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Publié par Gilles Kraemer

2018. Très belle année pour Léonard Martin (Paris, 1991). Entre Prix du jury du Prix Dauphine pour l'art contemporain, lauréat de la 12e édition d'Audi talents, nomination à Révélations Emerige. Et, la Villa Medicis, en sa qualité de pensionnaire, où nous rencontrons cet ancien diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2015 et du Fresnoy - Studio national des arts contemporains en 2017.  Cette même année 2017, il reçut le Prix ADAGP - Révélation art numérique-art vidéo pour Échappée guère. [la même année que Kokou Ferdinand  Makouvia, ancien Prix du jury du Prix Dauphine pour l'art contemporain 2017, qui recevait le Prix ADAGP - Révélations arts plastiques].

Léonard Martin © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Académie de France à Rome - Villa Médicis, 2019.

Pensionnaire à l'Académie de France à Rome - Villa Médicis pour l'année 2018-2019, il est avec Frederika Amalia Finkelstein, le plus jeune de cette promotion. Il arriva à Rome, un dimanche soir de septembre 2018, venu directement de la 12e biennale de Gwangju en Corée du Sud, Aujourd'hui aura lieu, invité par le Palais de Tokyo et l'Institut français. "Étrange saut", souligne-t-il, directement d'Asie, un retour en Europe, sans passer par la France, débarquant à Rome "où la nuit tout devient tragique".

Il occupa d'abord l'ancien atelier de Yan Pei-Ming et d'Hicham Berrada. Son nouvel atelier, haut de plafond, lui permet de concevoir ses immenses statues, à quelques mètres d'un atelier mythique... celui d'Ingres.

 

Gilles Kraemer : Quelles furent vos premières impressions en arrivant ici ?

Léonard Martin : L'impression que l'on m'invitait à endosser des habits gigantesques et que m'attendait dans ce lieu - une galerie de noms, de fantômes - une page qui n'était pas blanche. J'étais heureux de pouvoir y sentir le passé et y trouver des complicités.

Vue des jardins depuis la loggia principale / Une scorcio sui giardini dalla loggia d'onore © photo Daniele Molajoli. 

G. K. : Cet endroit, le Pincio, est un lieu magique auquel les Romains sont très attachés. Le succès des Giovedi, initiés par Muriel Mayette-Holtz [NDR directrice de la Villa de 2015 à septembre 2018] en est une démonstration par leur venue très nombreuse. Dans un immense parc ceinturé de murs, avec une vue époustouflante sur la ville, ses églises, la coupole de Saint-Pierre, jouxtant le parc de la Villa Borghese. Dans un calme absolue, c'est un paradis ! Le Paradis. Et pour vous ?

L. M. : En haut de cette colline, c'est comme le sentiment de se trouver dans un drôle de monastère, dans un cocon. L'équipe administrative et logistique de la Villa, en grande partie italienne, est très attachée au lieu. C'est une famille très protectrice pour les 16 pensionnaires que nous sommes.

Depuis la Villa © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, novembre 2014. 

G. K. : Que diriez-vous de cette ville ?

L. M. : Rome est le reflet de la cohabitation de toutes les époques, de l'histoire. Des lieux me touchant par ce mélange. Un musée des antiques dans une ancienne usine de production électrique, la Centrale Montemartini. Les anciens abattoirs dans le quartier de Testaccio ou la Garbatella, ancien quartier communiste. Et, souvent au détour d'une rue, la juxtaposition de l'antique et du baroque, avec de l'architecture mussolienne ou moderne. Comme dans ma démarche dans laquelle je tisse entre les époques, Rome est un recueil des strates de l'histoire, un mille-feuilles. Cette ville se suffit à elle-même.  

Sur les murs de l'atelier Bataille de San Romano © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Académie de France à Rome - Villa Médicis, 2019.

G. K. : Votre séjour comme pensionnaire vous permet de donner vie à votre projet de résidence, "une libre interprétation du récit historique de la bataille de San Romano, peinte par Paolo Uccello vers 1456, confiée à des marionnettes grandeur nature sur les lieux de l'invention de la perspective à la Renaissance italienne".

L. M. : Le titre  Picrochole ou Le Rêve de Paul a plusieurs inspirations : le peintre Paolo Uccello (1397-1475), le monarque belliqueux de Rabelais, et l'ouvrage d'Antonin Artaud Paul les Oiseaux.

Léonard Martin, Picrochole ou Le Rêve de Paul (oeuvre en cours de réalisation) © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019. Remerciements Audi talents et Académie de France à Rome - Villa Médicis.

