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Publié par Gilles Kraemer

 

Djamel Tatah (1959), Wood 0113, 2013 (détail). Bois gravé et lithographie. 250 x 133 cm.. Édition à 14 ex.. Imprimeur Atelier Michael Woolworth - Julien Torhy et Michael Woolworth © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des Beaux-Arts, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines.

 

Trente-six artistes présents dans les espaces des salles d'exposition. De Vito Acconci à Djamel Tatah, de Georg Baselitz à Pierre Alechinsky, de Jean-Charles Blais à Eduardo Chillida, d'Alain Jacquet à Jannis Kounellis, de Markus Lüpertz à Agathe May, de Jean-Michel Othoniel à Luciano Fabro ou Antoni Tàpies.

 

Vue de l'exposition avec au centre José Maria Sicilia (1954), Somos un pozo que mira el cielo, 2003-2004. Lithographie sur 84 carreaux de plâtre. 900 x 300 cm., oeuvre unique. Imprimeur Atelier Michael Woolworth - Daniel Clarke et Michael Woolworth  © photo service de presse du musée des Beaux-Ats de Caen, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines.

Il a fallu pousser les murs, laisser le sol libre pour José Maria Sicilia - sa lithographie imprimée sur 84 carreaux de plâtre, Somos un pozo que mira el cielo, 900 x 300 cm., 27 m² qui dit mieux, une prouesse conçue sur les presses de l'atelier de Michael Woolworth ! - et surtout que les murs grandissent pour que l'estampe se dévoile en format supérieur. Au format XXL comme le souligne sobrement, simplement, le titre direct de l'exposition remarquable que Caroline Joubert consacre à l'estampe monumentale au musée des Beaux-Arts de Caen mba.caen.fr

L'on dira que ceci est normal dans cette institution qui défend depuis vingt ans l’estampe contemporaine et ses artistes tels José Maria Sicilia (2000), Antonio Saura (2001), Georg Baselitz (2003), Jaume Plensa (2004), Jim Dine (2007) ou plus récemment François Morellet (2015). Mais il faut bien le (re)souligner, pour cette institution riche d’un important fonds de gravures anciennes dont les 50 000 estampes de la collection Mancel léguée au musée en 1872 avec... Dürer, Callot, Rembrandt, Tiepolo, Piranèse..., dans le cas présent le normal a été dépassé pour atteindre la sidération du XXL

La démesure de la feuille imprimée n'est pas chose récente. Pensons aux huit bois gravés du Triomphe du Christ du Titien imprimé vers 1580, 260 cm. de long. À la Vue de Venise à vol d'oiseau de Jacopo de' Barbari, 1500, mesurant 135 sur 280 cm. dont les six bois de poirier sont visibles au musée Correr à Venise. Aux douze bois gravés du Passage de la Mer Rouge du Titien, vers 1514, 120 sur 220 cm.. Mais, il s'agissait à l'époque de planches raboutées pour constituer une estampe.

 

Djamel Tatah (1959), Wood 0113, 2013. Bois gravé et lithographie. 250 x 133 cm.. Édition à 14 ex.. Imprimeur Atelier Michael Woolworth - Julien Torhy et Michael Woolworth © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des Beaux-Arts, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines.

Aujourd'hui, l'impossible est possible, dans cette contrainte que l'artiste propose au taille-doucier ou au lithographe, tireur de l'estampe. Les dimensions des feuilles sont presque illimitées alors que ceci ne l'était pas au temps de la Renaissance. Pour Djamel Tatah, une commande sera passée à l'usine de papier pour que celle-ci sorte des feuilles d'une largeur maximale de 133 cm.; l'atelier Woolworth, encore lui, largement à l'honneur dans cette exposition, imprimera une planche de 250 cm., Wood 0113, la plus grande jamais réalisée dans cet atelier.

 

 

Jean-Michel Othoniel (1964) Black Lotus, 2017. Impression lithographique sur toile recouverte d'or blanc. Oeuvre unique. Éditeur Jean-Michel Othoniel. Imprimeur Atelier Michael Woolworth - Marc Moyano, Julien Torhy et Michael © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des Beaux-Arts, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines.

Les limites du (im)possible sont dépassées dans cette entente cruciale entre le concepteur et l'artisan qui donnera vie à son idée. Sans l'atelier de l'imprimeur rien ne serait possible car c'est lui, répondant au souhait de l'artiste, qui inventera une nouvelle technique pour imprimer. Michael Woolworth, imprimeur, "toujours sous pression" se plait dans ces "œuvres inattendues, extravagantes, déraisonnables [...] Plus qu'un caprice, réaliser des planches en formats surdimensionnés est devenu chez moi un mode de vie, un besoin". 

