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Publié par Gilles Kraemer

Brussels Design September, événement incontournable pour les passionnés du design, pendant le mois de septembre. Plateforme de rencontres de designers belges et internationaux, cette manifestation à Bruxelles se décline à travers des expositions, des conférences, un parcours Arts & Crafts, le concours Commerce Design Brussels ou encore The Brussels Design Market (29 et 30 septembre à Turn & Taxi). Autant de lieux de dialogues et de rencontres entre designers, architectes et amoureux du design. Provoquez et développez votre goût, confrontez-vous aux belles choses, découvrez la créativité et l'innovation.

 

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

Pendant un mois, la capitale du royaume va stimuler votre curiosité. Dans cette effervescence, découvrez à BOZAR Objets ambigus. Bijoux contemporains, une passion. Cette institution, sur la "Colline des arts" si bien dénommée, présente la collection de bijoux contemporains de Solange Thierry-de Saint Rapt. 

 

Entretien à Bruxelles avec cette collectionneuse dont plus d'une centaine de bijoux est montrée plus un éventail de Jacques An Lanh. De Jean Boggio que je qualifie de "poète des bijoux" à Giorgio Vigna. De Tsuri Gueta à Thierry Bontridder. De Daniel von Weinberger à Agathe Saint Giron. Des Frères Campana dont le collier La Corde au Cou est le visuel de l'affiche au collier de Giampaolo Babetto - dont elle dit que son travail correspond à un concept d'équilibre -  qui lui fut offert par ses amis. Un choix parmi environ 150 créateurs entrés dans sa collection.   

 

Jean Boggio, bague sculpture à secret puisqu'elle recèle un minuscule livre avec les dessins préparatoires Pikotzea 2, 2016. Or, argent rodhié, 156 tsavorites, améthystes, turquoise, jade, 18 tourmalines, chrysoprase et agate verte. 4,5 x 4,3 x 5,2 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

Gilles Kraemer : BOZAR consacre une exposition à votre collection. Depuis quand cette "passion" pour le bijou contemporain est-elle advenue comme l'énonce le titre d'un ouvrage que les éditions du Regard vous consacrent ? Il y a-t-il un atavisme puisque vous appartenez à une lignée de collectionneurs.

Solange Thierry-de Saint Rapt : Certes, j'appartiens à une famille curieuse de l'art. Quelqu'un de ma famille collectionnait des "memento mori", des vanités qu'elle légua à une institution française. Ma passion pour le bijou contemporain est plutôt née dans les années 1980, années pendant lesquelles j'ai dirigé la revue d'art L'Œil [ndr elle en fut rédactrice en chef jusqu'en 1997]. J'ai ainsi rencontré des créateurs, à côté de ceux utilisant de façon traditionnelle l'argent, l'or ou des pierres précieuses, osant les matériaux les plus divers, du caoutchouc, du papier, du cuir, du bois, du liège... . C'est dans un esprit de curiosité que commença cette collection de bijoux que je qualifie de "transgressifs". Car ils transgressent les codes de la bijouterie et de la joaillerie classique.  

 

Claude Lalanne, collier Arum, années 1970. Cuivre galvanisé. 22,5 x 23 cm.. Collier Orchidée, 15.12.1989. Cuivre galvanique et et bronze. 19 x 13 cm.  © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

G.K. : Le plus ancien de vos bijoux est une broche châtelaine de Line Vautrin, vers 1940, en bronze doré. Et un collier La pêche miraculeuse, vers 1945, de cette artiste connue du grand public pour ses "miroirs sorcières" alors qu'elle fut une grande créatrice de bijoux. Puis un bracelet Vésuve en laiton d'Alexander Calder, vers 1940-1945. Deux colliers de Claude Lalanne en cuivre galvanisé : Arum et Orchidée, des années 1970 et de 1989. Un univers encore classique du bijou.

S.T.-de S.R. : Pas tellement par les matériaux. Line Vautrin fut la première à entrer dans ma collection car elle transgressait le matériau dans une démarche innovatrice. Même qualificatif pour Claude Lalanne novatrice dans la démarche de la pratique de la galvanoplastie. 

