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Publié par Gilles Kraemer

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à titre personnel à Avignon

 

Le Festival ¡ Viva Villa ! naît en 2016 sous l’impulsion commune de trois résidences artistiques françaises hors hexagone : la Villa Médicis-Académie de France à Rome, la Villa Kujoyama à Kyoto & la Casa de Velázquez à Madrid.

 

à gauche Cédric Le Corf; à droite Léonard Martin, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

Pour son 4e rendez-vous ¡ Viva Villa ! est accueilli dans un très beau lieu, celui de la Collection Lambert à Avignon, , dirigé par Alain Lombard - ex-secrétaire général de la Villa Médicis - dans un croisement de disciplines et de dialogues, " après avoir jeté l'ancre dans le port de Marseille pour sa troisième édition " comme le souligne Stéphane Gaillard, secrétaire général de la Villa et directeur par intérim de cette institution.

 

Charlotte Fouchet-Ishii, Michel Bertrand & Stéphane Gaillard © photo Le Curieux des arts, présentation presse de ¡ Viva Villa ! et de l'exposition La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

Depuis le départ du Pincio de Muriel Mayette-Holtz le 15 septembre 2018, que se passe-t-il pour que le grand bureau directorial donnant sur la coupole de Saint-Pierre soit vide ? Le délai de réflexion de plus de treize mois - nous sommes aujourd'hui le 31 octobre 2019 -, est-il insuffisant pour désigner le titulaire de la Villa parmi les nombreux candidats entendus ? Ou le ministre, Franck Riester, est dans l'attente d'un feu vert ? Cette incertitude accentue quotidiennement l'image, en France et à l'étranger, que les autorités politiques et culturelles accordent à la création contemporaine de notre pays, à la défense et à la diffusion de celle-ci. Nos amis italiens si attachés à ce lieu magique romain, et à tout ce qu'il a véhiculé depuis le brillant directorat de Balthazar Klossowski, doivent sourire. Dans un temps où Claudia Ferrazzi, conseillère chargée de la culture et des médias au cabinet du président depuis 2017, ex-secrétaire générale de la Villa, va quitter l'Élysée mi-novembre 2019.  

 

Pour Charlotte Fouchet-Ishii, directrice délégué de la Villa Kujoyama, son institution est " un laboratoire de la recherche artistique évoluant sans arrêt, dans un dialogue avec des propositions influencées par ce lieu japonais ". Selon Michel Bertrand, directeur de la Casa, " cette exposition apporte une réponse à la question de savoir ce que l'on fait dans une résidence publique financée par la communauté ".

"Cette immersion dans un monde mouvant en pleine mutation, la présence fragile et menacée du monde végétal et animal, l’obsession écologique mais aussi l’appréhension contemplative du paysage, l’affirmation chaque jour plus évidente d’un présent anthropocène mais aussi la question de la mémoire, de la culture et du politique sont au cœur de la pensée et des œuvres des pensionnaires et lauréats des trois résidences " souligne Cécile Debray, commissaire de ce Festival. Son titre ? La fin des forêts, emprunté à la prochaine création du chorégraphe-danseur Benjamin Bertrand, actuel lauréat de la Villa Kujoyama.  

 

Ange Leccia, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

 La vidéo d'Ange Leccia, "figure tutélaire" - ancien pensionnaire à Rome en 1981-1983, à Kyoto en 1992 - fut le point de départ de ce parcours en cinq voyages ou promenades offert à cette génération de 49 créateurs : Présent anthropocène/Effondrement, Imaginaires écologiques/Herbiers, Rémanences/Vestiges, Mémoire d’éléphant, Anamorphoses. dans des disciplines différentes, de la typographie à la composition musicale, du design à la littérature, de la danse à la peinture, de la sculpture à la vidéo. Et seulement deux historiens de l'art. Tel "un passage à témoin", Ange Leccia a re-créé sa vidéo Les pins de la Villa Médicis (1981) dans un côté optimiste, lyrique, une aspiration vers le haut, en introduction de l'exposition pour "une ascension poétique". Sa vidéo est une vue si caractéristique et emblématique de la Villa avec ses pins centenaires du jardin et du bosco dont nombre fut abattu par la tempête de février 2019. " Signe brutal et fédérateur, les cimes ancestrales de ces arbres disparus projettent leur ombre mélancolique, inspirante et tutélaire sur l'édition 2019 de ¡ Viva Villa ! " rappelle Cécile Debray en introduction du catalogue. 

