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Publié par Gilles Kraemer

Une exposition, au thème consensuel de la nature, surfant sur l'air du temps, en des dates bien précises, commencée dans les derniers jours de l'automne 2019 et se terminant au lendemain du premier jour du printemps 2020. Comme un cheminement entre l'endormissement de la nature et son réveil.

Patrick Neu, Iris, 2002. Collection du Frac des Pays de Loire © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.     " Les fleurs ne constituent-elles pas les trois quart de la biodiversité végétale ? " tiennent à souligner Sixtine Dubly & Claire Jacquet, les deux commissaires de cette exposition présentée au Frac Nouvelle Aquitaine à la MÉCA, placée sous l'image de Narcisse, qui du ravissement de son image en perdit la vie, et sous celle de la floraison des mondes. 56 artistes et 93 œuvres nous convient à une promenade dans un jardin de 12 carrés sur l'immense plateau de ce Frac. N'y manque pas l'ineffable Jeef Koons, non celui des " onze anus colorés montés sur tiges " selon Yves Michaud www.nouvelobs.com/culture/20191005.OBS19360/les-tulipes-de-koons-onze-anus-colores-montes-sur-tiges.html mais celui du Split rocker.

A Bordeaux, c'est pas un bouquet de tulipes qui bourdonne actuellement, mais La Sapine de Carole Bîmes, déposée au sol, dans l'espace public de l'immense hall de la MÉCA.www.sudouest.fr/2019/12/24/bordeaux-la-sapine-de-noel-du-frac-fait-son-effet-69937  La Sapine" de Carol Bîmes, une invitation à repenser l'art au féminin © Céline Musseau. Une oeuvre éphémère représentant un sexe féminin. Le sapin de Noël, par sa connotation "érectile", n'est plus en faveur.

Le point de départ de l'exposition du Frac ?  Une œuvre simple et éphémère de Joachim Mogarra, reposant sur un protocole : celui de la composition laissée totalement libre d'un bouquet. Elle se trouve au milieu du parcours, entre " Cosmogonie " et " Politique de la métamorphose ".   

Salle de la Cosmogonie © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.

Martial Raysse, tel le maître de ces lieux, nous accueille, minuscule statue représentant l'artiste dans son atelier Hé !... Heez ! (2011-2013). Un pied-de-nez à notre temps où le peintre solitaire n'est pas de mise. L'époque n'est plus du portrait de la marquise du Châtelet, la scientifique, spécialiste de Newton, peinte par Marianne Loir (c. 1748), prêt du musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Cest celui du gigantesque Soliflor (2009) de Lionel Scoccimaro qui accueillera les géantes Viola alpina issues des immenses sachets de Jef Geys (2010), celui des 84 échantillons de terre de From Earth (2015) qu'Herman de Vries collecta.

Les fleurs s'épanouissent, deviennent les fragiles et arachnéennes aquarelles des Iris de Patrick Neu présentées à côté de la photographie-jeu de mots "Éros, c'est la vie" de  Rrose Sélavy (1921) selon Man Ray. 

Salle des Troubles du printemps, Alain Séchas au premier plan © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.    Attention, les fleurs savent aussi être dangereuses, nous rappelle l'immense "sculpture dessinée" d'Alain Séchas. Cette pièce - collection du Frac Nouvelle-Aquitaine - nous implique physiquement avec son bruit, celui des mâchoires des Fleurs carnivores qui claquent, ces fleurs-chevaux du Triomphe d'un empereur romain. Présenté également dans le vaste espace des " Troubles du printemps ", Pierre & Gilles Le désespéré (2013), un Narcisse très Gustave Courbet; l'espoir de la Résurrection aussi dans le langage des fleurs. Mais, cette symbolique chrétienne du narcisse et des fleurs n'est  pas sous-jacente dans cette exposition. 

Salle de La révolte des hortensias © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.    Salle très forte, celle si bien dénommée " La révolte des hortensias ", en renvoi à cette symbolique du mouvement après la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima. Au " printemps arabe " avec Majida Khattari et sa grande sculpture de céramique Hymne à la vie (2011). Aux mouvements sociaux avec Suzanne Husky et ses faïences " révolte " et sa tapisserie Dame à la licorne destructrice des forêts, à l'emblématique photographie de Marc Riboud de la fleur contre la guerre au Vietnam.

