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Publié par Gilles Kraemer

 

Deux Couples d’antilopes tji wara, Bamana, Mali. Ancienne collection Maurice Nicaud  © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, mars 2018.

Les derniers jours de mars, ce ne sont pas uniquement ceux des giboulées et de la "folle semaine du dessin" à Paris, entre feuilles du XVIème et contemporaines, entre remise du Prix de dessin contemporain Fondation Daniel & Florence Guerlain ou du Prix Drawing Now ou DDessin {17}, entre différents salons de la rive droite dont  LE Salon du dessin au palais Brongniart, les expositions chez des marchands et les ventes chez Sotheby's, Drouot, Christie's ou Artcurial. 

Pas de dessin chez Binoche et Giquello mais une exceptionnelle vente d’Art d’Afrique et d’Océanie, attendue des amateurs et professionnels d'arts primitifs. Quatre-vingt-neuf sculptures et objets, du Mali à la Mélanésie, de la Côte d’Ivoire à la Nouvelle-Guinée, sont proposés aux enchères. Pour commencer une collection, les estimations sont comprises dès 6 00 € pour deux poignées de Kriss, Indonésie pour culminer, sous les feux de la passion à 1 000 000 € pour l'iconique statue d'ancêtre bembé. Total de la vente 3 174 104 €.

Provenances diverses dont celle parisienne de Maurice Nicaud. Comme le précise Patrick Caput, l'un des experts de cette vente, "c'est de cette collection Nicaud, qui fut marchand et collectionneur, rapportant des pièces de ses voyages en Afrique dans les années 1950, que proviennent les couples d'antilopes tji wara ", soulignant avec humour "ce sont des VRAIS couples, ils ne sont ni reconstitués, ni  pacsés, d'où leur rareté et leur côté insigne". "Ils étaient portés, fixés sur la tête, dans des danses par couple.

 

Couple d’antilopes tji wara, Bamana, Mali. Bois à patine brun foncé noir, métal, fils de coton rouge H. 73 cm et 95 cm - L. 31 cm et 40 cm. - Ancienne collection Maurice Nicaud, Paris - Collection privée française.  Photographie : Vincent Girier-Dufournier / Maria Lannino. Estimation : 80 000 / 120 000 €.

Le cimier tji wara, signifiant "tête du fauve de la culture", est un masque rituel en forme d’antilope-cheval de la culture Bambara. Ces antilopes stylisées en bois, sculptées de lignes géométriques, étaient fixées sur la tête des danseurs lors de fêtes récompensant les meilleurs agriculteurs. Le sexe du mâle très imposant et avantageux souligne l'aspect fertilisant sur la terre. Adjugé 157 850 €, frais compris, soit deux fois son estimation basse.

 

 

 

 

 

 

Autre rare couple de cimiers anthropozoomorphes illustrant merveilleusement la légende selon laquelle l’agriculture fut transmise aux bambaras par des êtres mythologiques mi-hommes mi-antilopes. Couple d’antilopes tji wara, Bamana, Mali. de la même provenance Maurice Nicaud, Paris puis collection privée française. Bois mi-dur à patine brun foncé noir brillante, fer. H. 90 et 91 cm.. Estimation : 60 000 / 80 000 €. Adjugé 198 968 €, frais compris soit trois fois son estimation basse.

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, mars 2018.

 

 

 

 

 

 

 

Statuette masculine sénoufo, Côte d’Ivoire Bois à patine noire, la jambe droite est une reconstitution. Pièce soclée par Kichizo Inagaki en 1925. Hauteur 43 cm.. Provenance : collection Élie Faure, Paris; Collection privée, par descendance, Paris.

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, mars 2018. 

Les Sénoufo sont un peuple d’agriculteurs installés au Burkina Faso, au Mali et en Côte d’Ivoire.  Cette statuette masculine, magnifique d'ancienneté puisque répertoriée avant 1930, est bien campée sur de courtes jambes. Son abdomen est proéminent, sa poitrine indiquée. Le cou, cylindrique et légèrement renflé, supporte une magnifique tête dans le style classique sénoufo. Le visage plat et prognathe, partagé en deux par l’allongement du nez, s’encastre dans le front rejeté vers l’arrière et surmonté de la coiffe traditionnelle à triple coque.

Consécration avec une sculpture iconique pour 51 520 €, frais compris sur une estimation 30 000 / 40 000 €.

