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Publié par Marie-Christine Sentenac

 

Israël Silvestre, Château et parc de Meudon, vus du côté du village de Fleury, 1687. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Inv 33039 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado. 

La restauration d’un album de dessins d’Israël Silvestre (1621-1691) permet de faire découvrir au public l’un des plus grands védutistes français du XVIIe. Tout le monde a vu un jour une œuvre d’Israël Silvestre sans toujours connaître le nom de son auteur.

Graveur-topographe, ses estampes documentent l’état d’avancement des travaux du château de Versailles. Il immortalise le château de Vaux-le-Vicomte et d’autres disparus tels Meudon ou Montmorency … la capitale, les parcs et bosquets. La célèbre Vue du Collège des Quatre- Nations (vers 1670) dont le dessin préparatoire est présenté dans l’exposition a assis la renommée de cet artiste bien connu et apprécié des amateurs de gravures d’art et d’architecture ancienne. 

Vue du château des Tuileries, prise depuis la rive gauche de la Seine, vers 1670. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Inv 33013 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado.

L’exposition met l’accent sur les dessins conservés au Louvre, qui en possède plus de la moitié, réunis depuis le XVIIIe dans l' "album Silvestre" rarement consulté en raison de sa fragilité. Les feuilles (certaines mesurant jusqu’à 2m 40), dépliées, sont montrées pour la première fois.

Né à Nancy en 1621, sa mère, fille et femme de peintre, l’envoie, lorsque son père meurt de la peste, chez son parrain Israël Henriet. Proche de Jacques Callot, ce marchand d’estampes élève comme son fils l’enfant qui n’a que dix ans lorsqu’il l’accueille à Paris et lui enseigne l’art du dessin et de l’eau-forte.

Nommé graveur ordinaire du roi en 1663, avec pour mission d’immortaliser les Maisons Royales, les jardins, les carrousels... il devient membre de l’Académie, conseiller à l’Académie royale de peinture et sculpture en 1670, Maître à dessiner du Dauphin et des pages de la Grande Écurie du roi, obtient un logement au Louvre et … force pensions….

Le parcours de l’exposition est à la fois chronologique et thématique. À ses débuts sa manière rapide et libre trahit l’influence de Callot, notamment dans les personnages se rapprochant des Fantaisies de son aîné. Lors de ses trois séjours à Rome de 1638 à 1641 (il avait 17 ans), de 1643 à 1644 (il y rencontre sans doute Charles Le Brun avec qui il noue une amitié sans failles) et de 1653 à 1654, il trace à l’encre brune des vues d’architecture et des perspectives urbaines. 

Vue du Forum depuis le Colisée, vers 1643/44-1653. Paris. Fondation Custodia, collection Frits Lugt, 4996

© Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris.

C’est un des plus grands dessins de Silvestre qui a rabouté trois feuilles pour obtenir cet impressionnant spectacle. Dans un autre très beau dessin de la fondation Custodia Vue du Campo Vaccino (1643-1644 ?) l’artiste n’hésite pas à prendre des libertés avec la réalité pour que le panorama soit plus lisible et la vue plus séduisante, éliminant, voire supprimant ce qui le gène, ne respectant pas la source de lumière. De même, sans scrupules il lui arrive de graver en sens inverse (comme certaines vues du Forum) au mépris de tout vérisme !

Dans ses Caprices il mélange une porte de Marseille avec une porte de Gênes. C’est assumé et voulu. Son travail pourtant fin et précis ajuste le réel; il tourne une façade, arrange un angle de vue, l’esthétique avant tout !

Il prend part avec son ami décorateur Charles Le Brun au chantier du château de Vaux-le- Vicomte que le surintendant des Finances Nicolas Fouquet fait construire par l’architecte  Daniel Gittard puis Louis Le Vau, premier architecte du roi. Le Nôtre se voit confier les jardins, Molière et La Fontaine les divertissements. L’aventure finit tragiquement le 5 septembre 1661 quand, pour son vingt-troisième anniversaire, Louis XIV s’offre la "tête" de Fouquet ! Silvestre avait préparé 12 plans et vues du château, il ne les grava pas tous. 

