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Publié par Gilles Kraemer

"Pourquoi consacrer une rétrospective [sa première exposition monographique] à un artiste inconnu du grand public, mort il y a 350 ans, et que les historien de l'art eux-mêmes, à quelques exceptions notables, négligent ? écrivent Alexis Merle du Bourg et Sandrine Vézilier-Dussart, commissaires de l'exposition que le musée de Cassel consacre à l'Inconnu du Nord : Gaspar de Crayer. Avec l'appel "Entre Rubens et Van Dyck" dans le titre de l'exposition pour le situer dans l'histoire de l'art.

 

Gaspar de Crayer, Portrait d'une femme avec un col en dentelle (détail), fin des années 1620. Huile sur toile, 82,5 x 64 cm.. Vienne, Gemäldegalerie der Akademie der bildenden Künsten © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.   Qui était Gaspar de Crayer dont le Belge - Hans Vlieghe auteur du catalogue raisonné de son œuvre peint et dessiné - et l'Espagnol - Matias Diaz Padrón, conservateur au Prado - contribuèrent à la réhabilitation dès 1960 ?

 

 

Lucas Faydherbe (1617 - Malines - 1697), Portrait de Gaspar de Crayer, vers 1640 ? Terre cuite, 51 x 45 x 28 cm.. Amsterdam, Rijksmuseum © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.

Qui était ce peintre qui ne quitta jamais sa patrie pour le tour en Italie obligatoire avec l'inconfort des risques de ce voyage ? Il restera dans le triangle Anvers où il naît en 1584, Bruxelles, résidence de la Cour, du gouvernement et des notables où il s'installe vers 1607, puis Gand de 1664 à son décès en 1669.

Attribué à Jacques Jordaens (1593 - Anvers - 1678), Portrait de Gaspar de Crayer (détail), vers 1640 ? Huile sur toile, 67 x 54,5 cm.. Collection privée © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.  Réponse en 56 œuvres dont 49 peintes ou dessinées de Gaspar - le corpus de son Œuvre est de 350 numéros -. Faudra-t-il souligner qu'un couple aristocratique formant pendant (Anvers, Fondation Phœbus) est présenté ici dans la Section portraitiste éclectique et peintre de cour; montré à titre d'hypothèse sous une attribution au peintre; ceci permettra " de dégager une forme de consensus en faveur (ou contre) cette conjoncture " souligne Alexis Merle du Bourg dans le catalogue de cette conséquente exposition consacrée à ce peintre de retables religieux et de puissants.

 

Portrait d'un homme, avec un chapeau et une collerette blanche. Portrait d'une femme, avec une robe noire et un éventail, années 1620-1630. Huile sur bois, 130 x 97 cm.. Anvers, Fondation Phœbus. Historique : Vienne, Dorotheum, 25 avril 2017, lot n°48 (comme "école anversoise, vers 1620") © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.  Au même titre que son aîné Rubens (1577-1640) ou son cadet Van Dyck (1599-1641) il appartient à l'aristocratie de sa profession : peintre de cour. Un des chefs-d'œuvre Portrait d'une femme avec un col en dentelle, l'inconnue de la cour des archiducs à Bruxelles, manifestement de la haute aristocratie par son regard décidé, hautain et pénétrant est le plus vandyckien de son corpus. Dans cette touche suggestive, la lumière sur la fraise démesurée en dentelle et l'ombre de la tête sur celle-ci est remarquable.

 

Gaspar de Crayer, Portrait d'une femme avec un col en dentelle (détail), fin des années 1620. Huile sur toile, 82,5 x 64 cm.. Vienne, Gemäldegalerie der Akademie der bildenden Künsten © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.   La famille royale contribue à sa fortune critique. Peintre de la cour, il portraiture le Cardinal-infant Ferdinand d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas; ce dernier offrira à son frère aîné le roi d'Espagne ce portrait, le peintre recevant en échange une chaîne d'or qu'il arbore sur son buste par Lucas Faydherbe (vers 1640 ?). Il conçoit la Triomphale Entrée de ce prince de l'Église dans la ville de Gand (1635), peignant l'éphémère décor de l'Arcus Caroli à la gloire de l'empereur Charles Quint. De ce monument, de toile et de bois, ne subsiste plus que le modello du Triomphe de Scipion l'Africain largement inspiré de l'esquisse rubénienne du Triomphe d'Henri IV (1628 ou 1630), supposant que le peintre fut admis dans le nucleus de la création, l'atelier de Rubens.