Camille Chaimowicz, A partial vocabulary, 1984-2008. Collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA  //  Ernest T. Le voleur de femme, 2002. Collection Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.    Si vous cherchez bien, vous trouverez un fruit dans l'exposition avec les tomates de Maya Andersson Paysage reflet. Le plat de tomates (2009). Face au divan, façon turc de Marc Camille Chaimowicz A partial vocabulary invitation à la contemplation, un pastiche du Douanier Rousseau selon Ernest T. Le voleur de femme (2002) ou les cinq Agaves de Jacques Vieille cachés derrière un store vénitien

Hicham Berrada (1986), Augures mathématiques, 2019. © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.    Hicham Berrada, la création devant nous, toujours un grand moment de poésie en regardant, regardant pour la ixième fois la magie des natures non figées, mais en mouvement, de ce jardinier des paysages aquatiques. Un " work in progress ", la tournure anglaise faisant mieux percevoir ce travail en action qui me captive. Ses " dessins " mouvants sont des paysages chimiques dont les pigments des couleurs sont des minéraux nourris d'acides ou de soude pure (1). Je n'en dirai pas plus de cet enchantement toujours absolu face aux œuvres d'Hicham, un des quatre artistes nommés au Prix Marcel Duchamp 2020. Toujours mon coup de cœur dans chaque exposition pour laquelle il crée une œuvre spécifique (2). 

Hugues Reip (1964), Eden, 2003 & Les cailloux, 2007. Impressions numériques sur plastique découpé © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2019, Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.    Dans la dernière salle, face à Narcisse de Jehan George Vibert (1864), la nature en émergence Eden d'Hugues Reip (2003).

Le nom d'Armand Clavaud (1828-1890), conservateur de la bibliothèque municipale botanique du Jardin des plantes de Bordeaux revient très souvent dans le catalogue. L'exposition présente une de ses planches pédagogiques à côté de deux fleurs de Pierre Joseph (2017), photographe jouant de son homonymie avec le " Raphaël des fleurs ". Si le peintre d'origine bordelaise Odilon Redon (1840-1916) qu'Armand Clavaud initia à la botanique est très présent dans le catalogue par son nom, pourquoi une de ses toiles - ceci se comprend pour les estampes et les pastels si fragiles - ne figure pas ici ? S'il manque une fleur dans cette évocation parfaite de la floraison des mondes, c'est lui.

Gilles Kraemer

envoyé spécial

Narcisse ou la floraison des mondes

07 décembre 2019 - 21 mars 2020

Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA (à dix minutes à pied de la gare)

33 800 Bordeaux

fracnouvelleaquitaine-meca.fr

Commissariat Sixtine Dubly, commissaire et journaliste & Claire Jacquet, directrice du Frac.

Catalogue. Notices des œuvres, dont la technique n'est pas indiquée, en corps de typographie excessivement minuscule. L'originalité du papier de couleur nuit à la lecture : encre marron sur papier vert pomme pour la préface de Bernard de Montferrand, encre bleu foncé sur papier violet pour la conversation entre les commissaires, encre rouge foncé sur papier vert émeraude pour le commentaire des œuvres présentées, sans oublier le rose et le bleu ardoise. 136 pages. Éditions Actes Sud / Frac Nouvelle Aquitaine MÉCA. 2019. Prix 29 €.   

(1) Page 101 du catalogue. L'installation d'Hicham Berrada Mesk-elli (son nom n'est même pas indiquée) ne se trouvait pas au palazzo Grassi mais à la Punta della Dogana, exposition Luogo e segni (24 mars-15 décembre 2019). L'œuvre que j'y ai vue n'était pas présentée dans une salle noire mais dans une salle ouverte sur la lumière. Un contre-sens difficile à comprendre, provoquant l'interrogation des visiteurs de la Punta. Je renvoie à cette installation si poétique exposée dans des conditions idéales, dans le sous-sol de la galerie kamel mennour www.lecurieuxdesarts.fr/2015/05/de-la-metamorphose-des-couleurs-et-des-odeurs-ou-la-poetique-mysterieuse-rencontre- & à La Sucrière, Biennale de Lyon 2015 www.lecurieuxdesarts.fr/2015/10/moderne-des-reponses-dans-un-de-senchantement-du-monde-la-13e-biennale-de-lyon- 

(2)  www.lecurieuxdesarts.fr/2019/12/nomination-des-quatre-artistes-du-prix-marcel-duchamp-2020.html 

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