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Publié par Gilles Kraemer

Tête Fang, Gabon. Haut. 53 cm.. Bois. Socle de Kichizô Inagaki (1876-1951). Collections Louis Carré, Charles Ratton, Gaston de Havenon, Claude Berri. Crédit Photographique Sotheby’s/Art Digital Studio.

Paris, définitivement capitale des Arts premiers ? Une nouvelle démonstration, chez Sotheby's avec seulement 67 lots, arts d'Afrique et d'Océanie dont 6 pièces de la collection d'art du Pacifique de Leo et Lillian Fortes, d'un pendentif hei tiki, Maori, Nouvelle-Zélande à une tête sculptée, Maori. Et, ceci quelque jours après la vente de 198 lots de la collection Vérité dispersés chez Christie's dont la Statuette de divinité hawaïenne de style kona, vers 1780-1820, adjugée 6 345 000 €. www.lecurieuxdesarts.fr/2017/11/la-vente-d-une-collection-epoustouflante-de-verite-arts-d-afrique-oceanie-et-amerique-du-nord.html.

Paris, assurément et indubitablement la capitale des Arts premiers.

Cette tête Fang, un chef-d’œuvre, retrace à elle seule la reconnaissance des arts d’Afrique à Paris puis aux États-Unis. Elle fut exposée en 1933 à Paris par le collectionneur et marchand parisien, Louis Carré, avant qu'il ne la prête au MoMA en 1935, avec 53 autres pièces de sa collection, pour la mythique exposition, African Negro Art. Première exposition dédiée par cette institution new yorkaise à l’art africain, elle réunissait plus de 500 numéros.

Célébration impérieuse de l’ancêtre originel et des prémices de la reconnaissante des arts africains, cette tête traduit magistralement la beauté universelle de l’art Fang. Les Fang pratiquaient jusqu’au moins les années 1920, un culte aux ancêtres familiaux, connu sous le nom de byeri, dont les expressions plastiques sont des représentations symboliques des défunts sous la forme de statuettes de bois mais aussi de têtes seules. Les têtes demeuraient soigneusement cachées dans la chambre du chef de lignage, régulièrement enduites d'huile de palme et de poudre de ba. Cette exceptionnelle sculpture se présente comme un visage au front proéminent en quart de sphère, déterminant une face en cœur allongée vers une bouche aux lèvres fines, étirée en avant, selon la moue Fang caractéristique, les yeux en grain de café autrefois ornés de plaques métalliques.

Estimation : 1,500,000 - 2,500,000 €. Adjudication  2.634.800 €, frais acheteur compris, à un  anonyme

 

Paire de rapa, île de Pâques, Polynésie. Haut. 70,5 et 78 cm.. Collection privée, Angleterre. Acquise en 2008 auprès d'une famille britannique dans laquelle cette paire se trouvait depuis plusieurs générations. Crédit Photographique Sotheby’s/Art Digital Studio.

Rarissime chef-d’œuvre d’art océanien, le rapa est toujours vendu par pièce unique. Cette fois-ci, le marché de l'art propose une paire de cette pièce cérémonielle, témoignage d'une création polynésienne épurée à l’extrême. Elle provient de l'île de Pâques, cette "île mystérieuse et isolée" selon les propos de Pierre Loti. Sculpté dans le bois du  Sophora toromiro, le rapa, par sa forme diminutive, était manié avec une grande vélocité lors de danses guerrières exécutées par les chefs militaires devant le roi. Sa petite dimension autorisait également leur emploi par paire lors de danses féminines assises. Apogée de l’harmonie et de l’abstraction de la figure humaine, ces deux rapa stupéfient par l'épure moderniste de leur forme, le galbe délicat des contours et la beauté de la surface vierge de tout décor si ce n'est la présence des visages stylisés. Chacun se résume à une ligne sculptée où la courbe des sourcils se prolonge dans l’arête rectiligne du nez et à la représentation des ornements d’oreilles. La pale inférieure évoque par ses courbes le bas du corps; elle est parcourue axialement par une carène discrète qui se prolonge, au-delà de sa base, par un appendice phallique.

Estimation : 1,000,000 – 1,500,000 €.  Record mondial pour cette œuvre de l’île de Pâques  3.876.700 €, frais acheteur compris, par un anonyme.

