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Publié par Gilles Kraemer

 

Faudrait-il se rendre à Venise pour entendre des chanteurs enfin... compréhensibles en italien ? Sebastian Catana, Scarpia, roumain, Cristian Saitta, Angelotti, roumain, Azer Zada, Mario, Cavaradossi, azerbaïdjanais, diction parfaite pour tous les trois. Nul besoin de sous-titres.

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto III © Michele Crosera.

Si l'on ajoute la Floria Tosca de Chiara Isotton, cette Tosca fut d'un pur éblouissement dans l'écrin acoustique absolu de La Fenice résonnant sous la direction énergique et dynamique de la baguette subtile de Daniele Rustioni. Directeur musical de l'opéra de Lyon, il dirigea Tosca cet été 2019 à Aix-en-Provence dans la mise en scène controversée de Christophe Honoré qui sera reprise en janvier 2020 à Lyon.

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto I © Michele Crosera.

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto I © Michele Crosera.

Tout était en place pour ce melodramma in tre atti, déclencheur de toutes les passions lyriques trans-alpines. Ça passe ou ça casse.

Reprise de la mise en scène de Serena Sinigaglia, imaginée pour La Fenice en 2014, pour le 90ème anniversaire de la mort du maestro dans le décor déstructuré de Maria Spazzi. Point ironique, pourquoi le palais Farnese est-il meublé d'un fauteuil "Voltaire" alors que Scarpia positionne dès le début Cavaradossi comme voltairien et amant de Tosca, deux qualificatifs fortement négatifs pour le peintre, ne pouvant qu'exacerber la haine du baron devant lequel tout Rome tremble ? Fort heureusement que Scarpia et Spoletta ont abandonné leurs ridicules perruques Louis XIV et Louis XV, à l'acte II, dont ils furent affublés en 2014. Ne sont-ils pas porteurs de la violence et de la brutalité d'un monde finissant, face à un autre naissant qu'ils abhorrent, enfant de la Révolution française, celui de la passion et de l'imagination, celui des deux amants artistes. 

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto II, Sebastian Catania © Michele Crosera.

Ne vous attendez pas à retrouver les fastes de la Rome baroque de San Andrea della Vigna, le grand bureau de Farnese, le castello San Angelo. C'est plutôt l'inverse dans la radicalité de ce paysage de désolation dans lequel les deux amants se débattent. Le décor de Tosca s'ouvre par deux grandes failles zébrant le sol en pente, comme la trace du tremblement de terre annonciateur de la victoire du général corse à Marengo en 1800, la cappella degli Attaventi se réduit à une sordide grille rouillée et, la statue de la Madone est bien ridicule. Les rochers commencent à prendre possession d'un plancher soulevé de toutes parts, nœud du labyrinthe de la passion brutale de Scarpia pour Floria pour se terminer par la plate-forme du château Saint-Ange avec des soubassements de ruines.

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto II, Sebastian Catania © Michele Crosera.

Décors des plus simples sublimés par les lumières d'Alessandro Verazzi, de chaude pour les amants à celle glaciaire à la Caspar David Friedrich et à son tableau La mer de glace.

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto III © Michele Crosera.

Tosca © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, 12 septembre 2019.

Drame de la passion qui finit mal, par la mort des deux amants qui se sont battus pour la liberté mais vaincus par le pouvoir policier d'un ancien monde moribond. Direction subtile de raffinement, de précision, de justesse de Daniele Rustioni accompagnant les chanteurs. Quel plaisir d'entendre enfin une Tosca touchant aux sentiments.

Fondazione Teatro La Fenice, Giacomo Puccini, Tosca. Direttore Daniele Rustioni, regia Serena Sinigaglia, scene Maria Spazzi. Atto I Chiara Isotton et Azar Zada © Michele Crosera.

Chiara Isotton, déterminée et d'une totale crédulité si ce n'est l'imperceptible respiration avant Vissi e d'amor, non feci mai male ad anima viva !. Quelle passion n'éprouve-t-elle pas pour son Mario, qu'elle défend jusqu'à l'ultime ? Ceci se perçoit, se respire, le souffle et les soupirs de son amour sont là.  Azar Zada, voix d'une belle projection dès le début, d'une grande présence. Sebastian Catana laissant transparaître tout le sadisme et les intentions de haine de Scarpia. 

 Cristian SaittaMatteo FerraraCristiano Olivieri et Armando Gabba sont parfaits dans les autres rôles. 

Caldi applausi per gli interpreti dei ruoli principali e per il direttore. 

Tosca. Azer Zada, Chiara Isotton, Daniele Rustioni, Sebastian Catana © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Venise, 12 septembre 2019.

Gilles Kraemer

jeudi 12 septembre, place presse

déplacement et séjour à Venise à titre personnel

 

Puccini Tosca

melodramma in tre atti, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d'après le drame La Tosca de Victorien Sardou

Direction Daniele Rustioni & Marco Paladin (6 et 19/9)

Orchestra e il Coro del Teatro La Fenice

Mise en scène Serena Sinigalia

Décors Maria Spazzi

Costumes Federica Ponissi

Lumières Alessandro Verazzi 

Floria Tosca soprano Chiara Isotton

Mario Cavaradossi ténor Azer Zada

Scarpia bariton Sebastian Catana

Cesare Angelotti basse Cristian Saitta

le sacristain basse-baryton Matteo Ferrara

Spoletta ténor Cristiano Olivieri

Sciarrone baryton Armando Gabba

jeudi 19 septembre 2019 dernière des cinq représentations  

 

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