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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

place achetée

mardi 25 février 2020, première. 

 

Le ressenti d’un ennui à la fin des deux heures de cette représentation théâtrale de Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck dans la mise en scène de Julie Duclos. De suite, ces deux prénoms, ceux de Pelléas et de Mélisande s’accolent à l’opéra en cinq actes de Claude Debussy (1902) et non à la pièce en cinq actes de Maeterlinck (1893) tellement la musique a pris le pas sur cette pièce de théâtre.

Accepterait-on dans l’incandescence et l’impalpabilité de la musique de Debussy l’ajout de Sans bagages de Barbara et d’un chant tsigane ? Non. Robert Wilson en février 1997 à Garnier ou Jorge Lavelli en mars 1977, auraient-ils osé imaginer Mélisande – Alix Riemer en petite culotte et en tee-shirt ? Il suffit de relire ce qu’écrivait Rolf Libermann, confronté à Madame de Tinan, fille de la seconde femme de Debussy, lorsque l’Administrateur annonça son intention de confier à Lavelli - largement controversé pour son Faust de Gounod de 1973 - la mise en scène de Pelléas à Garnier. Quand cessera-t-on d’inclure des bruits, de la musique sur la magie du verbe, du mot ? Phèdre ou Bérénice seraient-elles crédibles par des adjonctions ? En 2018, à Berthier, l’adjonction d’extraits de Césarée, court métrage de Marguerite Duras (1979) sur les alexandrins de Jean Racine n’avait pas convaincu. www.lecurieuxdesarts.fr/2018/05/berenice-s-ensable-dans-un-amour-qui-ne-se-peut-odeon-theatre-de-l-europe.html

C’est ce que Julie Duclos, dans cette mise en scène créée en 2019 au festival d’Avignon, a enté dans " cette écriture étonnamment simple et concrète "  comme elle le précise dans son argumentaire […] La beauté de l’écriture tient à sa simplicité, à sa façon d’être en suspension permanente, comme pour laisser la place à ce qui n’est pas dit, laisser résonner ce qui vient d’être dit ". Heureusement que nous avons échappé à Golaud – Vincent Dissez en slip blanc ou noir, l’ADN de la contemporanéité absolue théâtrale ! Il garde son pantalon lorsqu'il est dans le lit. Et pourquoi ces dictions, à la limite de l’inaudible ? Cet usage de la sonorisation ?

 

Matthieu Sampeur, Alix Riemer © Simon Gosselin

Que retenir de ce Pelléas d’ennui ? Avant tout le plaisir d’entendre ce texte magique. La scénographie d’Hélène Jourdan et les lumières de Mathilde Chamoux, des portes ouvertes sur la subtilité des grisés du maître danois Vilhelm Hammershøi. Une atmosphère japonaise dans ces écrans mouvants. La belle idée du décor avançant ou reculant sur la scène recouverte de terre. L’interrogatoire d’Ynold – Sacha Huyghe par Golaud mais dommage qu’il soit filmé en direct et en gros plan. La scène du souterrain avec Golaud et Pelléas – Matthieu Sempeur, dans un éclairage minimaliste ou l’obscurité totale.

Une belle création visuellement. " Je ne suis pas heureuse " ne cesse de dire Mélisande. Identique constat du spectateur, malheureux lui aussi. Applaudissements courtois, aucune réaction pour cette première.

 

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Odéon-Théâtre de l'Europe, ateliers Berthier, 25 février 2020.

 

Maurice Maeterlinck Pelléas et Mélisande, création en 1893

mise en scène Julie Duclos

production Compagnie L’In-quarto

25 février – 21 mars 2020

Odéon-Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier 17e

avec Alix Riemer Mélisande

Matthieu Semper Pelléas

Vincent Dissez Golaud

Philippe Duclos Arkël, roi d’Allemonde, père de Geneviève

Stéphanie Marc Geneviève, mère de Golaud et de Pelléas

Émilien Tessier le médecin

Clément Baudoin Sacha Huyghe Eliott Le Mouël (en alternance) Yniold, fils de Golaud

Créé le 5 juillet 2019 au Festival d’Avignon à La FabricA

Texte intégral de la pièce à télécharger gratuitement sur https://libretheatre.fr/wp-content/uploads/2019/05/pelleasetmelisande_Maeterlinck_LT.pdf

 

 

 

 

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