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Publié par Gilles Kraemer

Giovanni de'Busi, detto Il Cariani (San Giovanni Bianco 1485 - 1547 Venise) Le Christ et la femme adultère (détail) vers 1530. Huile sur toile. 82 x 126 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Jeanne Magnin (1855 1937) et son frère Maurice Magnin (1861 1939) constituèrent entre 1881 et 1935 une collection. Les salles de ventes de Droit furent l'unique provenance des 2 000 œuvres acquises, données en 1937 à l'État avec l'hôtel particulier familial dijonnais et des biens immobiliers. Installée dans l'hôtel Lantin - Maurice engagera des travaux d'aménagement des communs et des écuries en 1930, confiés à son ami l'architecte Auguste Perret, pour leur donner une vocation muséale - cette collection est conservée dans "son jus", en un esprit de demeure habitée et meublée. C'est le charme de cette institution devenue musée national en 1947, présentant des chefs d'œuvre de la peinture française de Laurent de La Hyre, Eustache Lesueur et Sébastien Bourdon, de Théodore Géricault ou de Jules Bastien-Lepage.

Comme le legs du duc d'Aumale pour Chantilly, les œuvres de Magnin ne peuvent quitter la rue des Bons Enfants. Pareille problématique pour la collection du peintre Léon Bonnat - avec le cabinet des dessins des maîtres, entre autres - au musée bayonnais Bonnat-Helleu. (1)

 

Dans une concordance avec l'exposition Rencontres à Venise : étrangers et vénitiens dans l'art du XVIIe siècle au musée Fesch à Ajaccio en partenariat avec les Gallerie dell'Accademia de Venise et celle du Grand Palais Éblouissante Venise ! Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle, le musée Magnin présente Un été vénitien avec des prêts du musée des Beaux-Arts et de la bibliothèque municipale de Dijon et celui d'une collection privée. Parallèlement un nouveau accrochage de ses tableaux italiens est proposé. Ce fonds étudié par Arnaud Brejon de Lavergnée, fit l'objet en 1980 du Catalogue des tableaux et dessins italiens du XVe au XIXe siècle, soit 151 toiles et 81 dessins répertoriés.

Cette double exposition a été montée dans un temps relativement court par Sophie Harent, conservateur en chef, nouvelle directrice depuis mars 2018. Dans ses nouvelles taches figurent la transformation de salles réserves en salles d'expositions et la restauration de la cage d'escalier. (2)

Plongée dans la Serenissima, entre Cinquecento et Settecento en 28 peintures, dessins, estampes et livres.

Sebastiano Ricci (Belluno 1649 - 1734 Venise), Lucrèce se suicidant sous les yeux de son père Lucretius et de son mari Tarquinius Collatinus (détail), vers 1705. Huile sur toile. 148 x 200 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Splendide leçon de Sebastiano Ricci Lucrèce se suicidant sous les yeux de son père Lucretius et de son mari Tarquinius Collatinus (vers 1705). Furie baroque dans la théâtralisation de la décision de la Romaine s'étant poignardée devant son mari, son père et un enfant. Jeu du trio des regards face au geste irréversible. Main pleine de force du mari, douceur de celle de son épouse. Geste d'effroi de l'enfant voyant que Collatinus n'a pu stopper l'irréfragable geste. Présence lointaine de Lucretius percevant le dénouement d'où son retrait de l'action. Lame du poignard ensanglantée. L'opéra baroque dans toute sa fulgurance et l'exacerbation des sentiments. Émergence de la peinture décorative rococo dont Ricci est l'un des épigones. Drapé tout en mouvement de la cape rouge du mari qui a couru pour briser la main fatale. Attitude de l'épouse telle une Vierge de l'église catholique s'étant sacrifiée, déjà dans un ailleurs par la pensée. Fastueuse robe blanche et broderies or, peau diaphane seulement troublée par le rose de son téton et la blessure mortelle qu'elle pointe de l'index.

Giovanni Antonio Pellegrini (1675 - Venise - 1741), Suzanne et les vieillards, vers 1710. Huile sur toile. 117 x 99 cm.. Dijon, musée Magnin. Mécénat de la Société des Amis des Musées de Dijon pour sa restauration par Françoise Auger-Feige © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Face à cette grandiloquence, le geste de la douceur chez la pastelliste Rosalba Carriera, élue à l'académie de Saint-Luc à Rome en 1701 et à celle de Paris lors de son séjour en 1720-1721. Sollicitée comme portraitiste incomparable, sa carrière l'amène à se déplacer en Europe. Le Printemps (1720-1721) appartint à Jean-Baptiste Fleuriau, comte de Morville qui en commanda en 1728 son pendant Jeune fille à la colombe (musée des Beaux-Arts de Dijon).