 

 

Jean-Charles Blais (1956), Panoply, 2000. Lithographie sur caoutchouc. 140 x 55 cm.. Épreuve d'atelier. Éditeur et imprimeur Franck Bordas © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des Beaux-Arts, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines.

Michael Woolworth accepte le pari de Jean-Michel Othoniel d'imprimer Black Lotus sur de la toile recouverte au préalable de feuilles d'or blanc. Jean-Charles Blais demande à Franck Bordas d'imprimer une lithographie sur du caoutchouc Panoply ou sur du papier cristal Body and Soul.

Cristina Iglesias (1956), Triptyque I, 2003. Trois panneaux de cuivre de 250 x 100 cm. chacun. Édition à deux exemplaires © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des beaux-arts, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines. 

Cas extrême, inimaginable, le support que l'on grave, que l'on incise, qui est la matière de la gravure, la plaque de cuivre devient... comme une image imprimée lorsque Cristina Iglesias impressionne d'un cliché photographique trois panneaux de cuivre de 250 par 100 cm. chacun, une œuvre de 3 mètres de long pour Triptyque (2003). Une oeuvre extrêmement forte dans cette exposition, pouvant rester en permanence exposée puisqu'il n'y a pas de papier.

 

 

Markus Lüpertz (1941), Clitunno (Grosse Figur), 1990. Xylographie. 200 x 120 cm.. Édition à 20 ex.. Éditeur Maximiliam Verlag - Sabine Knust, Munich. Imprimeur Friedrich Dickgiesser, atelier Lüpertz, Karlsruhe © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des Beaux-Arts, exposition XXL. Estampes monumentales contemporaines.

La tradition séculaire du bois gravé persiste chez Markus Lüpertz et Clitunno (Grosse Figur) (1900), une xylographie dont la représentation évoque une sculpture de cet artiste allemand; prolongeant sa force physique, un encadrement en métal peint conçu par l'artiste entoure cette planche, comme un renvoi à sa peinture où chaque toile se prolonge d'un cadre peint. Face à lui, un autre "géant" allemand, Georg Baselitz, deux lithographie dans lesquelles se ressent la force. Ce travail sur la pierre, Gilles Aillaud l'aura largement défendu grâce à l'atelier de Franck Bordas pour sa série de 182 estampes d'une Encyclopédie des animaux en quatre volumes; ici, il nous présente une Fosse aux singes (1985).

Même le sculpteur ose l'estampe. Naturellement Eduardo Chillida et l'eau-forte d'Aundi II (1969-1970). Mais surtout Richard Serra. Sait-on que le corpus de l'oeuvre gravé de ce maître des plaques d'acier s'élève à plus de 200 numéros ? Rue Ligner (1989), lithographié sur les presses d'Item se rehausse à la cire noire, atteignant la dimension d'une grande plaque de métal dressée. Magie de l'estampe dans cette fusion entre l'artiste et l'imprimeur. 

En résonance avec l’exposition, est présenté Bruit de fond, cinq matrices de bois gravées par neuf étudiantes de l’École supérieure d’arts & médias de Caen/Cherbourg lors d’un workshop encadré par Myriam Mechita professeur et Julien Pelletier responsable de l'atelier gravure, tous deux à l'ésam.

 

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à Caen à titre personnel

 

XXL. Estampes monumentales contemporaines

25 mai - 15 septembre 2019

Musée des Beaux-Arts de Caen

Commissariat Caroline Joubert, conservatrice en chef au musée des Beaux-Arts de Caen

 

Catalogue. Textes de Caroline Joubert, de Cécile Pocheau-Lesteven permettant d'apprendre que les estampes, dont le format excéde 120 x 160 cm., occupent une place conséquente dans le magasin du département des Estampes et de la Photographie de la Nationale et de savoir que Michael Woolworth est "toujours sous pression" face aux estampes au format monumental. Les notices de chaque estampe, très précises, signent un catalogue d'une grande qualité, à la mise en page irréprochable. 128 pages. 60 illustrations. Éditions Lienart. Prix 29 €.

Prochaine exposition Jean-Claude Mattrat. Travaux d'impression. 2 novembre 2019 - 16 février 2020.

 

Pietro Vannucci detto Il Perugino, Le Mariage de la Vierge, 1500 - 1504 (détail). Œuvre sur bois de peuplier. Tempera (peinture à base d'œuf) et rehauts à l'huile. 236 x 186 cm  © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, août 2019, Caen, musée des Beaux-Arts.

 

 

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