 

Masque, Grebo / Krou, Liberia. Haut. 83 cm.. Collection Pierre et Suzanne Vérité puis New York. Crédit Photographique Sotheby’s/Art Digital Studio.

Prémices du cubisme ? Influence sur le cubisme synthétique ? Ce maque frappe par ses huit yeux tubulaires, le signe manifeste de son pouvoir, celui d'accéder à l'invisible. Qui voir ? La reproduction d'un visage en un assemblage de volumes géométriques, cercles et rectangles. La traduction de ces huit cylindres, deux planchettes et trois parallélépipèdes est celle de huit yeux, deux bouches, deux arêtes nasales et un front. Deux visages schématisés et superposés. Deux cornes sommitales stylisées manifestent la dualité de l’humain et de l’animal.

Pourquoi deux paires d’yeux sur un même visage ? Sa solution réside dans l'expression répandue en Afrique de l’Ouest : avoir quatre yeux, c'est-à-dire la capacité d’extra-lucidité de certains êtres, qui voient double, ou dont le regard perce le mur des apparences. Pour la magie du regard et le pouvoir d’accéder à l’invisible, l'estimation est de 700 000 - 1 000 000 €.

 

Tête, Edo, Royaume de Benin, Nigeria, XVIIe-XVIIIe siècle. Haut. 31,5 cm.. Collections Louis Carré, Edmond Bonsel. Exposée cinq fois entre 1932 et 1938. Crédit Photographique Sotheby’s/Art Digital Studio.

Cette pièce majeure montre la splendeur du royaume de Benin entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle, l’importance extraordinaire des bronziers de cette région. Elle fut exposée la première fois, en 1932, au musée du Trocadéro, avec d'autres bronzes et ivoires de ce royaume.

Cette tête royale commémorative illustre par ses qualités plastiques et l’admirable maîtrise de sa fonte  - la cire perdue -, la puissance politique et économique de l’ouest africain, et du pouvoir de ses souverains. Le roi (Oba), chef politique et religieux, héritait du pouvoir par descendance. Lors de son accession au trône, le prétendant à la couronne commandait la fonte d’une tête en bronze commémorant le roi défunt, et érigeait un autel où ses exploits, contés sur les défenses historiées auxquelles les têtes servaient de base, seraient célébrés. Cette tête n'est pas le portrait fidèle du souverain mais son image idéalisée. Ses attributs royaux sont signifiés par la couronne, le bandeau frontal et le haut collier (ici à 33 rangs) constitué de perles de corail.

Estimation : 600 000 - 900 000 €.  Disputée jusqu'à 1.869.000 €.

 

D'autres pièces ?

Masque, Guéré / Wobé, Côte d'Ivoire qui appartint à Charles Ratton, Pierre Guerre, André Fourquet, Arman. Estimation 30 000 - 50 000 €. Adjudication, frais acheteur compris 55 000 euros.

Figure de reliquaire, Kota-Obamba, Gabon, haut de 42,5 cm.. Elle appartint à Félix Fénéon. Estimation 120 000 - 180 000 €. Adjudication, frais acheteur compris 137,500 euros.

Flêche faitière, Kanak, Nouvelle-Calédonie. Haute de 158 cm., elle appartint à Pierre Mac Orlan. L’ancêtre est représenté selon le principe d’une superposition verticale de formes : un triangle plat pour le ventre et le thorax, une base tubulaire figurant le cou, un arc aux pointes relevées signifiant le menton, puis le visage dont les traits puissants s’organisent autour de l’imposant nez aux narines dilatées, et enfin la coiffure complexe. Estimation 25 000 - 30 000 €. Adjudication, frais acheteur compris  93,750 euros.

 

Total de la vente, frais acheteur compris 10,725,500 EUR (12,608,040 USD). 

Gilles Kraemer

Arts d'Arique et d'Océanie

Sotheby’s Paris

Vente 12 décembre 2017 à 18h

Exposition samedi 9 - mardi 12 décembre 2017

www.sothebys.com/en.html

Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017
Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017
Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017
Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017
Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017
Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017
Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017

Vues de l'exposition chez Sotheby's Paris © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 9 décembre 2017

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