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Publié par Marie-Christine Sentenac

Jim Dine, Nancy and I at Ithaca (Straw Heart), 1966-1969. Acier, paille, résine, colle. 157,5 x 182,9 x 35,5 cm. © photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

Afin de " … rembourser la France d’une dette personnelle et culturelle… ", Jim Dine vient de faire une donation exceptionnelle de 28 peintures et sculptures, toutes exposées, au Musée national d’art moderne qui ne possédait qu’un de ses tableaux Garbage Can (1971). Dans sa jeunesse, à Paris, au cours de nombreux séjours il s’est frotté à "une esthétique" qui a nourri son parcours.

Réalisées entre 1961 et 2016, les œuvres offrent un panorama rétrospectif du talent de cet artiste né à Cincinnati en 1935. L’exposition est divisée en deux sections à partir de l’impressionnante salle d’entrée où trône sa Vénus noire cernée de ses poèmes graffités au fusain sur les murs, en anglais et en français. "Saccage", selon l’expression du commissaire de l’exposition Bernard Blistène, de la beauté classique (La Vénus de Milo) au profit d’une figure primitive s’apparentant à une idole africaine sans tête, violemment dégrossie à la hache. D'emblée on est plongé dans l’univers de ce créateur protéiforme.

Jim Dine, Black Venus (Vénus Noire), 1991. Érable taillé en bloc et lessive noire © photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

A gauche les salles exposent les années 60 à 80, à droite les années 80 à nos jours.

Poète avant tout, dans la mouvance des "fifties" Jack Kerouac, Lawrence Ferlinghetti, Allen Ginsberg, évidemment politiquement engagé (contre la guerre au Vietnam), son premier recueil de 40 poèmes illustrés Welcome Home Lovebirds est publié en 1969 à Londres où il réside alors; photographe, en 1979 il se lance dans une série d’autoportraits sans mise au point au polaroid grand format. On ne distingue pas son visage. Ses dernières peintures reprendront cette démarche palimpseste.

Graveur, dessinateur (mais jamais de dessins préparatoires !) dès ses premières œuvres il joue sur la tension entre peinture et sculpture. Ce grand admirateur de l’expressionnisme abstrait, de Jackson Pollock et surtout de Willem de Kooning (son Dieu en peinture) s’installe en 1958 à New York où  il se lie d’amitié avec, entre autres, Claes Oldenburg et John Cage. Ensemble ils se font connaître par leurs performances : "environnements" et "happennings".

Ne voulant être assimilé à aucun courant, bien que lié au pop art ce solitaire poursuit une démarche unique et échappe à toute classification. Il expérimente une infinité de médiums et techniques, opérant par cycles, thèmes et séries.

Son art physique, lyrique et romantique à la fois est un voyage personnel qui ne parle que de lui.  Jim Dine ne dit rien de sa peinture. La peinture de Jim Dine dit : "JE".

© photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

Élevé par ses grands parents quincailliers à la mort de sa mère (il avait à peine douze ans) on retrouve avec les outils de son enfance, dans ses paysages d’objets, des nuanciers et chartes de couleur, autant de jouets à sa disposition dans le magasin familial. Il métamorphose, en artisan manipulateur, tous ces éléments, les recouvre de teintes criardes (influence du pop art), les coule en bronze et les jette façon "dripping" sur des treillis. "N’importe quoi peut servir à faire de l’art, du moment que vous le transformez." art press 103, entretien d’Anne Dagbert.

Jim Dine, Drunk and Sober (Ivre et Sobre), 2001. Huile, émail, charbon, objets sur bois. Quatre panneaux. 195 x 270 x 30 cm.. © photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

Dans une installation de 1968-69 il balance au sol tous les objets qui servent à peindre : pinceaux, pots de couleur, étais, bidons de white spirit….  éléments résiduels de l’ouvrage. Une perruque ? objet incongru vient troubler l’unité de la narration.

© photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

Parfois il étire les objets afin de les soustraire à leur forme initiale telle cette botte démesurée, parfois un élément du réel vient se superposer à la peinture, il joue sur les contrastes de matières : le brillant du vernis des souliers et des parements du smoking et le mat du tissu et de la toile.   

L’homme à "la tête de singe" (dans la peinture classique le singe est celui qui imite le réel) se remet en cause et retourne à la figuration et au "canvas" en 1974.     

© photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

Son vocabulaire plastique se nourrit d’une iconographie récurrente : le peignoir (Bathrobe), dès 1964, allégorie de la figure humaine; le cœur, forme générique et symbolique, évocation de la saint Valentin; Vénus, fascination de la sculpture classique qu’il se plait à démultiplier et transformer en fétiche à clous la bardant d’une ceinture d’outils; Pinocchio, métaphore de l’acte créateur (la sculpture qui prend vie), personnage auquel il s’était identifié après avoir assisté à une projection du film de Walt Disney en 1940 avec sa mère. En 1964 il achète chez un brocanteur une figurine en bois articulé de son double. Elle devient un talisman. Au fil des ans, c’est dans la figure de Gepetto qu’il se reconnaît.

© photographie Marie-Christine Sentenac. Visite presse de l'exposition Jim Dine, Centre Pompidou.

Crânes (vanités) et corbeaux à mesure que le temps passe, peurs et doutes ?   

Les Concrete paintings de 2011 se concentrent sur la couleur. Il abandonne ses motifs cultes, travaille à plat, superpose les couches de résine, sable et acrylique qui sont ensuite meulées, grattées, effacées. La figure disparaît, c’est la peinture pour la peinture. Jouissance du ton, de la nuance, de la demi-teinte autant que de l’éclat des coloris et de la vivacité du geste. Les titres lyriques sont tirés de ses poèmes : A child in winter sings- Chant d’enfant en hiver (2011-2012).

Il sillonne le monde: courant de son atelier de Walla Walla dans le Wisconsin dédié aux  sculptures, à son atelier de Göttingen (Allemagne) pour ses photographies et dessins. Ce parisien d’adoption vit à Saint Germain des Près, se repose dans le XIV ème arrondissement et a aménagé son plus grand atelier à Montrouge dans un ancien garage à taxis. Travailleur acharné il expérimente sans cesse, se remet en question encore à son âge, réinvente ses œuvres.

Bernard Blistène parle d’un homme merveilleux, simple et gentil, drôle et excessivement cultivé; bon vivant raffiné et sauvage, d’une générosité sans pareille qui l’a surpris de la part d’un artiste mondialement reconnu. Il le remercie de se déposséder d’un si grand nombre de travaux majeurs sans jamais avoir exigé de contrepartie.

Un homme de "Cœurs".

Un parfait honnête homme au sens du XVIIIème siècle en somme.

Marie-Christine Sentenac 

Jim Dine. Paris reconnaissance. La donation de l'artiste au Centre Pompidou

14 février - 23 avril 2018

Musée national d'art moderne - Centre Georges-Pompidou

Internet www.centrepompidou.fr/

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