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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à titre personnel à Dijon.

Vision fantasmée, vision réelle, grand tour en Orient, les pays autour du bassin méditerranéen ne cessent d’interroger les artistes.

Jean-Joseph Benjamin-Constant (Paris 1845-1902 Paris), La sortie de la mosquée, vers 1872 (détail). Huile sur toile. 66 x 82 cm.. Don Albert Joliet, 1927. Musée des Beaux-Arts Dijon © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2020.

À partir de ses collections orientalistes, auxquelles sont joints les prêts d’une quinzaine de photographies du XIXe siècle du musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône et de photographies de Jean-Luc Moulène (2020) de la galerie Chantal Crousel, le musée des Beaux-Arts de Dijon porte son regard sur l’Orient. Dans le déroulé des campagnes militaires ou de voyages jusqu'à l'œil photographique contemporain de Jean-Luc Moulène sur les hommes de Saïda (Liban). Un musée se construit d’achats mais surtout de donations et de legs, liés à des affinités avec les conservateurs, le directeur de l'institution ou la ville, ce que parfois les cartels omettent de souligner. Pour une fois, ceci est fort justement mis en avant dans une exposition consacrant une place pour remercier ses illustres contributeurs : Henri Pichot L’Amabilais en 1916, Charles-Joseph Tissot en 1935, la comtesse d’Armandy en 1936 et Albert & Gaston Joliet en 1925. Sans oublier Pierre et Kathleen Granville en 1969.

Historiquement l'Espagne est la porte du voyage avec le monde de l'Orient pour ce périple qui s'effectue autour du bassin méditerranéen s’ouvrant ici avec un étonnant Groupe de femmes espagnoles à l’entrée de la mosquée dans une Andalousie revisitée selon le bayonnais Achille Zo avec l’adjonction obligatoire d’une scène de " bohémiennes " si à la mode au XIXe siècle.

L'artiste est un témoin de l'histoire, des guerres (photographies du siège de Sébastopol en juin 1855 par James D. Robertson, les Massacres de Scio de Delacroix), du colonialisme. Il accompagne des missions diplomatiques, comme Benjamin-Constant avec Charles Tissot ou Delacroix avec le comte Charles de Mornay, même si le comte disparaîtra dans le tableau définitif (1845, musée des Augustins, Toulouse), comme pour faire oublier l'échec de cette mission diplomatique auprès du sultan du Maroc Mulay Abd-er-Rahman (vers 1832).

Eugène Delacroix (1798-1863), Le sultan du Maroc Mulay Abd-er-Rahman recevant le comte de Mornay, ambassadeur de France, vers 1832). Huile sur toile. Donation Granville, 1976. Musée des Beaux-Arts Dijon © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2020.

 

René Binet (Chaumont 1866-1911 Ouchy), Arcs et vitraux, Jérusalem, dôme du Rocher, 1904. Aquarelle. 35 x 24 cm.. Don M. & Mme Baudan-Binet, 1928. Musée des Beaux-Arts Dijon © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2020.

Tout ce que l'on imaginé, pu lire dans les récits des voyageurs, on le voit en vrai, l'on retrouve des lieux connus. Les quatre aquarelles de René Binet (1866-1911) sont une pertinente découverte au sein de cette exposition avec ses vues intérieures de la mosquée d’Omar à Jérusalem.  

L’Orient se fantasme de clichés qui s'imposent. L’artiste retranscrit des images qui plaisent et qui sont attendues : le minaret, la coupole, la mosquée, l'arc outrepassé, les palmiers que François-Pierre-Bernard Barry n’hésitera pas à inventer pour les Ruines des temples de Thèbes à Louksor comme le prouve une photographie de Félix Bonfils prise à la même époque, les hommes discutant, la porteuse d'eau, la femme et les enfants, le campement (Victor-Pierre Huguet), le désert, la danse, l’odalisque, les esclaves dans un exotisme répondant à un imaginaire occidental, éloigné de la réalité, construit de récits de voyageurs ou des Mille et une nuits traduites en 1704 nourrissant l’imaginaire.

 

Vue générale de l’exposition © musée des Beaux-Arts de Dijon / S. Rouillard.

Orient vu, Orient fantasmé. Orient totalement inventé sans en avoir foulé sa terre. Le sculpteur Emmanuel Frémiet n'a jamais fait le voyage en Orient mais il a regardé les animaux dans les ménageries, au cirque, au Museum de Paris. Comme Antoine-Louis Barye et Lion au serpent (c. 1845). S'il fit le voyage dans le nord de l'Afrique, Eugène Delacroix fréquenta également le Muséum et le Jardin des plantes. Même si le tigre est un animal asiatique, l'on retrouve ce félin dans la statuaire consacrée au nord de l'Afrique. Ce faux semblant du voyage en Orient, Auguste Raffet le retranscrit après documentations obtenues auprès d'officiers revenus d'Afrique pour visualiser une Histoire ancienne et moderne de l'Algérie (1843). Alexandre Colin imagine une Orientale et son enfant (1835), thème vendeur mais totalement créé dans son atelier parisien. Peu importe la réalité, ce qui importe c'est l'image d'un Orient qu'est en droit d'attendre l'amateur. Il n'ira pas vérifier la véracité de l'estampe, de la sculpture, du dessin ou de la peinture. Il croit ce qu'on lui vend.

Jean-Luc Moulène (1955), Abou Baker / Ouassim, Liba, Abded / Hadi, 2002. Cibachromes sur aluminium. Commande passée par le musée Niépce également à Ange Leccia, Patrick Tosani & Akram Zaatari. Galerie Chantal Croussel, Paris… à droite, premier plan, attribué à Henri Régnault (1843-1871), Portrait dit Tête de nègre, vers 1869. Huile sur toile © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2020.

Alexandre Colin (1798 -Paris- 1875), Orientale, 1835 (détail). Huile sur toile. Legs Alexandrine Dècle, 1896 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2020.

Le Grand Tour, voyage(s) d'artistes en Orient. 22 novembre 2019 - 9 mars 2020

musée des Beaux-Arts de Dijon Palais des ducs et des États de Bourgogne

21 000 Dijon

Commissariat Naïs Lefrançois, conservatrice, responsable des collections XIXe siècle, direction des musées de Dijon & Myriam Fèvre, responsable du cabinet d'arts graphiques, direction des musées de Dijon

Guide de visite offert au visiteur

Plaquette, 42 pages. 34 illustrations. Éditions du musée des Beaux-Arts. 7,90 €.

En parallèle de cette exposition, exposition Auguste Bartholdi en Orient (1855-1856), du 22 novembre 2019 au 8 mars 2020 au musée Magnin.

 

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