l'environnement domestique, au sens de domus, la maison. L'on perçoit le volume des pièces, les hauteurs, les plafonds, les tapis, les papiers peints, l'accumulation, le dépouillement.... C'est l'avènement d'un savoir-vivre bourgeois avec un goût prononcé pour le confort. Même Le cabinet de travail du roi Louis-Philippe à Neuilly, 1845, par James Roberts, montre le monarque gérant ses dossiers tel un simple bourgeois.

Louise Cochelet (1785 – 1835), Le Salon de l’artiste sur le lac de Constance, 1816. Lavis et graphite sur papier. 192 x 255 mm.. CHDNM, collection Thaw.

Beaucoup de ces œuvres sont anglaises, allemandes ou russes ; ceci tient à l'art de vivre dans ces pays froids et pluvieux inclinant vers le goût de soigner sa demeure. Ces vues de commande deviennent des portraits d'intérieurs, reflets de la personnalité du commanditaire et sa façon de vivre. Cette représentation peinte, surtout dans le goût britannique, plait à la jeune reine britannique Victoria : regardons Le salon particulier de la reine au palais de Buckingham, 1848, dans lequel James Roberts place dans un coin des jouets d'enfants pour apporter la touche intimiste brisant la solennité du lieu. La retranscription des intérieurs fut traitée avec une grande maîtrise par des artistes dont nombre sont peu connus ou parfois même anonymes. Se douterait-on que la grande feuille étourdissante de virtuosité de La bibliothèque de sir Laurence Alma-Tadema à Townsbend House, Londres, 1884, fut peinte par Anna, la fille du peintre, âgée de 16 ans ? Quelle grande économie dans l'aquarelle de Louise Cochelet Le salon de l'artiste sur le lac de Constance, 1816, qu'elle traite dans une ravissante grisaille ! Comme un souvenir Le salon de musique de Fanny Hensel (née Mendelsshon), 1849, Julius Eduard Wilhelm Helfft, nous rappelle que cette femme, sœur du compositeur Félix, tint un salon à la vie musicale intense. N'y aurait-il pas quelque chose de proustien dans cette fixation souhaitée du temps en un éternel souvenir ?

Intérieurs romantiques, aquarelles 1820-1890

10 septembre 2012 - 13 janvier 2013

Musée de la Vie romantique - - 75009 Paris

https://museevieromantique.paris.fr/fr

Commissariat de Daniel Marchesseau, directeur du musée de la Vie romantique et Gail S. Davidson

Catalogue Paris-Musées, 316 pages, prix 30 €.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article