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Publié par Gilles Kraemer

Andrea del Verrocchio, Madone à l'Enfant et deux anges ou Madone de Volterra, vers 1471-1472 (détail). Tempera sur bois. 96,5 x 70,5 cm.. Londres, The National Gallery.  © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Verrochio (Florence, vers 1435 - juin 1488 Venise). 2019, cinquième centenaire de la mort de Leonardo (1452 - 1519). L'exposition Verrochio, il maestro di Leonardo au palazzo Strozzi et au museo nazionale del Bargello joue du prénom de l'élève pour valoriser le maître ! Était-ce bien nécessaire pour cet artiste largement connu de la Renaissance, dans la Florence médicéenne de Cosimo il Vecchio, Piero et Lorenzo il Magnifico ? Était-ce bien justifié d'intituler la première et seconde section Verrocchio tra Desiderio [da Settignano] e Leonardo comme pour le positionner dès le départ ! Le maître a-t-il besoin de se placer sous la gouvernance de son élève pour exister à l'égard des connoisseurs ! A quand le calicot : le choc de géants sur les trois façades de Strozzi ? Cette confrontation semble-t-elle obligatoire pour que l'ultime section de Strozzi n'échappe point à ce travers Da Verrocchio a Leonardo : il "piegar de' panni" s'immerge nella luce.

 

Pietro Perugino, Sante di Apollonio del Celandro ? Pintoricchio, Histoire de saint Bernard. Tempera sur panneau. Pérouge, Galleria Nazionale dell'Umbria+ © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Hormis cette épidermique réaction, ce dialogue d'Andrea avec ses précurseurs, ses contemporains, ses élèves dont naturellement l'incontournable Leonardo est remarquable, fabuleuse, fascinante. Comme toutes les expositions d'art moderne vues à Strozzi. Je suis plus dubitatif lorsque cette institution s'immerge dans l'art contemporain dans un appel à noms magnétiques et accrocheurs comme ceci le sera en 2020 avec l'incontournable Jeff Koons du bouquet de tulipes.

 

Andrea dek Verrocchio, Putto et dauphin, vers 1470-1475. Bronze. 73.3 x 50.5 x 33 cm.. Florence, Museo del Palazzo Vecchio. Au fond, Andrea del Verrocchio & Lorenzo di Credi, vers 1475-1486. Madame avec l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et Donato d'Arezzo. Pistoia, cathédrale de San Zeno © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Environ 120 peintures, sculptures, dessins magnifient le Quattrocento florentin, principalement les années 1460 à 1490, celles de Lorenzo il Magnifico. Première rétrospective de cet homme universel - comme ceci est souligné dans le remarquable catalogue, une somme -. Véritable touche à tout, il l'est indiscutablement. Apprenti chez l'orfèvre Francesco di Luca Verrocchio chez lequel il abandonnera son nom Andrea di Michele di Francesco Cioni pour le surnom de Verrocchio. Atelier de l'orfèvre Antonio Dei vers 1453. Les commandes se succèdent en sa qualité de sculpteur, dans sa maîtrise parfaite du bronze et du marbre. Tombe de Côme le vieux, l'Incrédulité de Thomas pour Orsanmichele, monument funéraire de Pierre de Médicis, David, peintre des Madones vers 1470. Son ultime chef-œuvre sera la statue équestre de Bartolomeo Colleoni à Venise.

 

Leonardo da Vinci, Madone avec l'Enfant, vers 1472. Terre cuite. 49 x 27 x 24.5 cm. Londres, Victoria and Albert Museum © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Dans cet anniversaire de Vinci, la présentation, dans la dernière section de l'exposition Strozzi ne pouvait se conclure que par un scoop, celui de la terre cuite Vierge à l'Enfant (vers 1472) du Victoria and Albert Museum londonien. Donnée jusqu’à présent à Antonio Rosselino (1427-1479), elle est présentée à Florence comme un œuvre du jeune Leonardo (lire la longue étude que Francesco Gaglioti lui consacre dans le catalogue). Ceci permet l'éblouissement de merveilleuses feuilles et de tempera sur toile de lin autour d'études de drapés de personnages assis ou debout.

 

Lorenzo di Credi (vers 1457-1537), Drapé d'une figure assise, vers 1480-1485. Paris, Fondation Custodia. Léonard de Vinci, Drapé d'une figure assise, vue de trois quarts, vers 1475-1485. Paris, Fondation Custodia. Léonard de Vinci, Drapé d'une figure assise, vue presque frontale, vers 1475-1480. Paris, Musée du Louvre © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Un concours de la somptuosité dans un frôlement du syndrome stendhalien nourri des drapés de Fra Filippo Lippi, de deux Andrea del Verrocchio dont un des Beaux-Arts de Rennes, de Lorenzo di Credi et de quatre Leonardo dont celui de la Fondation Custodia.

 

Au premier plan Desiderio da Settignano, Jeune femme, vers 1455-1460. Florence, Musée national du Bargello. A droite, Verrocchio, Jeune femme, vers 1465-1466. New York, Frick Collection. Au fond, Verrocchio, Dame au bouquet, vers 1475. Florence, Musée national du Bargello © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Dans un sens de la perfection technique, né de son apprentissage dans des ateliers d'orfèvres, l'exposition s'ouvre par le sourire de marbre de trois bustes féminins, celui de son professeur Desiderio da Settignano précocement mort  à 33 ans et deux de son élève Andrea del Verrocchio. Un dessin à la pointe d'argent - une étude de mains de femmes - de Leonardo, prêt de la reine d'Angleterre complète cette somptueuse présentation.

