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Publié par Gilles Kraemer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hicham Berrada, Sculpture (bronze), prototype © ADAGP Hicham Berrada. Courtesy de l’artiste et des galeries : kamel mennour, Paris/London ; Wentrup, Berlin ; CulturesInterface, Casablanca.

Hicham Berrada (1986, Casablanca), pensionnaire de la Villa Médicis -Académie de France à Rome (2013-2014) ne cesse de m'étonner par ses éruptions de merveilles nées du fond de l'eau. Depuis le Palais de Tokyo, en 2013, dans le cadre de Modules - Fondation Pierre Begé - Yves Saint Laurent avec Présage. Son travail ? Un aquarium ou un bécher, de l'eau, une solution chimique, un peu d'électrolyse et le tour est joué. Enfin presque, ceci semble simple sur papier. Apparemment très simple en l'énonçant ! Mais que de recherches, pour aboutir à cet enchantement fugace d'une sculpture de lumière vivant dans son éphémère, de la part de ce "Géo Trouvetout", ce fils d'une biologiste et d'un pharmacien. "Buon sangue non mente".

Place une nouvelle fois à l'émerveillement avec trois pièces inédites, produites par l'abbaye de Maubuisson et une vidéo présentées dans cette ancienne abbaye cistercienne de femmes fondée par la mère de Louis IX. Lieu dédié à l'art contemporain, propriété du département du Val d'Oise.

 

Hicham Berrada, Masse et martyr. Installation / Aquarium, eau, sodium, courant électrique, bronze, projecteur HMI. Année 2017. Production abbaye de Maubuisson, Conseil départemental du Val d’Oise © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition 74 803 jours d’Hicham Berrada, Abbaye de Maubuisson

Masse et martyr, dans la salle du Chapitre, est un grand aquarium contenant une solution dont l’électro-conductivité est contrôlée. Quatre sculptures en bronze immergées se transforment  par le passage du courant électrique. Deux, appelées Martyr, se décomposeront lentement pendant l’exposition tandis que les autres, dénommées Masse, se régénéreront à l’infini. Cet aquarium agit telle une boîte dans laquelle le temps s’accélère. L'altération de Martyr durant les 6 mois de l’exposition, aurait mis 74 803 jours, soit environ 204 ans, pour se modifier de cette manière en milieu naturel. Dans les explications de ce mystère, Hicham Berrada souligne qu'il est juste "un serviteur de l'expression de la nature, en révêlant ces transformations". Ajoutant que "la science est comme un burin ou un pinceau pour arriver à une image".

 

Hicham Berrada, Méditation x 240. Installation vidéo, 7 écrans double-face, 7 vidéo-projecteurs, 7 lecteurs synchronisés, 24 heures d’images en time-lapse condensées en 6 minutes. Année 2017. Production abbaye de Maubuisson, Conseil départemental du Val d’Oise © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition 74 803 jours d’Hicham Berrada, Abbaye de Maubuisson

Partant du constat que nul ne peut voir et profiter de la richesse des variations lumineuses dues à la course du soleil à travers les vitraux de l’abbaye, Méditation dans la salle des religieuses capte l’évolution de la luminosité tout au long de la journée. Sept caméras ont photographié, image par image, ce jeu de lumière sur une durée continue de 24 heures. Condensés en 7 vidéos de 6 minutes, ses films restituent toutes les nuances de lumière qui ont traversé la salle, dans une réduction de la journée.

 

Hicham Berrada, Le Jardin inaltérable. Installation / Mylar, safran, olivier couvert à la feuille d’or, parpaings, lampes sodium Hqi et UVA, ordinateur de calcul, écran. Année 2017. Production abbaye de Maubuisson, Conseil départemental du Val d’Oise © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition 74 803 jours d’Hicham Berrada, Abbaye de Maubuisson

Dans la salle du parloir, Le Jardin inaltérable est un espace cloisonné et fermé. Le visiteur pénètre dans cet environnement aseptisé à l’abri du monde extérieur, revêtu d'un équipement de protection pour limiter l’apport de micro-organismes. "Le public est-il dangereux pour l'oeuvre - un olivier dont le tronc est entouré d'une feuille d'or - ou le contraire pour que nous soyons ainsi habillés" insiste-t-il. Les murs couverts de bâches réfléchissantes délimitent cet espace éclairé artificiellement pour permettre la croissance de cet arbre de la paix. Ce biotope, figé et stérile, est une interprétation littérale du Jardin du Paradis.

