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Publié par Antoine Prodhomme & Gilles Kraemer

Antoine Prodhomme

déplacement et séjour à titre personnel. 

 

 

Il y a juste un siècle, André Masson (1896-1987), accompagné de Maurice Loutreuil, quitte Paris pour le pays catalan. Ils séjourneront à Collioure puis, en mars 1919, s'installeront à Céret sur les contreforts du mont Ventous. Il a 23 ans. Il est blessé de guerre, touché à la poitrine par un obus au chemin des Dames. 

 

André Masson, Paysage à Collioure, 1919. Huile sur toile. 46 x 65 cm.. Musée d'art moderne, Fonds Peské, Collioure © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret.

Il restera un an à Céret, retournant à Paris avec Odette Cabalé, une cérétane d'adoption qu'il a épousé. Il ne reviendra plus jamais dans cette ville - excepté Perpignan en avril-juin 1929 -, la "Mecque du cubisme", toute vibrante avant la Grande guerre des séjours de Picasso, Braque, Juan Gris, Auguste Herbin. S'il y rencontre Krémègne et Chaim Soutine, il n'entrera pas en relation avec Auguste Herbin revenu à Céret en mai 1919. Masson travaillera aussi comme décorateur de céramique à Prades, d'où ce clin d'œil du plat rond de La Cueillette des cerises à Céret, cette ville étant par tradition lieu des premières cerises.

 

André Masson, La cueillette des cerises à Céret, 1920. Plat en céramique. Diamètre 28 cm.. Musée d'art moderne, Céret © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret.

Célébrant le centenaire de ce séjour, le musée de Céret lui consacre une exposition, parcours thématique avec 130 œuvres, de 1919 à 1968, de Céret (1919) prêt d'une collection privée à Fantasmes des dunes de Texel (1968) du musée d'art moderne de la Ville de Paris. Comme fil conducteur, la nature et la mythologie de Mythologie de l'être et Mythologie de la nature, deux poèmes du peintre et sculpteur apparaissant comme " une clé pour entrer dans l'œuvre d'un artiste érudit et dont la peinture devait canaliser la violence d'être ". Le paysage étant l’un des thèmes majeurs de la collection du musée catalan, la nature et une vision mythologique chez André Masson sont le fil conducteur de cette exposition, dans le sentiment dionysiaque qui accompagna André Masson.

Il vécut - obéissant à un médecin lui donnant le conseil de ne plus jamais habiter dans les villes - dans un "vagabondage" de quarante demeures propice à " une discontinuité dans la production picturale, une régénération - serait plus juste de dire - que Masson revendiquait" soulignent les commissaires de l'exposition Nathalie Gallissot & Jean-Michel Bouhours.

Le pourquoi de cette errance ? Blessé au Chemin des Dames pendant la Grande guerre, un médecin lui dit : " N’habitez plus jamais les villes ! ", prescription qu'il suivit. Une itinérance entre France, Espagne, un passage en Martinique où il retrouve André Breton, Wilfredo Lam et Claude Lévi-Strauss en 1941, ayant fui la France, États-Unis puis retour en France en octobre 1945.

La famille Masson s'installe au Tholonet, en terre cézannienne en 1946. De l'enfant d'Aix-en-Provence, de Paul, du maître de la Sainte Victoire, il ne peut taire l'influence fortement présente dans ses cinq paysages de Céret présentés ici (sur les huit paysages peints dans cette ville) ni le cadrage de Collioure, haut lieu du fauvisme.

 

André Masson. à gauche Dormeur, 1931. Belfort, Musée d'art moderne - Donation Maurice Jardot // à droite Cour de ferme II ou Le coq, 1930. Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret.

Une unique salle pour son séjour à Céret puis le mouvement surréaliste ponctué de brouilles avec André Breton mais une amitié durable avec " le pape " de ce mouvement. Apparitions des dessins automatiques ou spontanés puis la série des douze tableaux de sable réalisés en 1927 en jetant sur la toile ce matériau, une sublimation du hasard du geste dans la gestation créatrice. Pratique que l'on retrouve, poétique, dans Le Fond de la mer (1937), hommage à Botticelli dans cette inclusion d'algues et d'une coquille saint-Jacques.

Retour en arrière sur les grands maîtres anciens avec le regard porté sur Nicolas Poussin, non celui de la nature mais celui de la violence de L'Enlèvement des Sabines (1634) comme une évocation des tumultes personnels alors qu'il entretient une liaison difficile avec Paule Vézelay. Enlèvement (1931) et Captives (1932) expriment dans des heurts de couleurs ce qu'il vivait dans sa chair.

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret, section André Masson : Espagne 1934 - 1936.

Il part en Espagne avec sa nouvelle compagne Rose Maklès en 1934. Divorcé, il l'épouse en décembre de la même année à Barcelone, Jacques Duthuit et Joan Miró seront les témoins. Ils resteront en Espagne jusqu'en novembre 1936. Son Don Quichotte, sa Sierra aragonaise en portent le souvenir mais surtout ses Insectes matadors qu'il qualifie de " rêverie, de chose rêvée, qui me distrait de tableaux plus graves ", plus une danse dans l'espace et les cieux que sa Corrida (imaginaire) mais bien réelle avec le cheval du picador attaqué par le taureau. 

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret, section Contre l'image, de nouvelle fêtes.

Après les paysages anthropomorphes dans une veine de mythologies, son séjour dans le Connecticut lui ouvre l'éventail de l'estampe - non présentée ici - lorsqu'il travaille dans l'atelier 17 du grand Stanley W. Hayter. Peinture dans une autre approche, beaucoup plus gestuelle. Libération de l'espace lorsqu'il reviendra en France après la seconde Guerre mondiale.

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret.

 

 

 

André Masson, une mythologie de l'être et de la nature

22 juin - 27 octobre 2019

Musée d'art moderne de Céret - Pyrénées Orientales

Catalogue. 224 pages. Co-édition Musée de Céret / Édition SilvanaEditoriale. Prix 30 €.

Cette exposition a reçu le label Exposition d’intérêt national en 2019

Prochaine exposition annoncée : Joan Miró.

Au sujet de l'extension du musée project-iles.net/projets/extension-du-musee-d-art-moderne-de-ceret  &  www.musee-ceret.com/

 

© Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, vue de l'exposition André Masson au musée d'art moderne, Céret.

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