 

Au premier plan, Verrocchio, Scipion l'Africain, vers 1465-1468. Marbre. 61 x 40,5 cm.. Paris, Musée du Louvre © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Toujours dans la seconde salle, les sculptures. David victorieux (1468-1470) - qu'il sera intéressant de garder en mémoire pour une confrontation avec les Deux guerriers d'un de ses élèves romains Michelle Marini da Fiesole, vers 1485 -  dans ce retour à l'antiquité et aux textes, à la jeunesse des héros Scipion l'Africain et Alexandre, en bas-relief, de profil.

 

Andrea da Verrocchio. De gauche à droite. Madone à l'Enfant, 1470 ou vers 1475. Berlin, Staalische Museum zu Berlin, Gemäldegalerie. Madone dite de Volterra, vers 1471-1472. Londres, The National Gallery.  Madone à l'Enfant, vers 1470. Berlin, Staalische Museum zu Berlin, Gemäldegalerie © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

 

Domenico del Ghirlandaio (1448-1494).  De gauche à droite. Madone et l'Enfant, vers 1473-1475. Paris, Musée du Louvre. Madone et l'Enfant, vers 1470-1472. Washington National Gallery of art, Samuel H. Kress collection. Madone en adoration de l'Enfant (Madonna Ruskin), vers 1470. Edimbourg, National Galleries of Scotland. © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Strozzi, 2019.

Il aborde tardivement la peinture, dans les années 1470, le thème de la mère et de son fils, dont la Madone de Volterra (circa 1471) et celle de Berlin - visuel de l'exposition - dans un dialogue poursuivi dans les salles avec Botticelli (vers 1468) plus rigide, Perugino ou PierMatteo d'Amelia. ou Ghirlandaio. Verrocchio a libéré ce thème, la Vierge est plus maternelle, attentive à son enfant, dans une communion du regard très forte.

 

Andrea del Verrocchio, Jeune homme endormi, vers 1465-1475. Terre cuite avec traces de polychromie. 36 x 67 x 25 cm.. Berlin, Staatliche Museum © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, 2019.

Second volet de cette exposition Verrocchio autour de l'Incrédulité de Thomas, ayant quitté, le temps de l'exposition, Orsanmichele où elle fut inauguré en 1483, "la plus belle tête du Sauveur jamais conçue". Il se retrouve au Bargello, le "temple" de la sculpture à Florence. Dans un dialogue avec trois bustes du Christ sauveur en terre cuite polychrome, presque identiques (vers 1475) d'Andrea.

 

Andrea del Verrocchio, Incrédulité de saint Thomas, 1467-1483 (détail). Bronze avec des dorures. Groupe 241 x 140 x 105 cm. Florence, chiesa e museo di Orsanmichel © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, museo nazionale del Bargello, 2019.

Ceci permet de clore magistralement cette exposition dans le dialogue de sa Crucifixion et de ses collaborateurs (vers 1475) avec ses concurrents dont les frères Antonio et Giulano da Sangallo et Benedetto da Maiano.

 

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à Florence à titre strictement personnel

 

 

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, palazzo Storzzi, 2019.

 

Verrocchio. Il maestro di Leonardo

9 mars - 14 juillet 2019

Palazzo Strozzi & Museo nazionale del Bargello - Florence - Firenze.

Les deux lieux étant éloignés de 15 minutes, le conseil est de commencer par le Bargello ouvrant à 8.15 puis Strozzi accessible à 10.00.

Commissariat de Francesco Caglioti, professeur d'Histoire d'art moderne à l'université de Naples et d'Andrea De Marchi, professeur d'Histoire d'art médiéval à l'université de Florence.

Exposition à Washington du 29 septembre 2019 au 2 février 2020.

Catalogue à garder. Francesco Caglioti Verrocchio sculpteur. la formation, les œuvres, les élèves, les suiveurs met en lumière la complexité de Verrochio le sculpteur. Andrea De Marchi Les géométries lumineuses de Verrocchio peintre et leurs influences vers 1470 entre Leonardo, Ghirlandaio et Perugino. analyse son œuvre picturale et ses influences sur les artistes les plus brillants du Quattrocento florentin, de Bartolomeo della Gatta au Perugino, de Ghirlandaio à Lorenzo di Credi pour se clôre par Leonardo. Bibliographie de 650 références. Catalogue suivant les sections de cette double exposition, notices approfondis. 354 pages. 286 illustrations. Prix 45 € au Strozzi, 53 € en librairie, une pratique courante en Italie qui devrait donner des idées aux institutions en France.

 

La sépulture d'Andrea Verrocchio est visible Chiesa di Santa Trìnita, capella Spini, Florence.

 

 

 

 

 

© photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, exposition Verrocchio il maestro di Leonardo, Firenze, museo nazionale del Bargello, 2019.

 

Dans le parcours des célébrations de Léonard en Italie. Museo Galileo de Florence. Leonardo e i suoi libri. La biblioteca del Genio / Léonard de Vinci et ses livres. La bibliothèque du Génie. 6 juin au 22 septembre 2019. A Vinci, castello dei Conti Guidi. Leonardo da Vinci. Alle origini del Genio.

Remerciements à l'ufficio stampa de Strozzi et du Bargello.

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