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Publié par Gilles Kraemer & Guillaume Kraemer

 

Nous, l'Europe, banquet des peuples © photo Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, 7 juillet 2019, Festival d'Avignon.

L'Europe n'est-ce que ceci, un tas d'affiches sur le plateau à la fin du spectacle ? Des affiches déchirées par les acteurs dont ils se sont revêtus avant de les abandonner ? L'Europe n'est-ce qu'un air de musique britannique Hey Jud des Beatles à la place de L'Hymne à la joie en conclusion de cette évocation dense de l'Europe pendant presque deux siècles ? Image glaciale de ce tas d'affiches, dans la lumière froide du spectacle terminé, mettant mal à l'aise dans un temps où l'histoire s'écrit, l'Union des 28 devenant 27.  

Nous, l'Europe, banquet des peuples © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 7 juillet 2019, Festival d'Avignon.

La dernière image de l'Europe se résume-t-elle à un tas d'affiches froissées ? Pas très positif après 3 heures d'un Banquet des peuples dont nous fûmes le spectateur de l'histoire. Texte de Laurent Gaudé, mise en scène de Roland Auzet qui a assuré aussi la musique. Il aurait pu s'abstenir de cette musique électronique assourdissante sans aucun intérêt. Quand cessera-t-on de nous "casser les oreilles" avec ces "intermèdes" musicaux ? Le travers "in" du mec à poil ou en slip blanc a été rangé au placard bien qu'un boxer noir fut aperçu.

Nous, l'Europe, banquet des peuples © photo Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, 7 juillet 2019, Festival d'Avignon.

En accueil, 48 matelas disposés au sol et l'inscription interpellante qui devrait donner à réfléchir à une jeunesse à laquelle nous laissons une Europe en déliquescence : " Vous cracherez peut-être sur notre insouciance passée, et vous aurez raison. Il y a un continent à inventer maintenant ". Sauront-ils ouvrir les yeux et non faire comme leurs parents qui se drapèrent dans l'immensité de l'indifférence face à la Yougoslavie en guerre et son éclatement. Décembre 1995 n'est pas si loin.

Nous, l'Europe, banquet des peuples © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon. 

Le point de départ de la pièce est clairement affirmé : l'on est pour, l'on est contre, il n'y aucun plan B. Finalement, pourquoi sommes-nous là, ne devrions-nous pas nous en aller dès le commencement ?

Et, c'est parti pour une évocation dans un temps presque chronologique des événements politiques, économiques et culturels, une traversée de l'Europe. Point de départ, le 12 janvier 1848, révolte sicilienne contre les Bourbons, le temps des insurrections, des enfants des barricades, de V.E.R.D.I écrit sur les murs italiens. Temps du charbon, des premiers trains anglais, du capitalisme. 1885, conférence de Berlin partageant l'Afrique entre des puissances européennes et attribuant à Léopold II un pays comme propriété personnelle. 1912, révolution picturale du Blaue Reiter. Le passeport Nansen. Les années folles. Les livres brûlés. Les jungles des immigrants et l'interrogatoire d'un Syrien. Le ghetto de Varsovie. Les attentats terroristes parisiens de 2015. L'édification du Mur de Berlin. Le printemps pragois. La Grèce des généraux. Une discussion stérile sur l'hymne européen. L'élargissement de l'Union jusqu'à devenir " un continent Babel ".

Nous, l'Europe, banquet des peuples © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon.

C'est bien, le récit est mené avec dynamiste, c'est beau visuellement avec le mouvement du chœur mais il s'agit uniquement d'un cours d'histoire. Aucune solution de réponse au constat. Un jeu formidable des 10 acteurs et du haute-contre Rodrigo Ferrera ne suffit pas à expliquer pourquoi la, les guerre (s), les autodafés d'ouvrages, les dictateurs, les déracinés ? Pourquoi un peuple, un État, des États succombent aux sirènes des extrêmes ?

J'en garderai le souvenir des matelas plaqués contre le mur, telles des plaques des monuments aux morts s'effondrant jusqu'à reproduire une barricade, le mur qui avance, qui recule, qui oblique, le rôle de Jan Palach interprété en arabe, les acteurs écrivant sur le mur et prenant plaisir à se peinturlurer.

Des belles images ne font pas un spectacle inscrit dans la mémoire.

Gilles Kraemer

représentation du dimanche 7 juillet 2019

séjour et déplacement personnel à Avignon

Nous, l'Europe, banquet des peuples

6 7 | 9 10 11 12 13 14 juillet 2019 à 22 h Cour du lycée Saint-Joseph puis en tournée

avec Robert Bouvier, Rodrigo Ferreira, Olwen Fouéré, Vincent Kreyder, Mounir Margoum, Rose-Nyndia Martine, Dagmara Mrowiec-Matuszak, Karoline Rose, Emmanuel Schwartz, Artemis Stavridi, Thibault Vinçon

Chœur de l’Opéra Grand Avignon et quarante chanteurs amateurs. Chaque soir un grand témoin : Susan George le 7 juillet (États-Unis d'Amérique / France), Ulrike Guérot (Allemagne), François Hollande le 6 juillet (France), Pascal Lamy (France), Eneko Landaburu (Espagne), Enrico Letta (Italie), Luuk van Middelaar (Pays-Bas), Geneviève Pons (France)

Texte Laurent Gaudé

Conception, musique, mise en scène Roland Auzet

Scénographie Roland Auzet, Bernard Revel, Juliette Seigneur, Jean-Marc Beau 

Lumière Bernard Revel 

Chorégraphie Joëlle Bouvier

Vidéo Pierre Laniel

Musiques électroniques Daniele Guaschino

Costumes Mireille Dessingy

Collaboration artistique Carmen Jolin

Assistanat mise en scène Victor Pavel

Laurent Gaudé et Roland Auzet, conférence de presse dirigée par Laurent Goumarre © photo Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, 6 juillet 2019, Festival d'Avignon.

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