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© photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Inoffensives les fleurs ? En apparence, c'est ce que l'on croit. Sauvages ou cultivées, que ne se méfie-t-on de leur beauté ! Seraient-elles subtilement vénéneuses, envoûtantes, charmantes  ou, jusqu'à l'extrême, passionnelles ? Et parfois cruelles. Réponse dans cette 26ème édition du Festival international des jardins au domaine de Chaumont-sur-Loire, sous la main verte de Chantal Colleu-Dumond, la directrice passionnée de ce festival incontournable. Il aura fallu attendre presqu'un quart de siècle pour "s'attaquer" au pouvoir des fleurs ! Elles savent y faire, elles ont su faire oublier, subtilement, le pouvoir qu'elles ont sur l'homme, allant de la fascination au mortifère en passant par des vertus curatrices. Que ne se souvient-on pas et, c'est bien là que réside leur pouvoir suprême, qu'un bulbe, un simple bulle, une minuscule chose tenant dans la main d'un jardinier, dans celle d'un enfant, fut à l'origine du premier krach boursier mondial. Depuis longtemps, la tulipomania est oubliée, cette folle spéculation, incroyable, insensée, irrationnelle, qui gagna le nord des Provinces-Unies au XVIIe siècle jusqu'à ce que ce marché boursier s'effondre. Une "bulle" spéculative bien nommée. Ce pouvoir économique rendant fou, aucun des vingt et un jardins ne l'a abordé. Signe de l'absolu pouvoir des fleurs, de leur domination sur les paysagistes, les ingénieurs paysagistes, les architectes paysagistes ou urbanistes, les plasticiens. En ces temps de contestation politique en Europe, serait-ce l'émergence d'un nouveau pouvoir, celui du Flower Power / Le Pouvoir des fleurs pour cette manifestation placée sous l'image de l'iris violet au parfum entêtant et sucré. L'iris, cette messagère des dieux, cette fleur associée aux bonnes nouvelles et dont le violet exprime l'intensité des sentiments. Bienvenu au domaine de Chaumont-sur-Loire pour succomber à la douce fascination des propositions visuelles de tous ces créateurs. 

Justine Creugny, Clémence Mautouchet Clémence Noury, L'Agora © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Flower power, slogan des temps des manifestations contre la guerre du Vietnam. Cinquante ans plus tard, la libre parole est présente sur une place revendiquant être la République de la discussion. Visualisation avec L'Agora, un amphithéâtre en gradins pour débattre parmi les fleurs. Les porte-voix sont en place. Et, si la pluie arrive, contribuant souvent à la dispersion des débatteurs, aucun problème, les parapluies sont là pour les abriter, naturellement rouge ou noir (concepteurs Justine Creugny, architecte scénographe; Clémence Mautouchet, architecte urbaniste et Clémence Noury, architecte paysagiste). .

Yoann Molard-Auclair aurait-il pris le pouvoir avec Thibault Adam et Rémi Boutin en montant sur le trône, Le Trône des Fleurs / Summer is coming ? © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Dans une réinterprétation de la série Game of thrones, Le jardin du trône met en scène la salle aux murs invisibles où chacun peut se croire roi ou reine d'un jardin sec, aux tonalités blanches. Pour accueillir le futur monarque, un siège très Pierre Ardouvin, construit de deux brouettes. Derrière lui, les ridicules objets du pouvoir, les regalia de sa royauté, seront des râteaux, des binettes ou des fourches (concepteurs Thibault Adam, paysagiste concepteur et jardinier; Yoann Molard-Auclair, jardinier-paysagiste concepteur et Rémi Boutin, ébéniste scénographe).

 

 

Colombe Perrin, Rozanne Moraux et Erell Pencreac’h, Les fleurs prennent le pouvoir © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Les fleurs prennent le pouvoir proclament les trois paysagistes concepteurs Colombe Perrin, Rozanne Moraux et Erell Pencreac’h. Combinaison militaire, dress code obligatoire pour parcourir leur jardin. Leur idée ? La vie est plus forte que tout, elle rejaillit après les chaos et la nature reprend ses droits même dans un paysage détruit par les hommes. "Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront pas la venue du printemps". Dans un parcours allant d'un paysage de guerre avec sacs de tranchés et abris à une explosion de fleurs envahissant l'espace, elles le soulignent que "la vie reprend ses droits mais les traces du conflit demeurent et progressivement elles seront recouvertes par les végétaux (glycine, clématite, chèvrefeuille....). Ce jardin post-conflit, peut être physique ou à la limite psychologique ou intellectuel. La palette des conflits est vaste ! ".

Tian Tian et Di Wang, Levant © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Terrible et puissant Levant de Tian Tian et Di Wang avec ces dizaines de tresses de cheveux coupées, suspendues, qu'il faut traverser pour déboucher sur un grand espace qu'élargissent des miroins avec des champs irrigués et trois variétés de jasmins (officinale, polyanthum et sambac). Cette fleur de jasmin vue comme décorative, parfumant le thé mais aussi symbolique d'une révolution populaire qui a touché les pays arabes (conceptrices Tian Tian, paysagiste DPLG et Di Wang, rédactrice pigiste et professeure d’histoire).

Nicolas Orgelet, Pierre Boissenin et Richard Stoebienia, Phoenix © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Autre message d'espoir, celui véhiculé par Phoenix, l'oiseau mythique renaissant de ses cendres comme la nature attaquée par l'homme incendiaire ou pyromane. Le pouvoir de la nature, des plantations, des fleurs c'est sa renaissance des cendres, année après année. Mais aussi message contre les déforestations provoquées par l'homme, les brûlis mal contrôlés. Un jour, la nature pourrait capituler face à ces agressions humaines provoquées continuellement, ne lui laissant plus un cycle de repos pour revivre (concepteurs Nicolas Orgelet, paysagiste, Pierre Boissenin, architecte et Richard Stoebienia, sculpteur).

