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Publié par Gilles Kraemer & Antoine Prodhomme (photographies)

 

Ali Kazma, Tattoo, 2013, série Resistance, vidéo HD, couleur, son, 8 min. Courtesy de l’artiste et de l’Istanbul Foundation for Culture and Arts © Ali Kazma.

Qui ne se souvient, à l'Arsenale, des vidéos Resistance d'Ali Kazma (1971, Istanbul) présentées dans le Pavillon de la Turquie, lors de la 55e biennale de l'Art de Venise, 2013, commissariat de Emre Beykal ! Un des pavillons d'une grande force de cette manifestation italienne. Un choc au plexus d'une rare et excessive violence. Véritablement KO en sortant de la projection de ses 13 vidéos sur cinq immenses écrans, sur des thème très forts, allant en crescendo, d'une démonstration calligraphique jusqu'au corps glorifié sous les mains d'un tatoueur et à l'insoutenable de la douleur du bondage de Kinbaku.

Pavillon de la Turquie © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, 30 mai 2013, 55e biennale de l'Art, Venise.

Changement total d'appréhension et de ressenti avec l’exposition Ali Kazma. Souterrain au Jeu de Paume, présentant son travail des dix dernières années avec vingt-et-une vidéos. "Le rapport d'échelle de projection est totalement différent" comme le souligne la commissaire Pia Viewing. Pas de projection uniquement en grand format comme dans l'immense cube vénitien de l'Arsenale, mais des écrans de différentes grandeurs "pour laisser les spectateurs être happés, y pénétrer". Dans "une relation physique à la projection très présente et voulue par Ali Kazma".

 

Pavillon de la Turquie © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, 30 mai 2013, 55e biennale de l'Art, Venise.

Comme si l'espace de l'exposition participait à la création de l'œuvre dans des jeux de regards et... de sons telle la salle silencieuse de Calligraphy, Clock Master et Tattoo perturbée par le bruit répétitif et s'accélérant du tampon de Clerk (2011) filmé dans une chorégraphie sonore. Paul Ardenne, dans un des textes du catalogue note que "chez lui, le son est toujours un son du réel, sans aucune exagération sonore, et le calibrage extrêmement précis du son crée un rythme qui n'est ni concordant, ni discordant". 

Dans son corpus s'élevant à plus 60 vidéos, deux grandes séries, "work in progress", prédominent, "au sein desquelles le corps humain occupe une place centrale. Dans la première, il prend une part active à un processus de production, industriel et artistique. Dans la seconde, l'artiste s'attache à rendre visible les possibilités infinies que recèle le corps comme porteur et créateur de sens".

Ali Kazma, Prison, 2013. Vidéo HD, série Resistance, couleur, son, 5 min. Cette vidéo a été tournée dans le centre de détention de Sakarya, en Turquie. Courtesy de l’artiste et de l'Istanbul Foundation for Art and Culture © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition Ali Kazma. Souterrain, musée du Jeu de Paume, Paris.

D'Obstructions (2005 - en cours, 17 vidéos pour l'instant) sont présentes celles disséquant minutieusement les gestes de l'empailleur de Taxidermist (2010), d'un maître-horloger avec Clock Master (2006), Brain Surgeon (2006) sur une opération chirurgicale du cerveau et Studio Ceramist (2007) sur la méticulosité du céramiste montant une pièce.

Ali Kazma, L'Atelier Sarkis, 2015. Vidéo HD, série Resistance, couleur, son, 5min. Courtesy de l’artiste et de l'Istanbul Foundation for Art and Culture © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition Ali Kazma. Souterrain, musée du Jeu de Paume, Paris.

La seconde série, Resistance (2012-en cours), se focalise sur le corps humain avec la parenthèse de Safe (2015) consacrée au conservatoire mondial des semences de l'archipel du Svalbard au Groenland. Tattoo (2012) insiste sur la précision de la main d'un tatoueur dans une scénographie proche du memento mori avec un crâne humain lui servant d'inspiration. Calligraphy (2013) filme en plan très rapproché la main du calligraphe et Anatomy (2013) ne cache rien d'un cours de dissection chirurgicale pour des étudiants. Prison (2013) d'une lourdeur pesante erre dans un lieu pénitentiaire dans laquelle ses occupants ne sont pas visibles comme dans Houses of Letters (2015) où seule la bibliothèque est concrétisation que tous ces ouvrages ont dû être lus ou School (2013) est obligatoirement lieu de la diffusion du savoir. Plus forte est la présence invisible de Sarkis dans son Atelier (2015), objets et œuvres dressent un portait de l'artiste dans le "dis moi comment tu vis et je te dirai qui tu es". 

