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Publié par Gilles Kraemer

Condottiere ou corsaire François Pinault ? En tout cas, indubitablement funambule. José Alvarez, éditeur d'art et fondateur des Éditions du Regard, écrivain, nous livre le portrait, son portrait, de l'impalpable François Pinault. Funambule glissant sur le fil métallique de l'art, positionnant son balancier d'influenceur auto-proclamé ou proclamé de l'art de notre temps.

Condottiere, il l'est indiscutablement et encore plus depuis son implantation à Venise, entre palazzo Grassi - ancien fief artistique d'un autre capitaine d'industrie, l'avvocato Giovanni Agnelli - depuis 2005 avec Where are we going ? Un choix d’œuvres de la collection François Pinault et Punta della Dogana - ancien lieu du commerce de la Sérénissime - depuis son ouverture en juin 2009, pendant les journées presse de la Biennale, avec Mapping the Studio: Artists from the François Pinault Collection. Entre rive gauche et rive droite du Canal grande, deux lieux dévolus à la monstration annuelle d'une partie de sa collection et à la promotion calculée d'artistes de celle-ci.

Ceci devrait plaire à François Pinault ce titre de condottiere que lui octroie José Alvarez, lui ce breton qui fait monter les couleurs de sa province à la façade de Grassi et près de la statue de Fortuna à la Dogana. Il a pu aussi le croiser lors de ses séjours vénitiens à quelques pas du teatrino Grassi et rencontrer directement ce collectionneur homme d'affaires, se complaisant du halo du mystère. Il y a deux ans lorsqu'il lui fit part de son souhait d'écrire son portrait, les cinquante pages que lui prédisait tout au plus François Pinault sont devenues 300. Contrat rempli par José Alvarez publiant cet ouvrage à l'automne 2018, date suggérée par le collectionneur songeant à l'inauguration à la même période de la Bourse de commerce - restructurée par Tadao Ando architect and associates -  devant présenter sa collection à Paris. Dans des temps de concordante avec l'exposition de Tadao Ando au Centre Pompidou et de la FIAC. Le rendez-vous de l'ouverture est reporté à l'automne 2019, avec l'exposition inaugurale consacrée à Charles Ray auquel le Centre Pompidou consacrera également une exposition. 

Condottiere, est-il Bartolomeo Colleoni statufié par Andrea del Verrochio à Venise ou le Gattamelata de Donatello à Padoue ? Le chattemite ? En tout cas, le condottiere chef de guerre économique, pour celui qui dirigea l'empire industriel PPR devenu Kering dont son fils François-Henri est aujourd’hui le président, celui qui acheta la maison de ventes Christie's. Corsaire breton aussi, agissant selon les lois de la guerre industrielle et artistique. Deux qualificatifs revenant fréquemment dans l'ouvrage de José Alvarez percevant la vie de François Pinault telle "un roman" mêlant dans celle-ci "une réflexion sur notre société, culturelle et artistique".

Qui est François Pinault, avant tout un homme d'affaires et qui le reste lorsqu'il se passionne pour l'art de son temps, achète et revend des œuvres de sa collection. Qui est celui qui a initié sa route de la fortune avec le bois avant de prendre le virage du luxe, qui s'est mesuré aux dockers de Saint-Malo, l'enfant de Trévérien, le propriétaire en Pauillac de château Latour, le proche des puissants auxquels il prêta son avion Beechcraft ? Qui est-il, celui qui commença sa collection avec Paul Sérusier et l'école de Pont-Aven avant "l'étape fondamentale" de l'acquisition aux enchères d'un Piet Mondrian en 1990 pour 8 millions de $, conseillé par Marc Blondeau.

 

Damien Hirst, Demon with bowl / Démon avec un bol, 2014. Résine peinte. 1822 cm.. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 13 mai 2017, exposition Trasures from the wreck of te unbelievable. 

Sa collection, pour un homme que la mort hante - à laquelle cet ouvrage fait souvent référence - pouvait alors surgir, "forte, troublante, anti-conventionnelle". Avec la sainte trinité Jeff Koons - Damien Hirst - Murakami. Des artistes "marqueur social". Œil critique de José Alvarez sur certains choix de la collection, hésitant au long de son ouvrage entre admiration et distanciation, l'appelant parfois François. Qui est cet homme, se complaisant à tisser ou à laisser tisser le halo du mystère, se glissant dans le sphinx mitterrandien ? Son visage ne laisse poindre aucun sentiment en public; je me souviens de la présentation devant lui de l'exposition Urs Fischer à Grassi, un pluvieux vendredi 13 avril 2012, lorsque l'artiste tatoué, au profil de rockeur, alluma les mèches de deux sculptures en cire peinte de sa collection qui devaient se consumer jusqu'au 15 juillet, date de la fin de l'exposition. La destruction, certes lente mais inéluctable dans sa programmation de deux œuvres de sa collection enflammées devant lui. 

François Pinault, Janus ou Mercure ? Les deux, peut-être, indiscutablement ou pas du tout pour cet homme entrepreneur de l'art contemporain de part le monde. Ombres et lumières. Comme dans l'arène qu'est finalement le monde de l'art actuel.

Gilles Kraemer

José Alvarez, François Pinault, artiste contemporain. 234 pages. Octobre 2018. Éditions Albin Michel. 23 €.

Exposition Urs Fischer, Madame Fisscher, palazzo Grassi, Venise. L'artiste enflammant une de ses œuvres  © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 13 avril 2018. 

Exposition Urs Fischer, Madame Fisscher, palazzo Grassi, Venise  © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 13 avril 2018. 

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