Son beau-frère Giovanni Antonio Pellegrini est représenté par Suzanne et les vieillards, dans l'instant précédant l'accusation de l'adultère. Chemise coquine, ampleur du drapé orange, tout est démonstration de la maestria du rendre compte de la somptuosité de ce vêtement occupant la moitié de la composition. C'est lui le point focal du tableau, Suzanne et les deux voyeurs importent peu. (3).

Giovanni de'Busi, detto Il Cariani (San Giovanni Bianco 1485 - 1547 Venise) Portrait d'un joueur de lira da braccio (vers 1512-1515). Huile sur toile. 64 x 51 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

L'exposition s'ouvre sur Giovanni de'Busi, detto Il Cariani Le Christ et la femme adultère (vers 1530), peinture dans l'influence de La Femme adultère de Lorenzo Lotto (1527-1529) du Louvre. Tableau permettant à Giovanni de développer toute sa maîtrise dans le rendu des expressions du visage dans une veine d'Albrecht Dürer - séjournant à Venise entre 1504 et 1507 -, dans celui des costumes et des armures. Une huile impressionnante par sa grandeur, manifestement un œuvre commandée pour un amateur souhaitant, au-delà de la narration d'un épisode de la vie du Christ tiré de l'Évangile de Jean, plus la représentation d'une "curtigiana" onesta ou courtisane "intellectuelle" qu'une prostituée.

L'on s'attardera, du même peintre, sur Portrait d'un joueur de lira da braccio (vers 1512-1515), peinture silencieuse et intellectuelle autour de la musique perçue comme un temps de rêverie, dans une réminiscence giorgionesque.

 

Bernardo Strozzi (Gênes 1581 - 1644 Venise), Portrait de Giovanni Donato Corregio en Persée, vers 1633-1640. Huile sur toile. 108 x 88 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Face à ces œuvres, Portrait de Giovanni Donato Corregio en Persée de Bernardo Strozzi (vers 1633-1640). Giovanni, tout à son avantage, tel le héros grec vainqueur, torse nu, belle moustache, teint rose, main posé sur l'épée qui trancha la tête de la Gorgone. Manifestement, ce marchand s'art souhaitait "en imposer" ou éblouir quelque belle en commandant ce portrait mythologique largement à son avantage, dans cette touche enlevée. Plus un portrait de comédien que d'un héros, dans ce travestissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Francesco Guardi (1712 - Venise - 1793), Cour d'un palais à Venise, 2e moitié du XVIIIe siècle. Plume et encre brune, lavis brun. 11,2 x 13,4 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

 Songeant à Venise, de suite les "vedute" viennent à l'esprit. Ici pas de tableau mais un dessin de Francesco Guardi : Cour de palais à Venise. Il ne s'agit pas d'une représentation réelle de la ville, un souvenir rapporté du Grand tour, mais d'une architecture "caprice" mêlant portique des Mercerie, galerie de la piazza, escalier des Géants, dans une rapidité du mouvement et une sensation de vibration de la lumière apportée par le lavis.

Giambattista Tiepolo (Venise 1696 - 1770 Madrid), L'Éducation de la Vierge, vers 1720-1722. Huile sur toile. 48 x 27,3 cm.. Dijon, musée des Beaux-Arts © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Giambattista Tiepolo (Venise 1696 - 1770 Madrid), Mucius Scaevola et Porsenna, vers 1726-1727. Huile sur toile. 48,5 x 27 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Peintre de la grande peinture décorative, fresquiste hors pair, Giambattista Tiepolo - dont deux dessins de son fils aîné Gian Domenico sont présents : Le Couronnement de la Vierge et Étude de cheval (musée des Beaux-Arts, Dijon), est un talentueux peintre de tableaux religieux et mythologiques dont deux esquisses sont exposées. L'Éducation de la Vierge, œuvre de jeunesse, première idée pour le tableau de l'église vénitienne Santa Maria della Fava toujours en place. Mucius Scaevola et Porsenna relatif à l'histoire romaine de l'héroïsme de Mucius qui sera surnommé Scaevola après avoir mis sa main droite dans le feu, "bozetto" ou première pensée d'un tableau d'une série des Dix faits de l'histoire romaine qui ornaient le palazzo Dolfin, aujourd'hui au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.

 

 

Francesco Fontebasso (1709 - Venise 1769), La Rançon ? (détail), 2e ou 3e quart du XVIIIe siècle. Huile sur toile. 73 x 56 cm.. Dijon, musée des Beaux-Arts © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Francesco Fontebasso ? Une seule toile de cet élève de Sebastiano Ricci, à la carrière essentiellement vénitienne, au Louvre, Vierge apparaissant à saint Jérôme. Celle du musée des Beaux-Arts de Dijon demeure énigmatique dans le corpus de cet artiste, ayant regardé Giambattista Piazzetta, relevant principalement de sujets historiques. Dans une composition resserrée, un homme enturbanné donne des pièces à un hallebardier, derrière lui une jeune fille observe. S'agit-il d'une allégorie ? Effet de lumière sur le casque du soldat, jaune chaud du vêtement du vieil homme.

