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Publié par Gilles Kraemer & Guillaume Kraemer

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Tragédies romaines. Jules César © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018. 

 

Musique fortissimo. Texte remanié, coupé. Inversion des rôles. Mec à poil ou en slip blanc; ici le slip était noir. Vidéo omniprésente. Tout ce que j'abhorre est réuni. Tous ces poncifs dans lesquels se complaisent les metteurs en scène "s'attaquant" à des textes contemporains ou classiques qui doivent être "obligatoirement" démodés.

Mais... miracle.

Ceci fonctionne avec ces Tragédies romaines, trois pièces d'après William Shakespeare : Coriolan. Jules César. Antoine et Cléopâtre, montées à Avignon dans la cour d'honneur du Palais des Papes en 2008 où triompha Ivan van Hove.

Tragédies romaines. Jules César © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018.

 

Triomphe une nouvelle fois à Paris, à Chaillot, dix ans après. Déjà un classique, tellement et toujours percutant, comme s'il venait de naître. 5h 30 de pur bonheur théâtral, par la magie d'Ivan van Hove, directeur du Toneelgroep d'Amsterdam depuis 2001. Pour notre plus grand plaisir et dans un profond respect de l'Anglais. Sa ligne de conduite, celle de jouer ces trois pièces dans l’ordre de "l’évolution de l’Histoire depuis les débuts très pénibles de la démocratie dans Coriolan, à l’instauration d’une sorte de bipartisme dans Jules César, pour arriver à un monde globalisé dans Antoine et Cléopâtre.". Le portrait de la République avant qu'elle ne se livre aux mains d'Octave pour devenir Empire.

 

 

Tragédies romaines. Jules César © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018.

Ivan van Hove ne voit pas de modification du texte, de rajouts, mais une nouvelle traduction qu'il a souhaitée. "Par contre, j’ai pris deux décisions importantes : d’abord couper toutes les scènes de guerre et les remplacer par des moments musicaux pendant lesquels on fait le récit de ces guerres, ensuite supprimer toutes les scènes où le peuple parle pour nous concentrer sur les scènes qui ne concernent que les politiciens et leurs discours". Nouveau coup au cœur en écoutant cette musique commandée à Eric Sleichim soulignant et visualisant ces moments de fureurs, de batailles terrestres ou navale, ces chocs de cavalerie, de légions, le sac de Corioles.

Tragédies romaines. Antoine et Cléopâtre. Rencontre entre Antoine et Octave © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018.

 

Des femmes interprètent des rôles d’hommes ? "Parce que de nos jours les femmes jouent des rôles politiques très importants. Elles font partie du personnel politique. Elles dirigent un certain nombre de gouvernements en Europe et ailleurs". Octave est une femme appelée Octavie, à laquelle l'on s'adresse en féminisant les propos. C'est légèrement bizarre, le temps d'un clignement d'œil et puis, l'on oublie tout, écoutant le texte, regardant les acteurs, entrant dans leur armure d'insensibilité dont ils doivent se vêtir pour accéder au pouvoir suprême avant de chuter dans le sang. Mais le monde politique est souvent masculin. Que montrent comme personnalités politiques les vidéos tournant en boucle disséminées dans cet immense salon ultra chic - salle de congrès modulable - palais - salle de commandement militaire - studio de télévision ? Vladimir Poutine, Emmanuel Macron, Donald Trump, Kim Jong-un ? L'exception de Hillary Clinton. John Fitzgerald Kennedy avec sa famille dans le sous-entendu de manipulation de l'opinion publique. Auxquelles s'ajoutent les compétitions de natation pendant les Jeux olympiques de l'été 2012 à Londres.

Tragédies romaines. Coriolan © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018.

 

La visualisation de la naissance d'un cyclone pendant Coriolan nous rappelle que ces trois tragédies nous entraîneront dans le tourbillon des passions et des ambitions, des alliances, des mésalliances, de la mort, des morts, depuis 493 av. J.-C., date de l'assassinat de Coriolan jusqu'à ce que ses successeurs  rejouent la tragédie du pouvoir et l’assassinat en 44 av. J.-C. de César et les suicides en 30 av J.-C. d'Antoine et de Cléopâtre.

Tragédies romaines. Antoine et Cléopâtre. Octave contemplant les corps d'Antoine et de Cléopâtre  © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018.

 

Seule cette dernière tragédie est donnée dans sa presque intégralité sur ce plateau sur lequel les spectateurs sont invités à s'asseoir, à boire et incités à partager leurs sentiments en direct sur les réseaux sociaux. Du théâtre inter-actif. Prévenant les spectateurs du déroulée de l'action, des messages défilent en lettres rouges, au dessus de la scène, comme dans les chaînes d'information en continu, annonçant le nombre de minutes qui restent encore à vivre aux comédiens, telle Atropos des Parques. Et des pendules égrènent le temps entre Sydney et Seatle, Rome et le Caire ou Athènes. Le temps est toujours le même dans le gouvernement de l'égo, dans n'importe quelle partie du monde.

 Tragédies romaines © Le Curieux des arts Guillaume Kraemer, juin 2018.

Gilles Kraemer

5ème rang, places achetées

Samedi 30 juin 2018. Seconde représentation. Applaudissement debout

Photographies Guillaume Kraemer

  

Tragédies romaines

d'après William Shakespeare (1564-1616) : Coriolan. Jules César. Antoine et Cléopâtre. Traduction Tom Kleijn. Spectacle en néerlandais surtitré en français

Mise en scène  Ivo van Hove

Dramaturgie  Bart Van den Eynde, Jan Peter Gerrits, Alexander Schreuder

Musique  Eric Sleichim

Costumes  Lies Van Assche

Scénographie, Lumières  Jan Versweyveld

Vidéo  Tal Yarden

Assistanat à la mise en scène  Matthias Mooij

Direction des  répétitions  Nina de la Parra
Assistanat à la scénographie  Ramón Huijbrechts

Assistanat à la musique  Ief Spincemaille

Avec  Hélène Devos, Fred Goessens, Janni Goslinga, Marieke Heebink, Robert de Hoog, Hans Kesting, Hugo Koolschijn, Maria Kraakman, Chris Nietvelt, Frieda Pittoors, Gijs Scholten van Aschat, Harm Duco Schut, Bart Slegers, Eelco Smits (Comédiens), 

Ruben Cooman, Yves Goemaere, Hannes Nieuwlaet, Christiaan Saris (Musiciens)

Production Toneelgroep Amsterdam.

Théâtre national de la danse Chaillot - Paris

Du vendredi 29 juin au jeudi 5 juillet 2018. Cinq représentations.

 

Pour le 72ème Festival d'Avignon, il met en scène Les choses qui passent - De Dingen die voorbjgann - d’après le néerlandais Louis Couperus (1863-1923). Cour du Lycée Saint-Joseph.14 au 21 juillet 2018.

 

Toujours en mémoire ses deux mises en scène : Les Damnés présentés en 2016 à Avignon et Boris Godounov à l'Opéra Bastille ce printemps 2018.

Tragédies romaines. Jules César. Photographie Jan Versweyveld

Tragédies romaines. Antoine et Cléopâtre. Photographie Jan Versweyveld.

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