 

 

 

 

 

 

Gaspar De Crayer Portrait de Philippe IV d’Espagne en armure de parade (détail), vers 1627-1630. Huile sur toile, New-York, The Metropolitan museum of Art, Bequest of Helen Hay Whitney, 1944 © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.  Cette fréquentation du pouvoir lui permettra de recevoir la commande de portraits du "Roi planète". Avec humour, Alexis Merle du Bourg remarque que " avoir à Cassel deux Philippe IV d'Espagne , l'un venu de Madrid, l'autre du Met de New York est royal ". Pour un jeu possible des sept erreurs autour de la somptueuse armure d'acier trempé, gravé, repoussé et doré ?

 

Gaspar De Crayer Portrait de Philippe IV d’Espagne en armure de parade, vers 1627-1630. Huile sur toile, New-York, The Metropolitan museum of Art, Bequest of Helen Hay Whitney, 1944 © New York, The Metropolitan museum of Art.

Après la disparition du cardinal-infant, mort en 1641, il reste attaché à la cour de son successeur, l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg. Celui-ci possédait dans son oratoire privé La Sainte Famille avec le petit saint Jean-Baptiste (probablement 1653) à l'esthétique italianisante, dans une influence de Bologne. Exposé à côté, le modello, copie conforme de cette même Sainte Famille, est la préparation à la gravure éponyme éditée en 1653. Contrairement à Rubens, comprenant que la publicité de son œuvre peint passait par le truchement de l'estampe pour une large diffusion en Europe, Gaspar de Crayer ne saisit pas cette opportunité de faire connaître ainsi sa production picturale.

Gaspar de Crayer, L'Adoration des Rois mages avec l'autoportrait de Gaspar de Crayer (détail), 1609-1619. Huile sur toile, 133 x 202 cm.. Courtrai, église Saint-Martin © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.  Son tropisme, à côté d'un influence rubénienne et vandyckienne, le pousse vers l'Italie. L'Adoration des Rois mages avec l'autoportrait de Gaspar de Crayer (1609-1619), à la Vierge inspirée des Vénitiens laisse transparaître une réminiscence maniériste dans l'habit rouge d'un des rois, un ténébrisme caravagesque, un emprunt à Rubens dans ce format oblong et le mage maure. Ceci se perçoit dans le tableau épitaphe Pietà avec les deux donateurs (1627), dans le mouvement sinueux du Christ trouvant sa source dans Perugino et Fra Bartolomeo, dans l'italianisme de la Madone de La Vierge et l'Enfant Jésus et le chanoine (1634). 

 

Gaspar de Crayer, Job tourné en dérision, 1619. Huile sur toile, 268 x 196 cm.. Signé et daté en bas à droite "GD CRAYER 1619". Toulouse, musée des Augustins. Provient de la cathédrale Saint-Bavon, Gand  //  Le Martyre de sainte Catherine, vers 1622. Huile sur toile, Courtrai © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.  La peinture de Job tourné en dérision (1619) est rubénienne dans ses coloris bleu et rouge et sa composition. Très sculptural, trop sculptural tel un Laocoon alors qu'il est malade, ce juste apparaît un athlète de la foi dans un abandon de la providence. Autre chef-d'œuvre, Le Martyre de sainte Catherine (vers 1622), commande d'un chirurgien pour la chapelle de la sainte en l'église de Courtrai. Tout contribue d'une esthétique rubénienne, la statue de l'idole, le chien, le cheval; dans une perspective da sotto in su, puisque tableau d'église, le pinceau de Crayer garde une touche italienne, vénitienne dans le ravissement de la sainte accédant au mystique. L'hybridation de la ville lagunaire, "tinzianesque" même, se retrouve dans Ecce Homo, tableau de dévotion de l'archiduc Léopold-Guillaume. 

 

Gaspar de Crayer (1582-1669), Sainte Marie-Madeleine renonçant aux vanités du monde. Huile sur toile. 91,8 x 71,13 cm.. Anvers, Fondation Phoebus © The Phoebus Foundation.

L'amplitude de son corpus le pousse vers le larmoyant de Jean l'Évangéliste à Patmos ou l'érotisme subtil de Marie Madeleine renonçant aux vanités du monde, en se coupant les cheveux, abandon des appâts du monde dans ce don du sacrifice de la beauté.

Gilles Kraemer

envoyé spécial

 

Entre Rubens et Van Dyck, Gaspar De Crayer

30 juin - 4 novembre 2018

Musée de Flandre - 59 670 Cassel

Commissariat de Sandrine Vézilier-Dussart et Alexis Merle du Bourg. Avec les conseils avisés et l'expertise scientifique d'Hans Vlieghe

Catalogue. Essais d'Alexis Merle du Bourg, Sandrine Vézilier-Dussart et d'Hans Vlieghe. 192 pages. Éditions Snoeck. 28 €.

Exposition reconnue d'intérêt national par le ministère de la Culture.

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Vues de l'exposition Entre Rubens et Van Dyck, Gaspar de Crayer © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 2018, musée de Flandre, Cassel.

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