 

Thomas Lévy-Lasne, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

Gaëlle Gabillet & Stéphane Villard fascinés par les fresques, les fausses perspectives, les faux marbres créent des anamorphoses autour de troncs de chêne peints. Thomas Lévy-Lasne, dans sa maîtrise parfaite de la peinture traditionnelle, avec un zeste de décalage, nous promène entre bambouseraie, nature reconstituée dans une serre faisant songer à Soleil vert (1973) dont l'action se déroule en ... 2022 et Auschwitz dans une interrogation de notre histoire et de notre devenir. Dans sa peinture sur le camp de la mort, il y remémore le tragique, l'impardonnable mais la nature a repris ses droits. Les arbres se moquent bien du lieu où ils poussent.

 

à gauche Yann Lacroix; à droite Thomas Lévy-Lasne, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019.  

Yann Lacroix (1986), dans une touche très fine, par effleurement, poses successives, nous entraîne dans des paysages où le diaphane et l'imperceptible règnent. Du très bel ouvrage, réfléchi, sincère. Un retour à la pureté de la peinture avec Thomas Lévy-Lasne. Comme Thomas, voici un parcours sincère aussi à suivre pour Yann présent au Salon de Montrouge en 2018.

 

Clément Verger, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019.  

Clément Verger avec ses forêts d'eucalyptus de Madère et du Portugal, photographie quelques unes des 700 variétés de cet arbre dont les tirages se font sur du papier eucalyptus. Les photographies de Cabo da Roca, pointe extrême du Portugal, le point le plus occidental de l'Europe continentale, sont allusifs aux voyages, au retour, à l'arrivée.

 

Marie Bonnin, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

Dans un jeu de transparence de ses eaux-fortes sur papier chinois ou calque, Marie Bonnin joue de leurs superpositions pour donner à voir autre, autrement, à partir de son travail autour de l'écriture de Julien Gracq et Un balcon en forêt. Dommage que la gravure soit si peu représentée chez les pensionnaires ! Trois artistes défendent encore l'estampe avec Sylvain Konyali - série de ses Autoportraits - et Cedric Le Corf, tous trois de la Casa ! La Rome de Piranèse n'inspire-t-elle plus les candidats de Médicis ?

 

Cédric Le Corf, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019.  Grande force de Cédric Le Corf avec son bois sculpté, Justa, un cheval couché, dans un dialogue avec les anciens, Gros, Géricault, La Bataille d'Anghiari de Leonardo, les contemporains Berlinde de Bruyckere, Baselitz ou Markus Lupertz. Magnifique, puissant, ce bois de chêne polychrome, attaqué à la tronçonneuse et terminé à la gouge. Les xylographies allemandes sont fortement présentes dans Justa III, une planche de bois gravé et polychrome de plus de trois mètres de long renvoyant au Passage de la mer Rouge de Tiziano. Avec de tels mentors et un respect des maîtres, c'est un autre parcours à suivre.

 

Léonard Martin, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

 Dans la même salle, dans un beau dialogue autour de la bataille, des chocs frontaux des armées, Léonard Martin avec Picrochole - Le Rêve de Paul, une revisitation des trois peintures de Paolo Uccello : la Battaglia di San Romano (vers 1456), par une vidéo et des marionnettes géantes. Léonard a poursuivi sa réflexion sur Paolo à la 15e biennale de Lyon (jsqu'au 5 janvier 2020) en présentant une immense structure gonflable, La Mêlée, poursuivant sa pratique autour d'un dessin qu'il imagine maintenant en mouvement.

 

Marine Delouvrier, in situ de l'exposition © photo Le Curieux des arts, La fin des forêts, collection Lambert, octobre 2019. 