Il s'agit de trois figures de sept mètres de haut, trois cavaliers faits de morceaux de polycarbonate découpés et cintrés sur lesquels j'applique de dessins scannés agrandis qui évoquent des armures ou des insectes. En accompagnement, un film que je vais tourner dans les jardins de la Villa où ces trois "marionnettes" seront mises en scène. Ce film sera projeté sur trois écrans, en référence aux trois panneaux sur bois de Paolo, de plus de 3 mètres chacun. Trois peintures de 1435-1440 représentant la Bataille de San Romano, victoire des Florentins sur les troupes siennoises, le 1er juin 1432. Trois instants de cet affrontement, trois moments du choc. Ces œuvres sont visibles à la National Gallery à Londres [Niccolo' da Tolentino à la tête des Florentins], aux Gallerie degli Uffizzi à Florence [Niccolo' da Tolentino désarçonnant Bernardino della Ciarda, le condottiere adverse] et au Musée du Louvre à Paris [la contre-attaque de Michelotto da Cotignola allié des Florentins].

Léonard Martin, dessins pour Picrochole ou Le Rêve de Paul (oeuvre en cours de réalisation) © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019. Remerciements Audi talents et Académie de France à Rome - Villa Médicis.

J'aimerais poursuivre le geste lancé par Paolo Uccello qui, particulièrement sensible à la représentation du mouvement, a déjà suggéré dans sa peinture l'idée de l'animation des volumes dans plusieurs dimensions.

Cette bataille du Quattrocento devient le motif d'une mise en mouvement de la peinture. Cette forêt de lances, si importante dans ces panneaux, se retrouve dans les maquettes préparatoires que j'ai réalisées en vue des structures géantes. Les lances servent ici à soutenir l'ensemble de la structure là où chez Uccello elles structuraient la composition. 

G. K. : Paolo vient de suite en mémoire. D'autres inspirations peuvent surgir ?

L. M. : Oui, cette décomposition du mouvement se retrouve dans les chronophotographies de Jules Marrey représentant des chevaux. Mais aussi chez Marcel Duchamp avec Nu descendant un escalier (1912) ou son Grand Verre qui pourrait être vu comme une rêverie géométrique dans l'esprit du "mazzochio", cette coiffe florentine qui occupa les travaux mathématiques de Paolo Uccello. Je souhaitais recueillir toutes ces sommes de regards et les réunir. Sur les murs de l'atelier, j'ai aussi disposé la reproduction de la très longue frise de la "tapisserie de Bayeux" ou broderie de la reine Mathilde.

Léonard Martin, Picrochole ou Le Rêve de Paul (maquette) © photo Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Rome, Villa Médicis, 2019. Remerciements Audi talents et Académie de France à Rome - Villa Médicis. 

G .K. : Quand verrons-nous votre Rêve ?

L. M. : D'abord en Italie. L'Institut français de Florence a souhaité prolonger ce Rêve par une parade dans le quartier de cette institution, autour de la piazza Ognissanti, le 4 mai. Ensuite au Palais de Tokyo, avec alt + R - Altérité Réalité, dans le cadre des Audi talents à laquelle participent les deux autres lauréats Marielle Chabal et Grégory Chatonsky (21 juin - 14 juillet). Puis à compter du 10 octobre 2019 au Festival ¡ Viva Villa ! qui se tiendra à Avignon, à la Collection Lambert, sous le commissariat de Cécile Debray.

[NDR Initié par la Villa Kujoyama à Kyoto, la Casa de  Velázquez à Madrid et la Villa, il s'agit de la troisième édition de cette manifestation réunissant les pensionnaires de ces trois institutions. Après Paris et Marseille].  

 

G. K. : Vos autres projets ?

L. M. : Je participerai à la 15e édition de la biennale de Lyon (18 septembre 2019 - 5 janvier 2020) aux usines Fagor-Brandt avec l'équipe des commissaires d'exposition du Palais de Tokyo.

[NDR En 2019, la biennale change de lieu et investit pour la première fois les 29 000 m² de ces anciennes usines du quartier Guerland].

Gilles Kraemer

déplacement et séjour à Rome à titre personnel

ringraziamenti al servizio di programmazione culturale e comunicazione della Villa

 

Villa Médicis  www.villamedici.it/fr

Léonard Martin leonardmartin.fr

Viva Villa vivavilla.info

Prix  Dauphine dauphineartcontemporain.com

Audi talents auditalents.fr/appelaprojets

Collection Lambert www.collectionlambert.fr

Révélations Emerige  revelations-emerige.com

Centrale montemartini centralemontemartini.org

Lecture du guide-catalogue de la Villa Médicis, sous la direction de Cristiano Leone, textes de Muriel Mayette-Holtz, Jérôme Delaplanche et Cristiano Leone,  éditions Mondadori Electa.

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