 

Hicham Berrada, Présage. Vidéo 16/9, entre 11 minutes 54. Année 2017. Production 2005 – en cours © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition 74 803 jours d’Hicham Berrada, Abbaye de Maubuisson

Dans les anciennes latrines, la vidéo Présage (production 2005 – en cours) est le résultat d’une performance dans laquelle l’artiste associe dans un bécher différents produits chimiques afin de faire émerger un univers en mouvement. Ses expérimentations nous dévoilent un monde chimérique ne cessant de se métamorphoser, fascinant de couleurs et de formes. Des expressions de peintre sont permanentes dans les propos d'Hicham Berrada dans la présentation de ses interventions "quand ceci ressemble à un paysage, j'arrête; la science c'est de la mesure comme en peinture; on ne sait où l'on est en regardant une de mes vidéos, la toile est remplacée par un bocal.". Avec quelques pointes musicales telles "une peinture en partition; un phénomène élégant dans sa lecture". Et, pour celui qui "utilise des sulfates de cuivre comme les peintres de la Renaissance", dans ses oeuvres si fugaces, dont un film sera le souvenir proustien, "je peins une nature non figée mais en mouvement."

Hicham Berrada, le jardinier des paysages aquatiques dans lesquels chacun y projette sa vision, serait-il un impressionniste, un continuateur de l'impressionnisme ? Un émule de Claude Monet lorsqu'il agit "comme dans un jardin que je modifie" ? Un capteur de la mouvance perpétuelle de la nature dans ses différentes temporalités, de vent, d'eau, de feuilles qui bougent, qu'il ne cesse de saisir dans une modulation de l'image !

 

Gilles Kraemer

Cet article est paru dans une version courte dans la revue Artaissime, n°17, octobre 2017

 

74 803 jours d’Hicham Berrada

Abbaye de Maubuisson

Avenue Richard de Tour - Saint-Ouen l’Aumône (95)

8 octobre 2017 - 22 avril 2018

www.valdoise.fr/agenda/3580/369--74-803-jours-d-hicham-berrada.htm?periode=3799

Publication - en attente- sur cette exposition. Ouvrage à paraître en avril 2018. Textes de Nicolas Bourriaud et Aude Wyart. Avec les contributions d'Alexia Fabre, Annick Lesne et Mouna Mekouar. 128 pages, 80 illustrations. Bilingue : français / anglais. Prix 32 € - ISBN : 978-2-35906-235-9. Liénart éditions, Paris. 

 

Depuis Paris par le train (Fréquence des trains toutes les 30 min, durée du trajet : 45 min) Gare du Nord, Ligne H (voies 30 à 36), direction Pontoise arrêt gare de Saint-Ouen l’Aumône puis 10 min à pied, suivre rue Guy-Sourcis. Ou RER C, direction Pontoise, arrêt gare de Saint-Ouen l’Aumône puis 10 min à pied, en suivant la rue Guy-Sourcis.

 

www.lecurieuxdesarts.fr/2014/10/talents-contemporains-2012-a-la-fondation-francois-schneider-a-wattwiller-une-petillance-parfois-absente.html

www.lecurieuxdesarts.fr/2015/10/moderne-des-reponses-dans-un-de-senchantement-du-monde-la-13e-biennale-de-lyon-2015.html

www.lecurieuxdesarts.fr/2015/05/de-la-metamorphose-des-couleurs-et-des-odeurs-ou-la-poetique-mysterieuse-rencontre-avec-hicham-berrada.html

www.lecurieuxdesarts.fr/2016/03/la-materialisation-de-l-invisible-troublements-des-sens-au-centquatre-paris.html

www.lecurieuxdesarts.fr/2016/05/les-paysages-sublimes-a-clamart.html

 

 

Deux autres rendez-vous avec Hicham Berrada.

Dans le cadre de Rendez-vous, consacrée à la découverte de la Jeune création internationale, au cœur de la 14e Biennale de Lyon, à l'Institut d'art contemporain - Villeurbanne/ Rhône-Alpes avec 20 autres artistes, de Sinzo Aanza à Victor Yudaev en passant par Amélie Giacomini & Laura Sellies (26 septembre 2017 - 7 janvier 2018). Trois vidéos Les fleurs #1 (2016), Les fleurs #2 (2016) et Les fleurs #3 (2016), dans lesquelles "les fleurs deviennent des bouddhas et une métaphore des sentiments humains" comme il le souligne.

Catalogue.

i-ac.eu/fr/expositions/24_in-situ/2017/402_RENDEZ-VOUS-I-BIENNALE-DE-LYON-2017

www.biennaledelyon.com/

 

"Versailles, le Versailles où les bosquets s'ouvrent vers notre temps, d'où l'idée de ce voyage hivernal, dans un univers solaire, qui peut nous amener vers la mélancolie", comme le souligne Jean de Loisy du Palais de Tokyo. Dans le cadre de Voyage d'hiver (22 octobre 2017 - 7 janvier 2018), 17 artistes contemporains investissent des bosquets du château de Versailles - souvent non ouverts à la visite -. De David Altmejd à Céline Minard en passant par Tomás Saraceno. Commissariat de Jean de Loisy, Yoann Gourmel, Rebecca Lamarche-Vadel et Alfred Pacquement. Hicham Berrada, y propose les métamorphoses Équilibre saturé et Matrice minérale. dans le Bosquet des dômes tirant son nom des toitures de deux pavillons aujourd'hui disparus.

Catalogue Château de Versailles / Flammarion.

www.chateauversailles.fr/actualites/expositions/voyage-hiver#l'exposition 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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