Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Gilles Kraemer

Charles-Lucien Léandre (1862-1934), Sur champ d’or, 1897. Pastel sur toile. 162,5 x 114,5 cm.. Signé en bas à droite. Don de Mme Lemoine, sœur de l'artiste, à la Ville de Paris en 1935. Exposé pour la première fois à la Société des pastellistes français, Paris, galerie Georges Petit, 1897 © Petit Palais / Roger-Viollet.

"Ainsi, de la beauté le pastel a l'éclat et la fragilité" écrivait, en 1760, Claude-Henri Watelet de cette technique tenant à la fois de la peinture et du dessin. Le pastel, évanescent de sa composition - de la poudre de pigments colorés et agglomérés sous forme de bâtonnets -, souffre d'être rarement exposé. La présentation exceptionnelle de 110 pastels des collections du musée du Petit Palais, du Portrait de la princesse Radzwill, 1801 d'Élisabeth Vigée Le Brun à une Scène bucolique de Ker-Xavier Roussel, est l'occasion de la publication du catalogue exhaustif des 221 pastels de cette institution, dont la grande majorité fut exécutée entre 1870 et 1920.

Des maîtres du pastel viennent de suite en mémoire les noms d'Edgar Degas et d'Odilon Redon. Il est intéressant de décrypter la façon de procéder de Degas dans l'immense Madame Alexis Rouart et ses enfants, vers 1905, mélange de pastel et de fusain lorsqu'il applique sur la feuille de papier calque des couches successives de pastels, chacune étant fixée avant d'être recouverte. Pour Redon, ce médium aux couleurs incandescentes donnait plus d'extériorité à ses songes, il y incluait des effets de flous lorsqu'il trempait le bâtonnet dans l'eau. Autant de pratiques du pastel - largement commentées dans les notices des œuvres -, cette technique qui connut son âge d'or au XVIIIe siècle lorsqu'elle fixait "les traits d'une élite moins soucieuse de majesté que d'élégance", sous les mains de la vénitienne Rosalba Carriera, de Chardin, de Perronneau ou du perfectionniste Quentin de La Tour. "Art qui bénéficie d'un véritable renouveau dans le dernier quart du XIXe siècle puis au début du XXe siècle. L'apparition des colorants synthétiques élargit le choix des couleurs, passant d'une trentaine au XVIIIe siècle à plusieurs centaines". Cette reconnaissance de cette technique se traduira par la création de la Société des pastellistes français en 1885.

Léon Lhermitte (1844-1925), Les lieuses de gerbes, 1897. Pastel sur papier gris collé sur toile. 39 x 58 cm.. Signé au pastel marron, en bas à gauche © Petit Palais / Roger-Viollet.

Si le sujet de prédilection, le portrait, occupe une place importante - Charles Léandre dont l'énigmatique et sensuel Sur champ d'or (1897) préfigure Mélisande à la chevelure flamboyante, dont les longs cheveux descendant jusqu'au seuil de la tour inonderont Pelléas jusqu'au cœur, jusqu'aux genoux - tous les genres sont représentés dans la collection du Petit Palais, des paysages aux scènes populaires et modernes, du naturalisme à l'impressionnisme, du mondain au symbolisme. Parcours chrono-thématique de l'exposition que suit le catalogue des pastels.

James Tissot (1836-1922), Le Journal, vers 1883. Pastel sur papier collé sur toile. 63 x 51 cm.. Signé au pastel en bas à droite © Petit Palais / Roger-Viollet.

 

Quelques noms ? Constant Troyon et ses Paysage boisé dans de grands fusains rehaussés de pastel. La rapidité de l'exécution de Pascal Dagnan-Bouveret dans le saisissement de son épouse et de son fils Jean. Un magnifique Léon Lhermitte pour Les lieuses de gerbes. Le moins connu Alexandre Nozal dont les deux Embâcle de la Seine, à l'hiver 1891, ne rougiraient pas face aux impressionnistes. De nombreux artistes peu mis en avant actuellement comme Armand Guillaumin, dont onze pastels devraient enfin permettre à cet artiste impressionniste trop méconnu des instances parisiennes une juste reconnaissance. Il n'est que trop temps de  songer, enfin, au bicentenaire de sa mort dans 9  ans. 2027 c'est bientôt. Dans le genre du portrait dit mondain, deux grands noms, ceux de James Tissot et de Jacques-Émile Blanche.

Servi par des reproductions de qualité, une belle mise en page, des notices nourries - ce qui est devenu rarissime aujourd'hui - ce catalogue est un plaisir de (re)-découverte de tous ces pastels, nés de l'irréelle poussière des crayons de couleurs !

Gilles Kraemer

 

L'art du pastel de Degas à Redon. Catalogue des collections de pastels du Petit Palais. Textes de Gaëlle Rio À la croisée du dessin et de la peinture. Textes Avant le renouveau du pastel; Le pastel naturaliste, Le pastel impressionniste; Le pastel mondain et Le pastel symboliste. Catalogue exhaustif des pastels du Petit Palais. Notices de Gaëlle Rio et Stéphanie Prenant. 260 pages. 320 illustrations. Éditions Paris Musées. Prix 39 €.

Cet ouvrage accompagne l'exposition : L'art du pastel de Degas à Redon. Les pastels du Petit Palais, du 15 septembre 2017 - 8 avril 2018 au Petit Palais – Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.

Commissariat de Gaëlle Rio, chargée des collections d'arts graphiques des XVIIIe-XXe siècles de ce musée.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article