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Publié par Gilles Kraemer

 

Alexandre Carin, Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, 2016. Huile sur toile. 155 x 190 cm. © remerciements H Gallery, octobre 2018.

Le Jardin aux sentiers qui bifurquent. Partant de textes de Jorge Luis Borges (1899-1986) parus dans Fictions (1951), le titre de ce tableau donne le fil de cette exposition présentant une vingtaine de toiles d'Alexandre Carin (1971). Une surface de deux instants juxtaposés, une duplication presque fidèle, quelques différences cependant, d'un immeuble parisien avec les ramures d'un grand arbre. Comment ne pourrait-on songer dans cette instantanéité d'un moment arrêté à Gustave Caillebotte, à la verticalité verte du réverbère de Rue de Paris; temps de pluie (1877) scindant la place de Dublin et à son arbre de la ville haussmannienne Le Boulevard vu d'en haut ? Deux captures dans ce passage du temps. Revenons sur Borges et ses mondes réels et possibles alors qu'il n'en existe qu'un, un monde "compossible", celui que nous connaissons. "Cette trame de temps qui s'approchent, bifurquent, se coupent ou s'ignorent pendant des siècles, embrasse toutes les possibilités".

Vue de l'exposition  © remerciements Alexandre Carin, octobre 2018.

Dans nombre des tableaux d'Alexandre surgit cette verticalité, centrée ou décalée, une coupure génératrice d'un espace irrationnel. Espace dans lequel le spectateur y ajoute ou peut y ajouter sa narration, son histoire, ses pensées. Intrusion de l'extérieur dans l'intérieur, de l'âme de l'amateur dans la pensée de l'artiste. Comment une image peut-elle être envahie par la pensée, dans ce lien entre le regardeur et l'œuvre suggérant un œil cinématographique. Une image-temps dans cette immobilité de la captation de l'instant, une image-mouvement dans cette césure verticale à la Fontana donnant naissance à une séquence, à de futures séquences, comme si "le tableau était peint par une main doublée et même triplée".

Dans cette acceptation d'un format vertical de nombreuses toiles, la "toile" du cinéma, le côtoiement entre peinture et 7e art. Une femme est une femme est un hommage à Jean-Luc Godard, comme il le souligne, comme Susannah renvoie au rouge, "ce rouge si important chez ce cinéaste, celui de la robe d'Anna Karina".

Alexandre Carin, Liquid (Self portrait), 2018. Huile sur toile. 60 x 89 cm. © remerciements H Gallery octobre 2018.

Dans une modulation de la lumière, Alexandre se reconnaissant "plus luministe que coloriste", cette modulation crée une vibration visible dans Liquid (self portrait), tableau comme l'annonce d'un futur cheminement d'Alexandre dans sa circulation troublée de la couleur.

Alexandre Carin, Le Couchant, 2016. Huile sur toile. 100 x 180 cm. © remerciements H Gallery, octobre 2018.

Le couchant avec la lumière, l'on ne voit que des ombres alors que chez Claude, le Lorrain, un des maîtres anciens auquel il se réfère - ceci fait plaisir de rencontrer un artiste qui connaît (enfin) l'histoire de la peinture au contraire de certains ludions-assembleurs de l'art contemporain - le soleil nous éblouit. Ces ombres, retrouvées aussi dans Lumière, procurent une étrangeté de l'espace, lui insufflant une poétique de la vie quotidienne dans cette non recherche du spectaculaire. L'impression la plus pure, la plus ascète, cette fragilité tout en longueur qui lui plaît à trouver chez Alberto Giacometti.

Alexandre Carin © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, octobre 2018.

"Je me nourris de ce que je vois, j'explore le rapport à l'image. Et, je trouve de la joie dans la recherche". 

Dans l'atelier du peintre Alexandre Carin © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, février 2016.

Gilles Kraemer

Alexandre Carin. Le Jardin aux sentiers qui bifurquent

11 octobre - 24 novembre 2018

H Gallery (H comme Héliante et Hélion)

90, rue de la Folie-Méricourt - Paris

Internet www.h-gallery.fr/

Peintures de 1 100 € à 5 200 €.

Exposition également de photographies de Rémi Chapeaublanc. Le dernier Tsaatan

 

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