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Publié par Gilles Kraemer

Des Artistes & des Abeilles. Étonnant rapprochement pour un titre peu commun d'exposition ! En réalité, les artistes sont sensibilisés à cet insecte, dont ils utilisent la cire, parfois les ailes.

Au premier plan, Johan Creten, Community One et Community Two, 2013. Grès émaillé, émaux mixtes. Œuvre unique. 84 x 94 117 cm.. Remerciement Galerie Perrotin, Paris & Johan Creten // Sur le mur Olivier Perrot, Le dernier vol 02 et Le dernier vol 03 (2016). Tirage digigraphique lamination brillante. Remerciement l'artiste © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2018, Topographie de l'art, Paris.   Indirectement et à travers le parcours proposé, il s'agit d'une façon d'interroger l'impact environnemental sur la biodiversité du fait de la disparition annoncée et angoissante de ce pollinisateur. Ceci nous nous ramène à l’urgence de l’attention que nous devons porter à cet animal alors que nous vivons un dysfonctionnement organique de nos sociétés.

Les expériences d'Emma Dusong, dont le fil conducteur est le vivant, donc la disparition - tout vivant s’éteignant avec le temps -, utilisent la cire à la fois protectrice et fragile pour la création de Larmes (2015), deux masques suspendus, l'un en cire d'abeille d'où s'écoule du miel, l'autre en bronze. Ses œuvres parlent, chantent, pleurent, nous entraînant dans un univers de métamorphoses faites de disparitions et de réapparitions.

Isabelle Lévénez, de la série Est-ce que vous avez déjà été piqué par une abeille morte ?, 2018. Procédé argentique brillant marouflé sur Dibond sous Plexiglas. Rermerciement H Gallery, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2018, Topographie de l'art, Paris.   Isabelle Lévénez explore et interroge le corps, revisitant l'histoire d'un horticulteur dont la barbe était couverte d'abeilles. Dans sa vidéo La Mariée, une femme vêtue en mariée d'une robe noire, la barbe recouverte d'abeilles mortes, a remplacé cet homme. La vidéo Springtime (2010-2011) de Jeroen Eisinga parle de douleur, souffrance, mort. Dans une fascination pour les expériences extrêmes, la projection de cet artiste néerlandais relate son expérience d'être progressivement recouvert par "150 000 abeilles" selon lui. Totalement angoissante cette expérience filmée, silencieuse de 19 minutes.

Au premier plan, Erik Samakh, Essaim n°1, 2018. Branche de frêne écorcée, transducteur et lecteur sonore numérique. Remerciement l'artiste © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2018, Topographie de l'art, Paris.   Chasseur-cueilleur, passeur de lumière et de sons, Erik Samakh adopte discours lié à l’écologie, dans un œuvre situé entre nature et technologie. Il s’est toujours intéressé aux insectes, évidemment aux abeilles qui ont pris place dans son univers naturel quotidien. Le sonore et le vivant, sujets qu’il aborde régulièrement, sont maintenant l’illustration d’un mode de vie. Selon lui "le seul fait de s’occuper d’abeilles est un acte à la fois altruiste et écologique". Ecoutez sa branche de frêne écorcée dans lesquelles il a glissé des sons, on a l'impression de se retrouver dans une pinède dans le Midi avec Essaim n°1 (2018).

Johan Creten, Community One et Community Two, 2013. Grès émaillé, émaux mixtes. Œuvre unique. 84 x 94 117 cm.. Remerciement Galerie Perrotin, Paris & Johan Creten © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2018, Topographie de l'art, Paris.   Johan Creten présente des œuvres aux allures anthropomorphiques. Tondo I de la série Wargame (2014-2015) ou Jeux de guerre oscille entre abstraction et figuration, convoquant un insecte hybride, mi mouche mi abeille. Cette séduction par la matière de l'émail captatrice de lumière ne peut éluder le contenu socio-politique et la vision que nous propose cet artiste d’un monde en pleine mutation. Community One et Two (2013), deux autres grès émaillés, à première vue des reproductions de ruches en vannerie. Mais il faut regarder attentivement et aller au-delà comme nous y incitent les sculptures de Creten. Elles ont un nez, une bouche bien ronde comme si elle souhaitait nous souffler quelque chose, des grands yeux. Un visage mais aussi un masque. Michèle Cirès-Brigand, dans un travail intuitif initié toujours à partir d'un objet, d'une histoire, explore le dessin, l'estampe, la photographies, le collage, dans une réminiscence de l'intime, du goût des histoires et du quotidien. Pour Brassica Napsus (2018), son dessin mêle cire d'abeille et encres de couleurs dans des larges aplats colorés.

Au milieu Emma Bourgin, Vitrail #5. 2018. Cire d’abeilles, papier soie, miel impur, abeilles, 500 x 310 x 100 cm. Remerciement l’artiste © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2018, Topographie de l'art, Paris.   Dans un environnement d'écrans et de tablettes, le monde n’a jamais été aussi "tactile" selon Emma Bourgin dans une communication à distance par tous ces outils. C’est de cette perte, de cette absence de contact, que son travail évoque. Cette rencontre est celle des matériaux entre eux, mais aussi celle du corps avec "le Sensible". Ses écrans sont de pierre, de cire d’abeilles, de pixels, des "surfaces haptiques" appelant non seulement l’inscription de notre regard, mais aussi celle de notre corps entier avec Vitrail (2018), cire d'abeille appliquée sur du papier de soie. Célice Cléron travaille sur le rapport métaphorique à l’animal : taxidermie, hybridation, interventions, où l’animal devient miroir déformant. Pour sa sculpture-intervention La Régente (2012), elle laisse des abeilles ouvrières construire les alvéoles d’une ruche. Temporalité du processus pôle / histoire / animal.

 Patrick Tosani, Figure aérienne, 1984. Technique photographique couleur C print // en haut à droite Figure imposée, 1984. Technique photographique couleur C print // en bas Figure libre, 1984. Techniqe impression numérique jet d'encre. Remerciement galerie in situ Fabienne Leclerc, Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, décembre 2018, Topographie de l'art, Paris.    Le contexte sur ce travail de Patrick Tosani sur les abeilles eut lieu à l'abbaye de Fontevrault, lors d'une résidence d'été en 1984, où se déroulèrent les premiers ateliers internationaux des Pays de la Loire.

 

De Michel Aubry à Evelyne Coutas, Patrick Tosani, Evelyne Coutas  ou le photographe Yves Trémorin, de la vidéo de Neil Lang à Olivier Perrot, de Laure Tixier à Martine Mougin ou Michel Aubry invités par les commissaires Martine Mougin et Karin Haddad, voici les approches de ces artistes. 

Gilles Kraemer

première parution de cet article, dans une version plus courte, dans la revue d'art contemporain Artaïssime, n°20, octobre-décembre 2018 www.artais-artcontemporain.org

 

Des Artistes & des Abeilles

Topographie de l'art - 75003 Paris

17 novembre 2018 - 8 janvier 2019

Catalogue sous la direction de Martine Mougin. 76 pages. Editions Topographie de l'art. Prix 15 €. 

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