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Publié par Gilles Kraemer

Une Creuse de Francis Picabia adjugée 960 000 €, prix marteau. Estimations largement dépassées. Pour ceux qui s'intéressent à l'École de Crozant, une nouvelle incroyable. Oui, Picabia a séjourné en Creuse, à Crozant. Un séjour qui a révolutionné l'histoire de la peinture ! Le sait-on suffisamment ? Cette peinture adjugée chez Artcurial  1 199 400 € frais inclus, mardi 3 décembre 2019, va-t-elle enfin donner un coup de projecteur sur l'École de Crozant ?

Francis Picabia (1879 - 1953), Paysage de la Creuse, circa 1912. Huile sur toile. Signée en bas à droite Picabia. H. 73,50 x  L. 92,50 cm.. Service presse Artcurial.

Estimation 400 000 / 600 000 €.

Provenance : Collection Gabrielle Buffet-Picabia, Paris; Rose Fried Gallery - The Pinacotheca, New York, circa 1950; Collection Lydia Winston Malbin, New York (acquis de Rose Fried en 1952); Vente New York, Sotheby's, 16 mai 1990, The Collection of Lydia Winston Malbin, lot 47; Collection Alain Lesieutre, Paris; Vente Paris, Etude Briest, 24 novembre 1992, lot 42; Collection particulière, Bruxelles

Expositions : Paris, Galerie René Drouin, 50 ans de plaisir, mars 1949, n°7; New York, Rose Fried Gallery, The Pinacotheca, Picabia, février - mars 1950, n°1; New York, Rose Fried Gallery, The Pinacotheca, Marcel Duchamp and Francis Picabia, décembre 1953 - janvier 1954, n°1; Ann Arbor, The University of Michigan Museum of Art, 20th Century Painting and Sculpture from the collection of Mr and Mrs Harry Lewis Winston, 1955, n°50; Detroit, Detroit Institute of Arts, Collecting Modern Art-Paintings, Sculpture and Drawings from the Collection of Mr and Mrs Harry Lewis Winston, septembre - novembre 1957, n° 80; New York, The Solomon R Guggenheim Museum, Francis Picabia, A Retrospective Exhibition, septembre- décembre 1970, n°21; Detroit, Detroit Institute of Arts, Selctions from the Lydia and Harry Lewis Winston Collection, 1972-1973; New York, The Solomon R Guggenheim Museum, Futurism: A Modern Focus, The Lydia and Harry Lewis Winston Collection, 1973-1974, n°76; Paris, Galerie Daniel Malingue, Maîtres Impressionnistes et Modernes, octobre - décembre 1990,  n°14 :

Bibliographie : P. Pearlstein, The Symbolic Language of Francis Picabia, in Arts, New York, volume XXX, n°4, janvier 1956, reproduit p.41; G. Buffet-Picabia, Aires Abstraites, Pierre Cailler Editeur, Genève, 1957, reproduit pp.26 et 27; W.S. Rubin, Art Dada et Surréaliste, Seghers Editeur, Paris, 1972, n°24, reproduit p.45; Catalogue de l'exposition Francis Picabia, Mezzo secolo di avanguardia, Turin, Galleria Civica d'Arte Moderna, 1975, n°32, reproduit p.41; Catalogue de l'exposition Francis Picabia, Paris, Galerie Nationale du Grand Palais, 1976, p.59; W. A. Camfield, Francis Picabia, His Art, Life and Time, Princeton University Press, Princeton, 1979, reproduit planche 54, p.32; M.L. Borras, "Picabia", Albin Michel, Paris, 1985, n°116 p.506, reproduit en noir et blanc fig.224 p.126; W.A. Camfield, B. Calté, C. Clements, A. Pierre, P. Calté, Francis Picabia, Catalogue raisonné, volume I, 1898-1914, n°435, reproduit en couleur p.328. 

Toile et châssis d'origine. 

 Francis Picabia, détail de Paysage de la Creuse, circa 1912 © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer,

Difficile de dire ce que ce tableau représente exactement. Le site de la Sédelle, une petite rivière (à truites), affluent de la Creuse, largement représenté dans les toiles d'Armand Guillaumin (1941-1927) qui peignait entre le Moulin de la Folie et le Pont Charraud ? Plutôt la campagne autour de Crozant ? Elle est très proche de L'Arbre rouge (1912) conservé au Centre Georges Pompidou, de dimensions presque identiques (92 centimètres de haut par 73 centimètres de large).   