Giusuppe Zaïs (Forno di Canale 1709 - 1784 Trévise), Après la bataille, première moitié du XVIIIe siècle. Huile sur toilr. 83 x 110 cm.. Dijon, musée Magnin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Trois tableaux récemment restaurés sont présents. Suzanne et les vieillards de Giovanni Antonio Pellegrini; restauré par Françoise Auger-Feige, il a bénéficié du mécénat de la Société des Amis des Musées de Dijon. Après la bataille de Giuseppe Zaïs a été restauré par Aldo Peaucelle dans le cadre d'un mécénat de compétence dont a également profité Mucius Scaevola et Porsenna de Giambattista Tiepolo.

Gilles Kraemer

déplacement et séjour personnel à Dijon

Un été vénitien

24 juillet - 11 novembre 2018

Nouvel accrochage des œuvres de la collection italienne © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018.

Nouvel accrochage des œuvres de la collection italienne Magnin. Autour du Maître de San Torpé et sa Vierge à l'enfant (vers 1320), Vérone (Alessandro Turchi), de la Lombardie (Giovanni Battista Crespi), de Bologne et de l'Émilie (Annibale Castelli), de Florence (Suzanne et les vieillards d'Alessandro Allori (1561), Michele di Rodolfo), de Rome (Giovanni Baglione, Moïse et les filles de Jehtro de Giovanni Francesco Romanelli (1654-1657)) et de Naples (Gaspare Traversi; Luca Giordano).

Musée Magnin - 21000 Dijon

musee-magnin.fr/

Prochaine exposition du 23 novembre 2018 au 24 février 2019 Rêve(s) d'Orient dans le cadre du festival dijonnais Les nuits d'Orient. Prenant place dans cette manifestation, cette exposition - tableaux, dessins, sculptures, costumes, estampes et livres - bénéficie de prêts des musées de Lyon, Dijon, Beaune, Nuits-Saint-Georges, Moulins et de galeries, s'ajoutant œuvres de Magnin. Réunissant une soixantaine de numéros, elle concernera le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et l'Égypte.

Octobre 2019 sera la célébration des 80 an de cette institution avec une exposition consacrée à son histoire et à cette collection qui s'arrêta aux prémices de la modernité. 

 

Éblouissante Venise ! Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle

Grand Palais - Paris. 26 septembre 2018 - 21 janvier 2019 www.grandpalais.fr/fr

Rencontres à Venise : étrangers et vénitiens dans l'art du XVIIe siècle

Musée Fesch - Ajaccio. 29 juin - 1er octobre 2018. En partenariat avec les Gallerie dell'Accadémia de Venise www.musee-fesch.com/ 

 

(1) La thèse de doctorat d'histoire de l'art soutenue par Guy Saigne le 12 décembre 2015 a été publiée sous le titre .Léon Bonnat. Le portraitiste de la IIIe République. Il s'agit du catalogue raisonné de ses portraits. 

(2) En poste précédemment au musée Bonnat-Helleu depuis août 2010, Sophie Harent y a suivi dès l'origine et avec passion les travaux de rénovation et d'extension de cette institution municipale, fermée au public depuis le 11 avril 2011, "le bâtiment prenant littéralement l'eau" .www.sudouest.fr/2016/09/20/bayonne-le-nouveau-musee-bonnat-helleu-prevu-pour-2019-2507398-4018.phpSa réouverture-extension prévue en 2019 est actuellement fixée à 2020..lecurieuxdesarts.over-blog.com/2018/06/reouverture-du-musee-bonnat-helleu-a-bayonne-prevue-en-2021-un-don-et-deux-nouveaux-tableaux.html

(3) À Venise et en Vénétie, les liens familiaux étaient importants. Giovanni Bellini, fils du peintre Jacopo, frère du peintre Gentile. Andrea Mantegna beau-frère de Giovanni Bellini. Le père Antonio Vivarini, son fils Alvise et l'oncle Bartolomeo. Dans les derniers feux de la République, les Tiepolo.  

Le 17 mai 2019, le musée des Beaux-Arts de Dijon aura terminé sa métamorphose, projet engagé dès 2001. Le chantier de rénovation, mené dans un musée resté ouvert au public pendant la durée des travaux a été séquencé en deux phases. De 2011 à 2013 puis de 2016 à 2019, le choix adopté étant de laisser le musée ouvert tout au long du chantier.beaux-arts.dijon.fr/ 

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