 

 

 

 

Élie Faure (1873-1937),  critique d’art. confia au socleur Kishizo Inagaki (1876-1951) quatre figurines chinoises et cette sculpture Sénoufo. C'est cette même personne qui socla la  Tête Fang, Gabon, des collections Louis Carré, Charles Ratton, Gaston de Havenon, Claude Berri, adjugée chez Sotheby's Paris 2.634.800 €, frais acheteur compris, à un  anonyme, le 12 décembre 2017. Ce qui a pu plaire à Faure, très peu collectionneur d'art africain, c'est ce regard cubiste que l'on porte à cette statue; la meilleure façon de la contempler étant son profil, tout en courbes et en lignes droites. 

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, mars 2018.

 

 

 

 

 

 

 

Statue d’ancêtre bembé, République Démocratique du Congo. Bois à patine brune épaisse et laquée, pigments. H. 47 cm.. Provenance : - Ancienne collection Schindler, New-York - Collection privée. Estimation : 700 000 / 1 000 000 €.

Photographie Vincent Girier-Dufournier / Maria Lannino. 

Notre regard face à cette pièce extrêmement rare et puissante, comme la sœur des Demoiselles de Pablo Picasso visibles au MoMa ? La force de son visage, les omoplates saillantes, une sculpture toute en géométries rigoureuses et en facettes. Sa patine qui n'est pas la même en haut et en bas du corps, le fait que le traitement des jambes soit très brut ? "Simplement, comme le souligne Patrick Caput, ceci vient du fait que cette statue portait une robe en tissu ou en raphia, donc le sculpteur a traité d'une façon plus brut l'invisible".

Pourquoi cette ancêtre a-t-elle le bras gauche replié sur le ventre ? Pour une femme bembé il est important de donner le jour à un enfant de chaque sexe : le garçon perpétue la mémoire de la famille, la fille permet par son mariage de nouvelles alliances. Comme le côté gauche du corps connote toujours la féminité (et le côté droit le masculin), le bras gauche replié sur l’abdomen, associe la défunte avec la naissance de filles. 

Dans la fourchette de son estimation basse soit 683 500 €, frais compris.

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, mars 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Masque Yaouré-Baoulé, République de Côte d’Ivoire. Bois à patine brun foncé, clous en métal. H. 46,2 cm - L. 32 cm. Provenance : - Nelson A. Rockefeller, New York - Museum of Primitive Art, New York fermé en 1976 - Metropolitan Museum of Art par décession, New York - Sotheby's New York, le 22 avril 1980, lot 39 - Collection privée. Estimation : 90 000 / 130 000 €.

© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, mars 2018. 

LE masque de Nelson Aldrich Rockfeller en vente ! La quadrature parfaite du cercle par cette provenance, son ancienneté avec sa patine presque laquée touchant au rouge foncé, son exceptionnelle grandeur contribuant à sa force, cette double arcade de sourcils et... ce visage cœur. Naturellement, le coup de cœur du regard amoureux du connoisseur.

Ce masque est un magnifique témoignage de l’art des sculpteurs de la moyenne vallée du Bandama. Il exprime à la perfection le classicisme de ce style soutenu par une architecture et un savant jeu d’échos plastiques : les courbes de la coiffure finement tressée en haut du front bombé, agencée en trois arcs traditionnels  répondent aux demi-cercles des arcades sourcilières simplement suggérées par deux sobres lignes de cils. Les lèvres disposées en cercle indiquent que la personne représentée siffle pour manifester son assurance lors de périls. Les paupières presque closes, suggèrent le recueillement, expriment une intensité contenue. Très discrètement, trois scarifications en forme de carré et de rectangles ornent les tempes et la racine du nez, laissant ainsi les joues et le front libres de toute marque, pour mieux mettre en valeur l’éclat du bois. Quant à la frise de petits triangles qui entoure le masque, elle est, disent encore les sculpteurs yaouré, la « signature » de leur style.

En un mot : LE MUST. Mon coup de cœur. Emporté pour 226 380 €, frais compris.

 

Gilles Kraemer 

Art d'Afrique et d'Océanie

Vente aux enchères publique - Drouot - salles 5 et 6, mercredi 21 mars 2018 à 17h

Exposition publique - Drouot - salles 5 et 6 Samedi 17, lundi 19 et mardi 20 mars 2018 - 11h / 18h.  Mercredi 21 mars 2018 - 11h / 15h

Maison de ventes binoche et giquello

Experts : Patrick Caput et Bernard Dulon assistés d'Emmanuelle Menuet.

Internet www.binocheetgiquello.com/

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