Ali Kazma, Mine, 2017. Vidéo HD, couleur, son, approx. 4 minutes. Production : Jeu de Paume, Paris, avec le concours de SAHA Association, Istanbul. Ce film a été tourné dans une mine de salpêtre abandonnée du désert d’Atacama, au Chili. Elle cessa ses activités à la fin des années 1930 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition Ali Kazma. Souterrain, musée du Jeu de Paume, Paris.

Deux vidéos, produites à l’occasion de cette exposition, scandent le temps passé, présent, autour du thème du devenir de mines abandonnées. Au Chili - Mine - la mine de salpêtre de Chacabuco qui fut transformée en camp de concentration par le régime de Pinochet. En Norvège - North -, une mine de charbon soviétique. Deux lieux marqués par une idéologie politique, de grands espaces dans leur solitude géographique devenus vides. Des espaces dans lesquels seul le vent règne.

Ses vidéos nous perturbent jusqu'à nous glacer. Mais dans un sentiment de quiétude que l'on ne percevait pas à Venise. L'espace ouvert du Jeu de Paume n'est pas propice à cet enfermement. Immergé, le regardeur fait face aux rythmes et aux couleurs de ces projections dont l’impact visuel est étonnamment spectaculaire. Le silence y est parole.

Gilles Kraemer

cet article est paru dans un format plus réduit dans la revue Artaissime, n°17, octobre-novembre 2017 www.artais-artcontemporain.org/

Ali Kazma © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition Ali Kazma. Souterrain, musée du Jeu de Paume, Paris, visite presse.

 

 

 

 

 

 

 

Ali Kazma. Souterrain

17 octobre 2017 - 21 janvier 2018

Musée du Jeu de Paume - Paris

www.jeudepaume.org

Commissariat Pia Viewing.

Catalogue Ali Kazma. Souterrain - Subterraneam. Textes Jadis, par la suite de Pia Viewing. Les films, comme la vie entretien avec Paul Ardenne et Barbara Polla. Sismographies de Selen Ansen. 208 pages. En français et en anglais. Éditions Jeu de Paume / Filigranes. Prix : 35 €. Cet ouvrage a été publié avec l’aide de la SAHA Association des Amis du Jeu de Paume.

A l'occasion de cette exposition, le parfumeur Daphné Bugey est l'auteur du parfum Safe que lui a inspiré la vidéo éponyme de la série Resistance dans lequel se mèlent minéralité et senteurs de cuisine cambodgienne. Où le trouver ? Je ne sais... .

Catalogue de l'exposition Resistance lors de la 55e Biennale de Venise, 2013. 352 pages. Co-édition IKSV / Yapi Kredi Publications. 

 

Le corps peut-il résister à Ali Kazma ? Il corpo può resistere egli al Ali Kazma ? Jeu de Paume, ParisLe corps peut-il résister à Ali Kazma ? Il corpo può resistere egli al Ali Kazma ? Jeu de Paume, Paris

Ali Kazma, Kinbaku, 2013, série Resistance, vidéo HD, couleur, son, 5 min. Courtesy de l’artiste et de l’Istanbul Foundation for Culture and Arts © Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, 30 mai 2013, 55e biennale de l'Art, Venise.

Le corps peut-il résister à Ali Kazma ? Il corpo può resistere egli al Ali Kazma ? Jeu de Paume, ParisLe corps peut-il résister à Ali Kazma ? Il corpo può resistere egli al Ali Kazma ? Jeu de Paume, ParisLe corps peut-il résister à Ali Kazma ? Il corpo può resistere egli al Ali Kazma ? Jeu de Paume, Paris
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© photographies Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse de l'exposition Ali Kazma. Souterrain, musée du Jeu de Paume, Paris. 

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