 

Israël Silvestre, Une figure en habit turc pour un bal masqué (recto), 1665 ?. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Inv 30019 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado.

Il croque les fêtes royales entre 1654 et 1670. Fastes et grandeurs du XVIIe, le provincial assiste au Carrousel du Louvre des 5 et 6 juin 1662, destiné à éblouir les nobles et la populace et à asseoir l’autorité de celui qui choisit ce jour là le soleil comme emblème.

Il est invité à Versailles et à de nombreux bals masqués dont celui donné par la reine pour le mardi gras de 1665: plan général de la fête et esquisses, portraits de personnages déguisés en turcs, indiens…

L'agitation parisienne l’intéresse tout autant, et ses vues de la Seine et des quais, l’animation fluviale avec toutes sortes de bateaux qui transportent les marchandises aussi bien que les notables, façon "traghetto'' vénitien, d’une rive l’autre, sont pleins de vie, à la Callot.

Cette "petite manière" savoureuse et amusante des débuts fait place à une forme plus majestueuse (en accord avec le règne du monarque ?). Il évolue, les formats changent, les premiers plans sombres magnifient le reste de la composition. 

Israël Silvestre, Vue de Jametz (recto), 1665. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, Inv 33058

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado.

Colbert en 1665 l’envoie établir le relevé des villes frontières annexées par le traité de Westphalie en 1648 et le traité des Pyrénées en 1659; immenses feuilles au graphite, plume et encre brune rehaussées à l’aquarelle afin de les rendre plus attractives pour Colbert. Il imprime en plusieurs planches ce qui aurait dû constituer un album à la gloire du souverain. Étonnantes images de Metz avant sa transformation par Vauban et la destruction des forts, mémoire d’un passé révolu. 

Une curiosité est accrochée dans la section des œuvres réalisées dans la propriété de son ami Le Brun : un dessin de la main du dauphin qui recopie celui de son maître Silvestre pour l’offrir à Le Brun : Vue de la maison de Le Brun à montmorency du coté du grand canal, vers 1675-1679, annoté à la plume et encre brune en haut à gauche : pour mr. le Brun sa maison. 

Israël Silvestre, Vue de la Fontaine de la Renommée dans le parc du château de Versailles (recto), 1680. Paris, musée du Louvre, département des arts graphiques, Inv 33017 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado.

A partir de 1682 Versailles qui devient le siège de la cour de France est abondamment représenté : dessins, peintures et surtout gravures; l’artiste trace d’abord au graphite puis à l’encre le relief architectural et rajoute sur la plaque les personnages à main levée, accentuant le coté vivant de la scène.   

Le remarquable travail de réattribution des œuvres des deux commissaires de l’exposition Bénédicte Gady du musée des Arts décoratifs et Juliette Trey du musée du Louvre, rend à Adam Perelle et à Jean-Baptiste Alexandre Leblon (dont les cadres sont disposées à coté de ceux de Silvestre), ce qui leur appartient et permet de bien cerner les différentes manières d’artistes si proches que l’on a pu les confondre jusqu’à aujourd’hui.

La visite se termine par une suite consacrée au château et au parc de Meudon où le marquis de Louvois, ministre de la Guerre, se retirait "pour travailler en repos et ne donner aucune audience". Heureux temps sans ordinateurs, téléphones portables ni réseaux sociaux. Connu pour sa grotte aménagée au XVIe siècle et restaurée par Louvois, l’artiste exécute sur le vif dans le domaine cinq dessins entre 1683 et 1687, date de son dernier travail. Des vues aériennes contemporaines permettent de se re-situer dans l’espace . 

Une exposition à voir absolument que l’on soit passionné de dessin ou d’histoire ou...  pour apprendre à l’être.

Marie-Christine Sentenac

 

La France vue du Grand Siècle. Dessins d’Israël Silvestre (1621-1691)

15 mars - 25 juin 2018

Musée du Louvre- Paris

Internet ww.louvre.fr/expositions

Catalogue. 208 pages. 130 illustrations. Coédition musée du Louvre éditions / Liénart éditions. Prix 29 €.

Vue de l'exposition La France vue du Grand Siècle. Dessins d’Israël Silvestre ©Marie-Christine Sentenac.

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