Je me reporte largement au catalogue de l'exposition Les maîtres de la Creuse - Chefs d’œuvres de l'École de Crozant-Gargilesse, 1830-1930, à Dun-le-Palestel en Creuse (29 juin-14 septembre 1997), commissariat de Christophe Rameix (non cité dans la bibliographie de cette vente). Réunissant 70 peintures, dans une salle que je connus cinéma, de Victor Dupré à Othon Friesz, de Guillaumin à Léon Detroy. Dans cette petite ville de 1 200 habitants Christophe Rameix avait réussi le pari de faire venir Les Ravins de la Creuse (1889) de Claude Monet, prêt du Musée des beaux-arts de Reims, représentant le confluent de la Petite Creuse et de la Grande Creuse à Fresselines, village à quelques kilomètres de Crozant.

Francis Picabia, Bords de la Sédelle, 1909. Huile sur toile. 69 x 88,3 cm.. Signé et daté en haut à droite © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2019, exposition Peindre dans la vallée de la Creuse 1830 1930, Atelier Grognard, Rueil-Malmaison.

Et, plus incroyable encore, le Centre Georges Pompidou - musée national d'Art Moderne - Centre de création industrielle avait consenti l'exceptionnel prêt des Bords de la Sédelle. 

Francis Picabia effectua plusieurs séjours à Crozant, à l'hôtel Lépinat entre 1909 et 1912. A l'été 1909, il vint avec sa femme Gabrielle, enceinte de leur premier enfant. Il faut imaginer le couple débarquant dans ce petit village creusois, venu en voiture de sport. Ceci dut créer quelques surprises dans la colonie de peintres. Lors de ses séjour, Picabia ne rencontra pas Guillaumin.

En 1910, Marcel Duchamp et Jacques Villon organisent une exposition à Rouen; ils y présentent les Creuse de Picabia. 

Je renvoie à plusieurs écrits de Christophe Rameix. D'abord l'ouvrage capital, celui de L'École de Crozant. Les peintres de la Creuse et de Gargilesse 1830-1950 (éditions Lucien Souny, juin 1991). Il s'agit de la première publication consacrée uniquement à cette École, aussi importante dans l'histoire de l'art que le furent celles de Pont-Aven ou de Fontainebleau. 

En second, à son article Picabia à Crozant paru dans les Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse (1990).

En troisième à Impressionnisme et postimpressionnisme dans la vallée de la Creuse (éditions Christian Pirot, 2012). Sur une exceptionnelle photographie (reproduite page 113 dans ce dernier ouvrage), " Picabia pose dans son atelier parisien entouré de paysages de la Creuse. On reconnaît sur le chevalet Paysage de la Creuse, titrée par le peintre lui-même et daté postérieurement 1912. Au sol, Le Torrent est aussi vraisemblablement une vue de Crozant "(photographie en noir et blanc. Comité Picabia. Cliché Comité Picabia).  

Pour mémoire, un tableau de Creuse de Picabia passa à Drouot-Richelieu le 6 novembre 1998, étude Claude Boisgirard, André Schoeller et Christophe Zagrodkzi experts. Cette huile sur toile, signée en bas à gauche, 53,2 x 64,6 cm. fut adjugée 207 000 francs.

Un souhait maintenant ! Un musée parisien - Petit Palais ou Orsay - ne pourrait-il pas programmer une exposition consacrée à l'École de Crozant en 2027 et à Armand Guillaumin ? Le motif tout trouvé est celui du centenaire du décès d'Armand Guillaumin, peintre impressionniste, fauve avant les fauves avec ses toiles d'Agay, auquel aucune institution parisienne n'a consacré une rétrospective ! Le nom de Guillaumin n'est-il pas gravé dans le marbre, au Petit Palais, en temps que donateur ! 

Je renvoie à l'exposition pertinente Peindre dans la vallée de la Creuse 1830-1930, Atelier Grognard, Rueil-Malmaison, du 1er février au 26 mai 2019, commissariat scientifique de Véronique Alemany. Parmi les peintures exposées, Bords de la Sédelle du Centre Pompidou était présenté (catalogue, pages 158 et 159). 

Gilles Kraemer

Vente Impressionniste et Moderne I

Mardi 3 décembre 2019

Artcurial - Paris

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