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Publié par Gilles Kraemer

 Louis-Cyprien Rials (né en 1981) aime le déplacement dans les bordures du monde. À peine revenu, surgit l'envie de repartir. Il est sensible aux répartitions des territoires, aux frontières, aux zones non reconnues internationalement (Somaliland). Semelles de vent aux pieds, il arpente le globe dont il nous conte les histoires. Ses récits, ce sont ses photographies et ses vidéos, témoignage de sa quête de regarder et d'interroger.                            

 

Louis-Cyprien Rials, Trashomon © remerciements SAM Art et Louis-Cyprien Rials.

Lauréat du 9ème Prix SAM pour l'art contemporain 2017 - prix créé par Sandra Hegedüs, remis à un artiste de la scène française, présentant un projet à destination d'un pays hors Europe et Amérique du Nord - pour son projet Wakaliwood, celui-ci a évolué. Comme le souligne Adelaïde Blanc, commissaire de l'exposition du Palais de Tokyo (l'une des curateurs de la 15e biennale d'art contemporain de Lyon 2019), " ce terme, retenu au départ, englobe d'autres réalités. L'exposition réunira un film, des affiches de celui-ci et des accessoires de tournage, l'ensemble étant réalisé par Louis-Cyprien et Ramon Film Productions ". Cette société fut créée, en 2005, par Isaac Nabwana Godfrey Geoffrey à Wakaliga, ghetto de la banlieue de Kampala, la capitale de l'Ouganda, pays de l'Est africain. Elle produit des films, dont les acteurs sont les habitants de cet endroit, les effets spéciaux sont créés sur d'anciens ordinateurs bricolés, les accessoires fabriqués localement - un morceau de bois se mue en arme -. Pas une seconde de repos dans ces films ultraviolents, inspirés des films d'actions américains et de kung-fu Bruce Lee, nourris de plans rapides, de mouvements, d'hémoglobines. Ils sont diffusés en DVD et vendus par leurs acteurs. Le plus célèbre est Who Killed Captain Alex ? / Qui a tué le capitaine Alex ? (janvier 2010) qu'il dédicaça à sa grand-mère Rachael Kizido; Ramon est la contraction de Rachael et de Monica, les deux grands-mères de Nabwana.

Louis-Cyprien Rials, Rashomon (version japonaise) © remerciements SAM Art Projects et Louis-Cyprien Rials. 

Pour le Palais de Tokyo, Louis-Cyprien Rials présente un film réalisé avec Ramon, une adaptation du Lion d'or de la Mostra de 1951 : Rashomon d'Akira Kurosawa, dans lequel le cinéaste Japonais bouleversait la structure narrative en racontant plusieurs fois la même histoire. "Rencontre de cultures dans ces connexions japonaises précise Adelaïde Blanc, dans cette fiction, cette narration, cette histoire transposée, avec les codes spécifiques du film ougandais, dans le ghetto de Wakaliga. Il s'agira de saisir la violence à travers des contextes, une violence fictionnelle".

Des accessoires du film et des affiches de Louis-Cyprien Rials, recomposant des affiches de différents pays, dans un mélange graphique et culturel, seront inclus dans l'exposition, telles des œuvres sculpturales et picturales. Un film différent de ceux de Louis-Cyprien Rials mais inscrit dans la démarche de ses vidéos nous imposant un rythme avec une manière de filmer photographique, une absence de la figure humaine (sauf ici), accordant une grande importance au son et à la musique composée par Romain Poirier.

Vue de l'exposition Au bord de la route de Wakaliga, Palais de Tokyo. Louis-Cyprien Rials avec Ramon Film Productions © Crédit-photo Aurélien Mole. Site Internet de SAM Art projects  www.samartprojects.org/au-bord-de-la-route-de-wakaliga/

"Cette envie d'emmener le public dans différents espaces, physiques et mentaux" est le lien d'une trilogie, l'exposition du Palais de Tokyo se prolongeant par deux expositions parisiennes, conçues simultanément hors les murs du Palais de Tokyo.

Exposition Louis-Cyprien Rials, Par la fenêtre brisée,  galerie Eric Mouchet © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019.

Aurélie Faure (elle travaille aux côtés de Gaël Charbaud pour la Bourse Révélations Emerige) est l'autre curateur de celles-ci. "Si Au bord de la route de Wakaliga est une violence imaginaire, imaginée, la seconde sera violence réelle, la troisième l'après" souligne-t-elle. "Par la fenêtre brisée" à la galerie Éric Mouchet est monde de violences retranscrit de sculptures, photographies et vidéos dont celle de Résistance. Présentée au salon Caméra Caméra à Nice, dans le cadre d'OVNi 2018, cette vidéo juxtapose une résistance pacifique, celle de la Colline des croix en Lituanie, à la résistance armée de Tourist Landmark of the Resistance, un champ de bataille devenu musée du Hezbollah Libanais. Cette exposition, précise Aurélie Faure, est " ancrée dans le réel de la guerre et illustre la violence concrète et palpable du quotidien de ceux qui la subissent ". La vidéo Mogadishu est étonnante; cette magnifique plage est paradisiaque, attirante mais, ne se trouve-t-elle pas dans un des pays les plus dangereux du monde ? Étonnant contraste  dans ce leurre, avec cette fascinante image qui n'est finalement qu'un mirage !

Louis-Cyprien Rials © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019, exposition par Par la fenêtre brisée  à la galerie Eric Mouchet.

Plus réelle de l'atmosphère qui règne en Somalie, la série des 50 polaroïds Somalian Holydays, des images de la réalité d'un pays angoissant où tout séjour d'un ressortissant français est fortement déconseillé par le ministère des Affaires étrangères. Louis-Cyprien s'y est rendu mais, dans quelles conditions ? Avec des agents de sécurité l'accompagnant durant tout son séjour. 

Exposition Louis-Cyprien Rials Au pied du gouffre,  galerie Doyang Lee. Vidéo de Faith Rocks © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019.

Exposition Louis-Cyprien Rials Au pied du gouffre,  galerie Doyang Lee.  Louis-Cyprien Rials, triptyque Au pied du gouffre réalisé en collaboration avec Clément Bedel © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2019© photo

"Au pied du gouffre", à la galerie Doyang Lee, est le temps où l'on touche le fond de la violence dans le questionnement de ce qui se passe et de ce qui reste. Des photographies Voyage au Danaki, sculptures, des vidéos tournées dans des régions extrêmes : Éthiopie pour Faith Rocks (les églises sculptées) et Ouganda, Tanzanie, Ethiopie pour Après la nuit, un triptyque Au pied du gouffre réalisé en collaboration avec Clément Bedel (né en 1993) sont présentés.

Gilles Kraemer

Au bord de la route de Wakaliga.

Palais de Tokyo, Paris 16e

20 février - 11 mai 2019

www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/louis-cyprien-rials-avec-ramon-film-productions 

Par la fenêtre brisée

Galerie Éric Mouchet

45, rue Jacob, Paris 6e

16 mars - 20 avril 2019

www.ericmouchet.com/gem/louis-cyprien-rials/ 

Au pied du gouffre

Galerie Dohyang Lee

75, rue Quincampoix, Paris 3e 

23 mars - 27 avril 2019

avec la collaboration de Clément Bedel et de Romain Poirier

www.galeriedohyanglee.com/

 

La première édition de cet article est parue dans la revue Artaïs art contemporain, n°21, janvier-avril 2019, consultable et téléchargeable sur le site artais-artcontemporain.org/

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