 

Pol Bury, bracelet Boules des deux côtés d'un cylindre, 1968. Forme jonc, ponctué à l'extérieur et à l'intérieur de billes or jaune © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

G.K. : Votre regard se tourne vers des bijoux de créateurs en premier et, un peu d'artistes, de designers ou d'architectes. Pol Bury et son bracelet Boules des deux côtés d'un cylindre de 1968. François Morellet et sa broche Dislocation en argent, 2012. Élisabeth Garouste en collaboration avec le sculpteur Marc Gassier pour la broche Jazz en bronze argenté, 2011. Zaha Hadid et son bracelet torsadé en argent, 2016. Takis et le collier Scarab en acier, argent et pastilles de fer aimantées, 2011. Que vous procurent-ils ?

S.T-de S.R. : 95 % de ma collection est celle de créateurs, seulement 5% de plasticiens. Le créateur conçoit, exécute dans son atelier, principalement des pièces uniques alors que le plasticien confie à un orfèvre le soin d'exécuter le bijou d'après le dessin qu'il lui a fourni. Il pourra être réalisé en édition, plus ou moins importante.

 

François Morellet, boche Dislocation, 2012. Argent avec finition mate et gravure oxydée et noircie. 12,5 x 6,4 cm.  courtesy photographie de Paul Louis Paré dans l'ouvrage Bijoux contemporains, une passion.

 

Le bracelet de l'artiste belge Pol Bury fut le déclencheur de cette exposition puisque je l'avais prêté pour l'exposition Pol Bury. Time in notion que BOZAR lui consacra [ndr 23 février - 4 juin 2017]. Cette institution m'a proposé dès lors de présenter ma collection. Pour Morellet, coup de cœur. Pour Zaha Hadid, le seul bijou que cet architecte déconstructiviste irako-anglaise  dessina. Takis, à ma connaissance, un bijou qu'il a réalisé lui-même. Que me procurent-ils ? Je ne peux m'en passer. Même chez moi, je porte un bijou. Je m'habille sobre, de noir, de blanc ou de violet [ndr, cette dernière couleur est sa préférée. Dans un clin d’œil son éditeur a souhaité que gardes et contre-gardes de l'ouvrage soient violet], car seul le bijou compte. Il ne saurait souffrir d'un tissu à motifs ou imprimé.  

 

John Moore, collier Verto, 2017. Triangles en aluminium anodisé colorés violet et jaune. Diamètre 42 et 22 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

G.K. : José Alvarez, écrit, de vos bijoux qu'ils sont "élus". Ajoutant que vous êtes "une artiste qui envisage la parure à travers le prisme de la performance". Les deux photographies de vous, en ouverture de l'ouvrage vous représente, portant les colliers Verto en aluminium anodisé de John Moore, 2017 et Chopin, le bien nommé, constitué de touches et de pédales de piano d'Alina Alamorean, 2012. Tous les deux, vous les arborez comme une collerette en éventail ou une fraise d'une femme du XVIe siècle. Quel rapport "physique" entretenez-vous avec vos bijoux, encore plus avec la bague Le Roi de Patricia Lemaire ?

 

 

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

S.T.-de S.R. : Intuition physique, oui. Tous les bijoux que je possède je les ai tous portés et je les porte. C'est un véritable contact, il faut apprendre à bouger avec eux, à se mouvoir. Mais, je ne suis nullement en représentation, je suis moi-même. 

 

Alina Alamorean pour le collier Guerrier urbain, 2011, à gauche. Trente-cinq vis à tête romaine en fer oxydé provenant d'un lit du XIXe siècle, montées sur une torque en argent massif. 46 x 38 cm. Collier 29 Augustus 1987 de Reppe Kessler, 1987, à gauche, en papier et textile. Diamètre 26 et 19 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

G. K : Le titre de l'exposition de Bozar est Objets ambigus. En quoi réside cette ambiguïté ?

S.T-de S.R. : Ambiguïté, oui, car en regardant ma collection, l'on ne sait s'il s'agit vraiment d'un bijou ou d'un objet. L'on hésite. 