 Marine Delouvrier, par ses huiles, aquarelles et fusains, d'une grande et belle maîtrise - elle n'a que 28 ans ! - interroge l'image d'un territoire, celui de la Sierra Norte de Guadalajara, au nord-est de Madrid, lieu abandonné suite à la construction d'un barrage et la plantation d'une forêt. À suivre.

 

Entretien avec Ange Leccia. Questions - réponses.

Le directeur ? Jean Leymarie qui nous laissait toute initiative dans notre travail. Il succédait à Balthus qui conservait toujours son atelier à la Villa. Mon atelier ? Celui de Ingres. Celui de Berlioz. 

Votre séjour romain ? Un temps de réflexion, très introspectif, dans cette relation avec la Villa. Ce lieu fermé me convenait parfaitement pour explorer. J'avais 29 ans.

Vos inspirations pendant ce séjour ? Titien. Velázquez. Caravage à Saint Louis des Français. Tout en fréquentant Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto, les artistes de l'Arte Povera. Achille Bonito Olivia le théoricien. Cy Twombly. 

Votre vidéo Les pins de la Villa Médicis ? Par cette nouvelle démarche, en avance sur son temps, je ne regardais pas avec les yeux mais à travers l'objectif de la caméra, medium de la modernité. Ce film, en plan fixe, réalisé sur plusieurs mois, je l'ai revu en 6 parties pour Avignon Dans des teintes passées, délavées, dans une conjugaison entre l'antiquité et la modernité, toutes ces mises en abyme se juxtaposent dans la réunion des espaces temps.

 

les citations sont extraites de l'entretien que nous avons eu, à Avignon, avec Cécile Debray & Ange Leccia.

 

¡ VIVA VILLA ! La fin des forêts

11 octobre-10 novembre 2019

Collection Lambert - Avignon

Commissariat de Cécile Debray assistée d'Assia Quesnel

Catalogue. 192 pages. Sous la direction de Cécile Debray. Nombreux textes dont ceux d'Aurélien Bellanger (Thomas Lévy-Lasne), Stéphane Guégan (Cédric Le Corf) ou Pauline Lafille (la Battaglia di San Romano d'Uccello).

vivavilla.info

 

Avec André Baldinger, Giovanni Bertelli, Sasha J. Blondeau, Miguel Bonnefoy, Marie Bonnin, Carlos de Castellarnau, Seydou Cissé, Marion Delarue, Marine Delouvrier, Rebecca Digne, Frederika Amalia Finkelstein, Gaëlle Gabillet & Stéphane Villard, Christophe Galati, Hélène Giannecchini et Stéphanie Solinas, Lola Gonzàlez, Emmanuel Guillaud & Takao Kawaguchi, François Hébert, Hippolyte Hentgen, Clara Iannotta, Fernando Jiménez, Sylvain Konyali, Stéphanie Lacombe, Yann Lacroix, Pauline Lafille, Mathilde Lavenne, Cedric Le Corf, Thomas Lévy-Lasne www.lecurieuxdesarts.fr/2019/04/entretien-avec-thomas-levy-lasne-pensionnaire, Mathieu Lucas, Thierry Machuel, Léonard Martin www.lecurieuxdesarts.fr/2019/04/entretien-avec-leonard-martin-pensionnaire, Marta Mateus, Naomi Melville, Simon Moers & Tomoe Kobayashi, Camille Mutel, Nach, Carla Nicolás, Andrés Padilla Domene, Martine Rey, Lili Reynaud-Dewar, Samy Rio, Olivia Rosenthal, Sandrine Rozier, Arnaud Rykner, Riccardo Venturi, Clément Verger.

 

Et la participation amicale de Ange Leccia. La fin des forêts sera créée cet hiver 2019-2020 au Théâtre auditorium de Poitiers. www.lecurieuxdesarts.fr/2018/06/vingt-residents-a-la-villa-kujoyama-en-2019-kyoto

www.lecurieuxdesarts.fr/2019/08/nomination-de-muriel-mayette-holtz-a-la-direction-du-theatre-national-de-nice-cdn.html

 

 

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