Alexandra Jansen, Vero Reato, Carlos Esteves Duarte, Bruno Jansen et Michel Grimmer, Le Bouquet d'après © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

L'espoir, l'une des directions prégnantes de ce 26ème festival, la vie après la destruction, même celle divine du Déluge, se retrouve dans Le Bouquet d'après, un arbre métallique fait de poutrelles surgissant du béton. Renaissance, le béton se fissure, les fleurs resurgissent, glycines, ipomées, clématites, bougainvilliers revivent et composent un immense bouquet-arbre (concepteurs Alexandra Jansen, garden designer, Vero Reato, artiste sculpteur plasticienne, Carlos Esteves Duarte, architecte DPLG, Bruno Jansen, conducteur de travaux et Michel Grimmer, sculpteur).

Quelques autres jardins qui vous étonneront, vous subjugeront ou vous interpellerons. La Fleur du mal, avec ses étranges maisons pour des voyages opiacés selon Lynda Harris, paysagiste, Nathan Crouzet, architecte urbaniste et Arthur-Louis Ignoré (Ali), artiste urbain. De l'autre côté du miroir ou les leurres du reflet d'une nature colorée selon Nicolas Stadler, designer, Alice Stadler, architecte d’intérieur et Thierry Giraut, paysagiste, dans un palais des miroirs où se perdre.

Albane Poirier-Clerc, Hermine de Chavanes, et Juliette Guénard, Apis vertigo © Éric Sander.

Jeunes diplômées de l’ENSNP de Blois (2015), Albane Poirier-Clerc, Hermine de Chavanes, et Juliette Guénard, avec Apis vertigo éblouissent par leur connaissance et leur maestria. Trois ingénieurs paysagistes à suivre. Composition simple, apparemment simple, quelques pierres, onze variétés de plantes. Rien d'autre, tout est dit dans cette justesse presque japonisante. C'est ceci l'émerveillement du Festival de Chaumont, continuer à nous étonner et nous séduire, vingt-six ans après sa naissance. Et nous faire voir autrement notre fragile nature.

Gilles Kraemer

Édition 2017 : Flower power / Le Pouvoir des fleurs

26ème Festival international des jardins

Du 20 avril au 5 novembre 2017, Domaine régional de Chaumont-sur-Loire

41150 Chaumont-sur-Loire

Ouverture tous les jours du 20 avril au 05 novembre 2017, de 10h à 20h (horaires variables selon les saisons) Le château et le parc historique sont ouverts toute l’année, les expositions du 01 avril au 05 novembre 2017. À partir d’avril, le château est ouvert de 10h à 18h (horaires variables selon les saisons).

www.domaine-chaumont.fr/fr/festival-international-des-jardins

 

 

Auvent des Écuries. Rebecca Louise-Law, Le Jardin préservé © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer,  Festival international des jardins, Domaine de Chaumont-sur-Loire, printemps 2017.

 

 

La french fine fleur, Jardin pluriel et singulier. Arom’Antique, Aromaticulture, Créa’Paysage, Ets Horticoles du Cannebeth, Lumen Plantes Vivaces, Ets Pierre Turc – Turcie or, Flos Sabaudiae, Jardin d’Adoué La Canopée, Le Jardin d’Eau, Lepage Bord de Mer, Lepage Val de Loire, Le monde des Agrumes, Les Murets du Causse, Les Senteurs du Quercy, Pépinières des Laurains, Pépinière Travers, Sempervivum et Cie © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins, printemps 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

 

 

 

Alexis Tricoire, La Planète en ébullition © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Festival international des jardins, printemps 2017, Domaine de Chaumont-sur-Loire.

Quatre "cartes vertes" durant ce Festival international des jardins 2017. Jean-Philippe Weimer pour Le Printemps tout le temps dans la serre tropicale de la cour de la ferme. Rebecca Louise-Law pour Le Jardin préservé placé sous l'auvent des écuries, univers coloré et poétique de centaines de fleurs en suspension; La French fine fleur pour Jardin pluriel et singulier jardin de plantes et cultures dans les jardins du festival avec l'association de 17 pépiniéristes; Alexis Tricoire, designer et plasticien, pour La Planète en ébullition dans les jardins du Festival, un manifeste de plantes, d'eau et de sphères métalliques dans l'évocation urgente de l'implacable dérèglement climatique, montée des eaux, érosion et déforestation dans un souhait de sensibilisation de solutions obligatoires pour la survie de notre planète.

Stéphane Guiran, Le Nid des murmures © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Manège des Écuries, Domaine de Chaumont-sur-Loire, printemps 2017.

Le magicien Stéphane Guiran a conçu Le Nid des murmures. Cette extraordinaire installation de fleurs de 5 000 géodes de quartz provenant de l'Atlas marocain, accumulation douce et infiniment poétique, se love dans une concordance absolue avec l’architecture ronde du Manège de Écuries. Au milieu de cette blancheur de quartz, y trouverez-vous la discrète perturbation du violet d'une améthyste ?

Étape indispensable pour le midi, Le grand velum (20 avril -30 septembre 2017). Atelier de création culinaire et gastronomique, dans une concordance avec le thème du Festival des jardins, conception des plats par François Xavier Bogard.

 

 

Tag(s) : #Art des jardins, #Expositions France, #Art de vivre - Lifestyle

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