 

Paul Derrez, collier, 1985. Liège coloré. Diamètre 35 et 14 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

G. K. : Toute collection est un portait chinois. Dis moi ce que tu collectionnes et je te dirai qui tu es. Ce ne sont pas que bijoux d'or, d'argent, sertis de pierres précieuses ou semi-précieuses. Vous cassez "le code" en regardant la chaîne de vélo pour On va faire du vélo d'Alina Alamorean, 2016, le fer rouillé de Marianne Anselin pour Rayonnant, 2007. Et même du papier pour Augustus de Beppe Kessler de 1987. Provocatrice, avant-gardiste ou tout simplement en phase avec notre temps dans lequel toutes les propositions artistiques se télescopent. Et dans une réminiscence si Yves Klein avec Abysses de Stefano Poletti, 2010, des éponges bleuies et une boule de liège dorée unies par un fil d'or. La simplicité de ce collier..

S.T.-de S.R. : Marianne travaille sur les objets de récupération comme Alina. Tout est bon. Même la coquille Saint Jacques selon Gilles Jonemann, 2016. Ou le collier Grand Cercle du même créateur, fait de coquilles d'un œuf d'autruche sur les quels il a collé des petits plumes. Lorsqu'on le voit, l'on ne peut penser qu'il s'agit d'un œuf.

 

Alina Alamorean, bague Architecture, 2014. Argent massif, or, diamants, rubis, émeraude. 9,7 x 9,2 x 9,2 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

J'ai même confié à Alina Alamorean des bijoux de ma mère qu'elle a intégrés dans une bague en argent massif  Architecture en 2014, lui donnant la possibilité d'aller plus loin dans son travail et dans le respect vis-à-vis du travail du joaillier.

Le bijou est fait pour être porté. Dans ce rapport entre la matière précieuse et la matière brute, ceci possède la même valeur. Seul le plaisir, le coup de cœur m'intéresse. Et ainsi, l'on peut aller plus loin. 

 

G.K. : Collier, bague, bracelet ou bracelet manchette, broche, qui a votre préférence ? Pourquoi un éventail de Jacques An Lanh, 2015, d'écaille de tortue, défense de phacochère et d'ébène a-t-il rejoint votre collection ?

 

 

Giampaolo Babetto, collier, 2016. Or blanc strié formé de 48 cubes. Longueur 90 cm. © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

S.T-de S.R. : Tous ont ma préférence. Les broches moins nombreuses car il est très difficile de les poser sur un vêtement. Et, vous remarquerez que les boucles d'oreilles sont absentes. L'éventail, Jacques me l'a offert après que je lui ai commandé un collier en écaille de tortue, ambre et quartz fumé. Il est la  correspondance entre ses deux créations. 

 

G.K. : Votre collection pourrait-elle être un Kunstkammer ?

S.T-de S.R. : Un peu. Mais ma collection n'est pas montrée chez moi, elle est rangée dans des tiroirs.  

 

Gilles Kraemer

Objets ambigus. Bijoux contemporains, une passion

Collection de Solange Thierry-de Saint Rapt

5 septembre - 14 octobre 2018

BOZAR - Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Bruxelles - Belgique

Scénographie d'Ambra Fabi de l'agence Piovenefabi en 7 sections. 

Internet www.bozar.be/fr

 

 

Bijoux contemporains, une passion. Introduction de José Alvarez. Textes de Solange Thierry-de Saint Rapt, Chantal Bizot et Nadine Coleno. 348 pages. 450 illustrations. EAN : 978 284105 3636. Éditions du Regard, Paris. Prix 49 €

Internet www.editions-du-regard.com/

Couverture de l'ouvrage représentant le collier Garro Tina, 2017, de Faust Cardinali. Argent, or, acier, diamants, émeraude, plexiglas © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, BOZAR, Bruxelles, 4 septembre 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brussels Design September, un parcours urbain à découvrir dans les magasins, pop-up stores, galeries et espaces culturels. Bruxelles-Midi n'est qu'à 90 minutes de Paris-gare du Nord par le Thalys. 

Même KANAL-CentrePompidou participe avec Between Art & Design. The Belgian scene et la présentation du Pavillon Lasvit Lisuidkristal de Ross Lovegrove, pavillon figurant sur ce visuel. Le Centre Pompidou Paris réserva une exposition au printemps 2017 à ce designer gallois.

 

Ros Lovegrove, Pavillon de verre, 2012. Verre liquikristal, structure en acier, plafond tendu barrisol. Éditeur Lasvit, république Tchèque. Don de Lasvit en 2017. Collection du Centre Pompidou, Paris, musée national d'art moderne /Centre de Création Industrielle © photogtaphie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, KANAL - Centre Pompidou, Bruxelle, 3 septembre 2018.

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